Une taxe sur les chevaux entraînés hors de France - Oui, non, comment, pourquoi ?

Courses / 26.01.2019

Une taxe sur les chevaux entraînés hors de France - Oui, non, comment, pourquoi ?

Une taxe sur les chevaux entraînés hors de France

Oui, non, comment, pourquoi ?

Vous avez voté "pour" la création d’une taxe sur les chevaux entraînés hors de France, à 65,18 %. Mais comment la mettre en place ? C’était l’objet du second questionnaire que nous vous avons proposé. Voici vos réponses et vos commentaires – ainsi que l’avis de notre intervenant, Nicolas Clément.

Nous avons pris contact avec Nicolas Clément, président de l’Association des entraîneurs de galop, afin de lui demander son opinion sur la mise en place d’une taxe sur les chevaux entraînés hors de France. Voici ce qu’il nous a confié : « L’expression "taxer les étrangers" ne me plaît pas beaucoup, car je suis de nature libérale et pour la liberté d’entreprendre. Il faut rappeler que c’est l’écroulement des allocations dans de nombreux pays voisins qui a induit une arrivée massive de partants étrangers qui nourrissent maintenant notre programme à hauteur de 10 % en volume. Néanmoins, en tant que président de l’Association des entraîneurs, je me rends compte de la précarité de la profession. Il est nécessaire aujourd’hui d’engager une réflexion sur un protectionnisme intelligent et moderne afin de protéger nos acteurs nationaux. Rappelons qu’un prélèvement de 30 % (une flat tax gouvernementale, et non pour les courses) existe en Allemagne, ainsi qu’aux États-Unis. »

Les règles ne sont pas les mêmes dans tous les pays, et de nombreux professionnels réclament les mêmes contrôles en amont des courses. « Nous devons tenir compte de l’obligation en France, par le code des courses, de déclarer les chevaux dans leur effectif quinze jours avant une épreuve, afin de pouvoir les contrôler à l’entraînement. Ce point représente un facteur majeur pour la régularité de nos courses. Les étrangers n’ont pas cette même contrainte et nous n’avons pas les moyens, de façon très régulière, de contrôler les chevaux étrangers à l’entraînement. »

Les encourager à s’installer plutôt que les taxer. Les chevaux étrangers font souvent beaucoup de route pour venir courir chez nous. Faudrait-il songer à encourager leurs entraîneurs à venir s’installer en France, ce qui permettrait également de remplir nos centres d’entraînement ? « Oui, il faut tenir compte aussi de l’impact carbone et du bien-être animal, en pensant que certains étrangers circulent durant plus de dix heures en camion avant une épreuve. Nous sommes nombreux à être favorables, plutôt que de taxer les étrangers, à encourager les entraîneurs voisins à venir s’installer en France. Cela permettrait de remplir les centres d’entraînement, de cotiser avec des droits de piste et de créer des revenus pour France Galop. Ils seraient ainsi sur un pied d’égalité, sans dumping social, et soumis aux mêmes règles. Les Botti, Delcher, Bietolini, Marcialis… représentent de nombreux exemples récents de réussite ; nous devons aller dans ce sens pour remplir nos programmes et dynamiser nos centres d’entraînement. Pour info, un cheval rapporte 1.500 € à France Galop sur le centre de Chantilly, et nous avons des centaines de boxes vides sur le territoire, en conséquence d’une baisse de plus de 6 % des effectifs lors des cinq dernières années. »

De la finesse. Les chevaux étrangers jouent également un rôle primordial dans l’évaluation de nos courses black types : « Nous devons aussi penser à notre élevage, et les nouveaux venus deviendront des acteurs importants dans l’achat des produits français. La compétition élite, avec 115 Listeds et 126 Groupes en France, a besoin des étrangers pour maintenir un rating suffisant afin que ces courses gardent leur standing, et l’ouverture dans cette catégorie représente une priorité. Ce dossier est à instruire avec finesse en pensant d’abord à nos acteurs nationaux, mais aussi au droit européen, au code des courses, ainsi qu’à la traçabilité et la visibilité pour le parieur, et à la régularité de notre système. Une solution peut se dessiner avec un programme national en incluant quelques nouvelles règles, et un programme d’élite à l’identique avec des chevaux testés aux frais des entourages étrangers, tout en encourageant des installations étrangères. »

Non à la création d’un programme protégé. Selon les votes de nos lecteurs, il apparaît qu’ils souhaitent que les étrangers soient taxés sur leurs gains de course (54,8 %), plutôt qu’à chaque engagement ou en début d’année. Ils sont 51,5 % à penser qu’il faut taxer sur toutes les catégories de courses. 68,3 % des lecteurs sont contre l’idée de créer davantage de courses réservées dans le programme, tandis que 76,5 % des votants ont dit "non" à la création d’un programme protégé, avec des courses réservées aux "jeunes" entraîneurs installés en France depuis moins d’une décennie. Le bilan des votes est donc mitigé.

