À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ECSSO - La première grande réunion d’une année électorale

Courses / 04.02.2019

À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ECSSO - La première grande réunion d’une année électorale

Ce samedi, l’hippodrome de Pau n’était pas seulement au cœur d’un des week-ends les plus chers aux amoureux de l’obstacle. Le Pont Long fut aussi le théâtre de la première réunion d’importance en cette année électorale. Alors qu’Yves Fremiot transmettait le relais à de plus jeunes élus, cette Assemblée générale fut aussi l’occasion de toucher du doigt les préoccupations de ceux qui constituent la "base" des éleveurs français.

Par Adrien Cugnasse

Après quinze années à la tête de l’Ecsso, le président a donc décidé de passer la main. Son successeur sera élu dans les semaines à venir. En attendant ce dernier, Jean Biraben a rendu hommage à l’homme du haras d’Ayguemorte. Virignie Fremiot, Mathieu Lalanne, Jean-Paul Lenfant, Cécile Totain, Simon Urizzi, Jean Biraben et Pierre Biraben ont été élus au Conseil d’administration. Pour la dernière fois de son mandat, Yves Fremiot a longuement pris la parole, relançant d’emblée son cheval de bataille : la prime aux chevaux d’âge. « Nous avons assisté à une chute de 24 % des recettes de notre syndicat liées aux primes à l’éleveur. Vous devez tous savoir à quoi cela est dû. Nous avons un élevage qui mise sur la durée des chevaux. Avoir des bons 2ans et 3ans compétitifs est toujours difficile. À partir de 4ans, une fois les vedettes parties, les autres peuvent rattraper leur retard de gains. Nous militons donc en faveur du rétablissement de la prime pour les chevaux d’âge. (…) Nous n’avons pas immédiatement lancé un mouvement de protestation suite à la mise en place de cette mesure et cela m’a été un peu reproché. Ceux qui nous représentaient nous avaient par ailleurs avancé le fait que le fait de conserver une distinction entre les conçus et non conçus "était déjà pas mal". Progressivement nous nous sommes réveillés. »

Quand le Sud-Ouest se réveille. « Au mois de juin 2018, nous avons directement écrit au président de France Galop. Cela a provoqué un peu de remous car nous ne sommes pas passés par le président de la Fédération des éleveurs. Cette lettre à Édouard de Rothschild est restée sans réponse. Nous avons donc envoyé une deuxième lettre que nous avons remise à Loïc Malivet pour qu’il la transmette au président de France Galop. Nous n’avons eu aucune réponse positive. Loïc Malivet m’a ensuite expliqué que si nous parvenions à avoir une prime linéaire pour les conçus et non conçus, nous pourrions peut-être avoir une réponse positive [une partie des élus présent, dont Loïc Malivet, manifeste alors sa désapprobation avec ces propos, ndlr]. Tant pis si je déplais à certaines personnes, mais l’immense majorité veut faire pression sur le président de France Galop. On notera par ailleurs les paroles de monsieur Rimaud de Génération Galop, une entreprise qui, après avoir donné beaucoup d’idées, voudrait à présent qu’elles se réalisent. Notamment sur le fait d’aller plus loin dans la réforme des primes, en rémunérant toujours plus les 2ans et 3ans au détriment des chevaux d’âge. C’est ignorer le fait que beaucoup d’éleveurs, notamment dans notre région, sont limités par les moyens mais grands par ce qu’ils ont envie de réaliser. D’ailleurs certains ont parfaitement réussi, comme en témoigne la moisson de l’élevage du Sud-Ouest en 2018. Récompenser uniquement les jeunes chevaux est une immense erreur. Il y a deux décennies, Son Altesse l’Aga Khan a prononcé un discours en Irlande, dans un moment de crise. Il a déclaré qu’il était important d’avoir une base de pyramide solide pour que le sommet de l’élevage tienne debout. J’ai l’espoir d’être soutenu par le président de la Fédération des éleveurs car nous, éleveurs du Sud-Ouest, sommes convaincus qu’il faut maintenir la pression dans l’objectif de maintenir l’égalité de récompense par la prime. Je ne parle pas en mon nom, je transmets la parole d’un Comité. »

