Une prime propriétaire en obstacle - Oui, non, comment, pourquoi ?

Courses / 24.01.2019

Une prime propriétaire en obstacle - Oui, non, comment, pourquoi ?

10 OPTIONS POUR L’AVENIR DU GALOP FRANÇAIS

Voilà comment vous voyez les choses…

Comme promis, nous publions aujourd’hui les résultats de la seconde partie de notre enquête sur quelques évolutions possibles pour le galop français. Il s’agissait pour vous de définir les modalités d’application des mesures que vous avez retenues. Sur chacun des thèmes, nous publions les chiffres, les meilleurs de vos commentaires ainsi que l’analyse d’un expert. Nous commençons aujourd’hui avec la prime propriétaire en obstacle, questionnée par Hervé d’Armaillé, président des AQPS.

Les autres thèmes seront traités dans nos prochaines éditions.

Vous avez voté pour la création d’une prime propriétaire en obstacle : 63,6 % de oui contre 36,4 % de non. Mais comment la mettre en place ? C’était l’objet du second questionnaire que nous vous avons proposé. Voici vos réponses et vos commentaires – ainsi que l’avis de notre expert Hervé d’Armaillé. 

Nous avons pris contact avec Hervé d’Armaillé, président de l’association AQPS et membre du Conseil de l’obstacle pour lui demander son avis sur une éventuelle prime propriétaire en obstacle et s’il pourrait envisager de faire avancer cette proposition. « Il y a plusieurs dizaines d’années, nous avons fait le choix de ne pas donner de primes propriétaires en obstacle. À enveloppe constante, avec les professionnels de l’époque, nous avons décidé de prendre un système plus simple qu’en plat sans primes aux propriétaires. Personnellement, je trouve que le système revient au même et il est plus simple. Je pense que c’est un bon choix qui a été fait à l’époque et que nous n’allons pas arrêter le commerce comme cela. Est-ce que ça aurait une chance d’aboutir ? Je pense que des changements comme cela doivent mûrir, il faut qu’il y ait des débats et cela peut prendre du temps. Par exemple, nous avons mis plus de cinq ans à faire naître le week-end de l’obstacle. »

Pour financer cette prime, faut-il supprimer la prime des "FR" à l’étranger ? « Il faut que ceux qui souhaitent supprimer la prime aux éleveurs à l’étranger sachent une chose : lorsqu’un éleveur a un gagnant en obstacle à l’étranger, il ne touche que 10 % au lieu de 15 %, avec un plancher de 14.000 €. Si le cheval prend moins de 14.000 € dans la course, son éleveur ne touchera rien. France Galop a fait des économies énormes sur ce sujet car 14.000 €, c’est un premier ou un deuxième dans une course de Groupe en Angleterre. »

D’accord, mais l’éleveur n’a-t-il pas déjà été récompensé par la vente de son cheval ? « Pas forcément ! L’éleveur n’a pas toujours choisi d’exporter le cheval. Bien sûr, il y a des éleveurs qui vendent des chevaux mais, la plupart du temps, les chevaux sont vendus à des Français qui les revendent ensuite. Tant mieux pour eux d’ailleurs parce que ça fait marcher le commerce et ils reviennent. Supprimer les primes à l’éleveur à l’étranger, c’est sévère. Je tiens à garder un tout petit peu de primes à l’éleveur à l’étranger pour récompenser les bons résultats dans de belles épreuves. »

Une prime pour tout le monde, sans distinction d’hippodromes. Suivant les votes de nos lecteurs, il apparaît qu’ils ne souhaitent pas que cette éventuelle prime propriétaire en obstacle s’applique uniquement sur les victoires (non à 61 %), pas non plus en cas de victoires consécutives (non à 92 %) et pas non plus suivant le nombre de courses disputées par les chevaux (non à 76 %). De plus, ils ne veulent pas limiter cette prime à certaines catégories d’âge (non à 75 %)… et pensent qu’elle devrait s’appliquer sur tous les hippodromes (oui à 71 %) et pas seulement à Auteuil. Bref, on dirait que les éleveurs d’obstacle veulent, en majorité, quelque chose qui ressemble à la prime en plat ! Ça sera compliqué…

Voici les commentaires des lecteurs de JDG

Plusieurs d’entre vous ont souhaité commenter leur vote. Nous vous proposons une synthèse de ces remarques.