Voici les commentaires des lecteurs de JDG

Plusieurs d’entre vous ont souhaité commenter leur vote. Nous vous proposons une synthèse de ces remarques.

Oui à la taxe, sous certaines conditions. Certains lecteurs sont favorables à la création d’une taxe, mais les avis divergent sur la façon de l’appliquer. L’un d’entre eux nous a fait cette remarque : « Il faudrait un montant fixe pour chaque cheval engagé et déclaré partant. » D’autres ont suggéré de taxer uniquement les victoires des chevaux étrangers en France, ou encore de taxer tous les gains de course qui ne font pas marcher la filière française, ainsi que les gains qui sont transférés à l’étranger.

Nous avons également recueilli un autre avis : « À mon avis, il faut faire payer une somme modique à chaque partant entraîné à l’étranger qui vient courir en France. Cette somme pourrait être de 100 € pour les courses black types, et de 20 € pour les catégories inférieures. Cela servirait de participation à France Galop pour l’entretien des hippodromes. » Vue sous cet angle, la suggestion paraît plutôt sensée. Le bon entretien de nos champs de courses est primordial et coûte cher. Étant donné que les chevaux étrangers foulent régulièrement nos pistes, leur entourage pourrait effectivement participer aux frais d’entretien.

Moins de concurrence, donc moins de partants… Les chevaux en provenance de l’Angleterre et de l’Irlande sont souvent redoutables sur notre sol. S’ils venaient à être taxés, cela pourrait les décourager de venir et augmenterait en même temps nos chances de rester "entre Français" dans les belles épreuves. Mais cela signifie aussi que le nombre de partants diminuerait en conséquence, et à l’heure où les courses hippiques n’ont pas le vent en poupe, nous n’avons pas besoin de cela. Un de nos lecteurs a dit : « Nous avons besoin d’élever la compétitivité de nos courses, de protéger le rating de nos Stakes et Groupes, et nous avons besoin de partants. Vive la compétition, elle fait progresser. » Un autre a écrit : « Il faut rester ouvert, maintenir de la compétition, au risque d’amoindrir la qualité de l’élevage et de l’entraînement français. » De plus, nous pourrions subir le revers de la médaille et le risque que nous soyons taxés à notre tour en allant courir en Angleterre est grand.

Et la notion de compétition dans tout cela ? La création d’une taxe sur les chevaux entraînés hors de France remettrait en question la notion de compétition. Il est vrai qu’ils ont réalisé une véritable razzia sur notre sol l’année dernière, en particulier ceux du tandem Godolphin/Appleby dans nos courses black types, mais nous ne pouvons pas leur incomber la faute d’être battus et il ne tient qu’à nous de devenir meilleurs. Comme l’a souligné un de nos lecteurs : « Les courses françaises sont belles grâce à la mixité ! »

Un autre a dit : « Le protectionnisme à outrance pourrait décourager de venir courir en France et se retournerait contre nous, car nous vendons énormément de chevaux dans tous les pays hippiques du monde. Cela découragerait également les autres pays que nous souhaitons séduire… »

D’autres solutions envisagées. Plusieurs lecteurs ont émis d’autres options. L’un d’entre eux a déclaré : « Sur le coup, j’ai soutenu la taxation, mais je me suis trompé. On pourrait peut-être réévaluer les valeurs des chevaux entraînés à l’étranger pour les handicaps, les courses à conditions et les réclamers (ex. : les chevaux entraînés hors de France porteront 2 kg). » Cela paraît difficilement réalisable.

Un lecteur a suggéré de créer des courses réservées aux chevaux entraînés en France. Un autre a fait remarquer : « Dans les courses où il y a des éliminations, les Français devraient être prioritaires sur les étrangers. Un propriétaire qui a ses chevaux en France, paye des pensions en France, contribue à la marche de la filière, et doit subir une élimination au profit de chevaux étrangers. Ce n’est pas correct. »