La réaction de Loïc Malivet. Le président de la Fédération des éleveurs au galop a dit : « La perte de 24 % des primes du syndicat du Sud-Ouest n’est pas liée uniquement à la situation des vieux chevaux. L’enveloppe aurait dû être de 28 millions ces dernières années. Or elle a crevé ce plafond pour dépasser les 31 millions d’euros. Ce dérapage de plusieurs millions a duré pendant des années. Avec la réforme, la prime a été ramenée à 25 millions, soit une baisse de 18 % à 19 %. Ce qui est insuffisant pour expliquer une baisse de 24 % (…) Yves [Fremiot,] a déclaré une autre chose inexacte. Lors du débat sur la prime, je lui avais dit qu’au Conseil d’administration de France Galop, compte tenu des forces en présence, il était fort probable qu’une majorité pèse en faveur de la suppression de la distinction entre les conçus et non conçus. Je n’ai pas dit que j’étais pour. Nos étalonniers ont ardemment défendu cette distinction. Le vote s’est déroulé le lendemain de la grève de Saint-Cloud. Lors des dernières semaines précédant ce vote, Axelle [Nègre de Watrigant] et moi-même avons rattrapé plusieurs choses, dont la prime propriétaire pour les 6ans et plus, ainsi que le paiement de la cinquième place dans certaines courses. Et c’est la même chose pour les conçus et non conçus. Jusqu’au jour même du vote, nous avons tout fait pour défendre la prime aux vieux chevaux. Cela a été refusé, en nous annonçant, chiffres à l’appui, que ces sujets d’âge avaient déjà pris beaucoup de primes durant leur carrière. J’étais forcé de constater que les gagnants à 6ans, 7ans ou 8ans avaient souvent été performants dès l’âge de 3ans. Ceci étant dit, je réaffirme que nous n’étions pas d’accord avec la suppression de la prime. Suite à cette réforme, la Fédération a envoyé de nombreux courriers pour informer les gens sur ce sujet. Les éleveurs n’ont pas réagi. Et c’est seulement par voie de presse qu’ils ont commencé à s’exprimer, en mars, avril ou mai, après une victoire d’une de leurs élèves. Soit le moment où ils se sont effectivement rendu compte du manque à gagner. Les premiers à prendre la parole furent messieurs Rossi et Gribomont, ainsi que madame Neveux. Axelle et moi-même sommes donc remontés au créneau. En juin, nous avons demandé un rendez-vous avec le président de France Galop, en lui donnant des pistes pour améliorer les choses. En septembre, la Fédération des éleveurs a voté une motion en faveur du retour de la prime aux vieux chevaux. Au Conseil d’administration de France Galop, la majorité s’est opposée à la réouverture du dossier. En janvier, nous avons écrit à nouveau à Édouard de Rothschild. Mais je sais très bien ce qu’il va me répondre : si nous rouvrons le débat pour éteindre cet incendie, c’est une prime linéaire qui sera adoptée pour toutes les catégories… d’autres foyers vont alors s’allumer. Les gens de l’obstacle vont se sentir lésés et les étalonniers vont lutter pour défendre la distinction entre conçus et non conçus. Ceci étant dit, la majorité du Conseil d’administration de la Fédération des éleveurs du galop est pour le retour de la prime aux vieux chevaux. »