L’incitation à courir en France. Plusieurs lecteurs voient en cette prime le moyen d’améliorer le nombre de partants en obstacle, notamment à Auteuil. Comment ? En gardant des chevaux qui auraient été vendus sinon, ou en incitant les étrangers et les Français qui sont vendeurs à conserver leurs chevaux. Un lecteur nous a fait cette remarque : « Pour moi, si ce principe de versement de primes aux propriétaires est validé, le seul critère à considérer – se voulant positif – serait de ne retenir que des mesures ayant vocation à inciter les vendeurs à conserver leurs chevaux en France pour alimenter les partants, sinon c’est inutile. De même, ces primes attachées aux courses françaises devraient aussi être versées aux propriétaires étrangers. Dans cet esprit de logique, j’irais plus loin en supprimant par exemple les primes perçues à l’étranger à l’éleveur qui aurait vendu son cheval pour l’export avant qu’il coure au moins quatre courses en France en obstacle, si celles-ci ont été courues sous ses couleurs, et que ce cheval coure au moins huit courses s’il n’en était plus propriétaire. »

Pour une copie conforme sur le plat. Pour plusieurs lecteurs, si une prime propriétaire en obstacle était appliquée, il faudrait qu’elle le soit sur les mêmes bases que la prime en plat. D’ailleurs, l’un d’entre eux va plus loin : « Il faudrait adopter le même système que pour le plat en réduisant les allocations et en réservant les primes propriétaires aux Français sans changer l’enveloppe globale (allocations + primes propriétaires). » Un petit propriétaire en obstacle nous a confié qu’il trouvait inadmissible que les primes propriétaires ne soient effectives qu’en plat. Cela donne un sentiment d’injustice.

Des offres difficiles à refuser et une prime propriétaire qui ne serait pas un frein à l’export. Une prime propriétaire en obstacle pourrait peut-être permettre de diminuer légèrement l’export ou inciter des propriétaires étrangers à entretenir une écurie en France. Mais ce n’est pas l’avis de plusieurs lecteurs.

« Je ne crois pas à cette idée, les propriétaires qui vendent leurs jeunes chevaux d’obstacle ne peuvent souvent refuser les offres énormes des Anglais ou même des Irlandais, mais, grâce à cet argent, ils peuvent réinvestir dans des chevaux et même augmenter leur cheptel. Cet argent leur permet de réinvestir et de pérenniser leur activité. L’obstacle va plutôt bien et je pense qu’avec cette prime on va créer plus de problèmes qu’il n’y en a déjà. »

« Je pense que cette prime ne serait pas un frein à l’exportation. Quand on vous propose une somme substantielle pour votre cheval, l’hésitation pour beaucoup de propriétaires est de courte durée. Selon moi, les gens fortunés en France n’ont pas les mêmes visions, en termes de dépenses, que les Anglo-Saxons, question de culture… »

Si l’on prend le problème de l’autre côté, il faudrait faire un point pour savoir si, vraiment, une prime propriétaire inciterait des mastodontes comme John-Patrick McManus à avoir des chevaux en France. Ces grands propriétaires britanniques achètent des chevaux français pour des sommes à six chiffres. Ils les courent en Angleterre et en Irlande, sans remboursement de transport, pour des sommes qui, comparées à la France, sont souvent ridicules. Le retour sur investissement est rare. Mais alors, qu’est ce qui fait la différence ? La ferveur et le prestige de gagner des courses dont on va parler et vous parler en dehors du microcosme hippique. Sur ce point, la culture hippique anglaise fait la différence.

D’autres priorités. Un lecteur nous a fait cette remarque : « Il faudrait d’abord revoir la répartition des allocations dans les courses d’obstacle, qui sont totalement en faveur des meilleurs chevaux. » De notre point de vue, c’est l’essence même du sport de donner plus aux meilleurs. Le gagnant de la Ligue des champions en football touchera plus que celui qui aura remporté la Ligue Europa. C’est logique. Alors bien sûr, il faut que tous les chevaux puissent avoir droit à leur allocation, que la base de la pyramide puisse vivre. Sinon, tout s’écroule. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes un sport. Un sport devenu une industrie, ce qui est bon ou mauvais suivant le point de vue de chacun, mais le meilleur doit être mieux récompensé que ceux qui le suivent, sinon, ce n’est plus une compétition. C’est de la distribution d’allocations…

Le contre. Plusieurs lecteurs sont contre cette mesure car elle ferait selon eux mécaniquement baisser les nominaux des allocations. D’autres s’y opposent pour des raisons qui semblent moins vraies aujourd’hui : « Je pense que la prime propriétaire obstacle n’est pas une bonne idée. L’obstacle n’étant qu’un débouché pour les chevaux ne pouvant pas faire une bonne carrière en plat. C’est la raison pour laquelle je pense que ce serait encourager la médiocrité. » Si cette réflexion a été valable un temps, elle ne l’est plus depuis plus de deux décennies. Observons les pedigrees des gagnants à Auteuil ou Compiègne pour nous en convaincre ! Ou encore l’avènement de races spécialement dédiées à l’obstacle comme les AQPS. L’obstacle a désormais des chevaux qui sont programmés pour cette discipline et ce depuis le projet de croisement de leurs éleveurs. On ne va pas à un Saint des Saints pour gagner le Prix Morny.