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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Y a-t-il un rhinocéros dans cette pièce ?

Magazine / 10.01.2019

Y a-t-il un rhinocéros dans cette pièce ?

 

Y a-t-il un rhinocéros dans cette pièce ?

 

L’éditorial de Mayeul Caire

 

 

Un ami me faisait remarquer jeudi matin : « Je ne pense pas que [le sondage « Pour ou Contre » lancé par JDG hier] aide au débat et à la sérénité en laissant entendre possibles des mesures qui ne le sont pas, comme la prime propriétaires aux chevaux d’obstacle ou les barrières aux chevaux étrangers qui viendraient courir en France. »

 

Songeons ensemble à cette passionnante question : pourquoi une chose serait-elle impossible ? Parce que nous refusons de réfléchir à la rendre possible ? Parce qu’elle n’existe pas ou n’a jamais existé ? « S’il m’est impossible de prouver qu’il n’y a pas de rhinocéros dans cette pièce, cela veut-il dire qu’il n’y en a pas ? Ou peut-il y en avoir un ? » plaisantait Wittgenstein… Parce qu’elle n’est pas possible aujourd’hui (mais cela ne veut pas dire qu’elle ne le sera pas demain) ? Parce qu’elle nous gêne ou nous fait peur ? Parce que l’on y est opposé ?

La réponse est : un mélange de tout cela !

 

Pourquoi une prime propriétaires serait-elle impossible en obstacle ? Je ne sais pas. À mon sens, elle est impossible seulement si l’on se croit obligés de copier bêtement la prime qui existe en plat. Évidemment, cela serait une idiotie puisque les enjeux sont différents : en plat, une lutte entre "FR" et étrangers ; en obstacle, une disparition progressive des petits propriétaires français (bien pire qu’en plat) et une baisse marquée des partants. En plat, la prime sert à rééquilibrer le marché, en redonnant une chance aux "FR" sur le ring et dans les ventes amiables. En obstacle, elle pourrait servir d’une part à aider les petits, et d’autre part à encourager les propriétaires à ne pas vendre leurs chevaux à l’export et à les laisser à l’entraînement en France. Car sur le fond, le vrai parallèle est ici : en plat, la prime aide nos jeunes chevaux à mieux se vendre en ventes publiques ; en obstacle, elle lutterait plutôt sur le terrain des chevaux ayant débuté et des ventes amiables.

La prime pourrait ne s’appliquer que sur les victoires, ou que dans une catégorie d’âge, que dans une catégorie spécifique, ou encore être réservée aux résidents fiscaux français. On pourrait parler de victoires bonifiées pour des chevaux ayant couru au moins X fois ou pour ceux ayant signé au moins X victoires.

Quant à son financement, son assiette, son importance, il ne s’agit là que de problèmes techniques, qui ne doivent en aucun cas être un frein. Surtout si l’on raisonne à enveloppe globale égale (sans hausse ni baisse). L’idée n’est pas que cela coûte à la collectivité. L’idée est qu’avec la même enveloppe, on puisse obtenir des résultats différents.

 

Même chose pour les barrières aux chevaux étrangers. Pourquoi serait-ce impossible ? À cause de Bruxelles ? Vaste blague. Chaque jour, un État de l’Union européenne s’assied plus ou moins ouvertement sur une directive. Alors pourquoi pas nous ? Je n’ai pas dit que cela était facile, mais cela s’appelle de l’ingénierie juridique, comme il y a de l’ingénierie financière. Des gens sont payés pour rendre l’impossible possible, en lisant le droit dans un sens ou dans un autre. Exemple : quand nous avons un cheval à l’entraînement en France, nous payons un certain nombre de taxes et autres pourcentages ; pourquoi un étranger en serait-il exempté ? Bien sûr, il faudra être malins, par exemple en reformulant une « cotisation de piste d’entraînement » en « d’entretien de la piste de l’hippodrome [sur lequel il va courir] » ?

Remettons cette question au premier plan ! Encore une fois, comme pour les primes obstacle, cela n’a pas vocation à coûter de l’argent – donc la sempiternelle excuse « c’est la crise, on n’a pas les moyens » ne tient pas. Mieux : cela rapportera de l’argent.

 

La clé, c’est la volonté politique et l’imagination. Le reste, c’est de l’intendance. « L’intendance suivra » disait Napoléon. Il avait raison : je sais où je veux aller, débrouillez-vous pour qu’on y arrive. On a envie de dire pareil aujourd’hui. Arrêtez de nous dire que c’est impossible ! Travaillons ensemble sur des solutions ! C’est le sens de ce que nous avons lancé hier : dans un premier temps, qui est un stade d’intention, nous vous avons demandé de choisir quelques mesures phares ; dans un second temps, qui pourra devenir un stade de concrétisation, nous pourrons si vous le voulez travailler ensemble sur les mécanismes permettant de réaliser les intentions initiales.

Garder l’esprit ouvert en toutes circonstances ; rester libre de ses actes et de ses pensées ; ne jamais décréter une chose impossible avant d’y avoir longuement réfléchi ; penser intérêt commun plutôt qu’intérêt catégoriel, penser alter ego plutôt qu’ego, penser réussite partagée plutôt que réussite individuelle. Voilà mes vœux pour 2019.

Et agir. Car c’est en agissant, jour après jour, centimètre par centimètre, sans parfois même y penser, en essayant de faire chaque chose de mieux en mieux, qu’une communauté, un peuple, une nation peut espérer se donner un avenir.

 

Bonne année à tous !