Hervé Chamarty monte au créneau. Représentant du Comité régional Sud-Ouest au Conseil du plat, Hervé Chamarty est aussi membre du Comité de France Galop. Ce samedi, il a notamment déclaré : « Je suis un peu amer, car ces dernières années du mandat d’Édouard de Rothschild sont placées sous le signe de l’injustice. Il y a la prime pour les vieux chevaux, mais aussi le fait que le programme a été réorienté en faveur des chevaux parisiens. De même, la baisse des allocations s’est déroulée de manière très inégalitaire. Lors du dernier Conseil du plat, Gérard Samama et moi-même nous sommes battus contre les grands haras, mais aussi le représentant des entraîneurs, pour le retour de cette prime. Nous n’étions que deux et la province y est bien peu représentée. À chaque réunion, nous avons le sentiment que la messe est dite avant même le lancement des débats. De même, il y a deux décennies, j’ai lancé l’idée de taxer les chevaux entraînés à l’étranger. Louis Romanet m’avait envoyé balader. Le dernier mandat d’Édouard de Rothschild, c’est le mandat de trop. Nul ne doit oublier que sans une base solide, il n’y a pas de pyramide. Et sur ce sujet, Georges Rimaud ne tient pas le même discours que son patron dans la déclaration évoquée par Yves Fremiot. Les courses ne sont pas mortes, elles vont se renouveler. Dans les années 1990, nous avions déjà connu une baisse des allocations, mais elle était plus équitable. Nous avions bénéficié de l’action de Jean-Luc Lagardère. » Dans les débats de ce samedi, la question de la légitimité des cooptés et les conséquences de leur présence a été évoquée à plusieurs reprises.

Luc Kronus, nouveau directeur de la Fédération des éleveurs. Loic Malivet a également déclaré : « Précédemment le F.R.B.C. était financé par les cotisations d’associations et institutions. Après le départ de deux collaborateurs, il ne sera plus abondé de cette manière. Seule Capucine Houel va rester et le F.R.B.C. va être rattaché au département acteur des courses de France Galop On va gagner en fluidité car chaque association aura la possiblilité de s'associer au F.R.B.C. pour mener des actions en France ou à l'étranger. Depuis fin octobre, la Fédération des éleveurs n’avait plus de directeur. Nous avons pris la décision d’embaucher pour ce poste Luc Kronus qui était jusqu’à présent chef du département programme à France Galop. Par le passé, il a œuvré dans le monde du trot. C’est un homme jeune et qui va commencer chez nous le 27 mars. » Une réunion sur le Brexit aura lieu lors des prochaines ventes de Deauville. Concernant la T.V.A., la perspective des élections européennes pourrait constituer une échéance pour faire avancer les choses. Loïc Malivet par ailleurs précisé : « Les trotteurs disent qu’ils courent pour les galopeurs. C’est ignorer qu’en 2018, le produit brut des jeux au galop a beaucoup mieux résisté que celui du trot, alors que dans le même temps, nous leurs avions cédé de nombreuses courses qui auraient dû améliorer leurs chiffres. sur les 45 réunions à partage, en ont reçu 32,5 et le galop 12,5 (…) La Fédération des éleveurs a perdu 25 adhérents, la moitié pour cause de retraite ou de non renouvellement de leurs juments. Dans le même temps, nous avons enregistré 97 nouvelles adhésions. »

Le président des éleveurs n’est pas certain de se représenter. Loïc Malivet a également dit : « Tout à l’heure, Yves [Fremiot] disait qu’il n’était pas certain que je me représente. Moi aussi, je pense à l’avenir car je prends de l’âge. Aujourd’hui, mon action à la Fédération des éleveurs est de plus en plus compliquée, avec un nombre de réunions qui est considérable. Or vous ne pouvez pas être absent à ces rendez-vous où il va forcément se passer quelque chose, où une enveloppe budgétaire peut être débloquée… Et on ne peut pas se faire remplacer par l’équipe administrative car c’est le rôle des élus d’y aller. Lors de ma dernière mandature, j’ai constaté une présence insuffisante dans les Comités. Il manquait toujours un tiers des membres. Il faut que chacun prenne sa charge de travail. Je me retrouve à travailler à temps plein. Je veux tout de même me présenter au Comité pour aider. Suivant la composition du Comité et la volonté des uns et des autres de participer un peu plus, je prendrai ma décision. » Yves Fremiot a ensuite pris la parole : « Loïc Malivet se demande s’il faut qu’il se représente. Nous lui répondons par l’affirmative car nous sommes tous avec lui. C’est un président qui connaît l’élevage français et l’état d’esprit des éleveurs de nos régions. S’il n’essaie pas de prendre le dessus sur ceux qui se sont introduits à la Fédération des éleveurs, nous allons être très mal. »