La grippe équine menace la France

International / 07.02.2019

La grippe équine menace la France

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe outre-Manche : les courses sont annulées jusqu’au 13 février prochain. Le responsable de cette catastrophe ? La grippe équine ! Nous vous proposons un point détaillé sur la situation en France et en Angleterre.

Par Alice Baudrelle

La grippe équine est la hantise des professionnels des courses. Très contagieuse, elle peut avoir des répercussions importantes sur l’activité et les finances d’une écurie. La vaccination est donc primordiale. En Angleterre, le monde des courses est en émoi ce jeudi après la découverte de trois cas positifs de grippe concernant des équidés vaccinés. Issus de la même écurie, ils ont couru mercredi à Ayr et à Ludlow, risquant ainsi de contaminer les autres chevaux à travers le pays, mais aussi en Irlande. La structure touchée est celle de Donald McCain, qui entraîne dans le Cheshire. Par conséquent, la B.H.A. (British Horseracing Authority) a annoncé mercredi après-midi l’annulation des quatre réunions prévues ce jeudi à Huntingdon, Doncaster, Ffos Las et Chelmsford, afin de limiter le risque de propagation de la maladie. C’est la première fois depuis 1981 que la grippe équine entraîne l’annulation des courses en Angleterre. En revanche, la seule réunion irlandaise du jour a bel et bien eu lieu à Thurles.

La transparence de Donald Mc Cain. Donald McCain n’est autre que le meilleur entraîneur d’obstacle du nord de l’Angleterre. Installé depuis 2006, il a brillé de nombreuses fois à haut niveau avec des chevaux comme Overturn (Barathea), Peddlers Cross (Oscar) ou encore Cinders and Ashes (Beat Hollow), pour ne citer qu’eux. Le professionnel a choisi de faire preuve de transparence et a expliqué : « J’ai eu vent des récents cas de grippe équine en France et en Irlande, et durant ces derniers jours j’ai été préoccupé par la santé de mes chevaux au sein de mon écurie. Leur bien-être est ma priorité, et c’est donc à ma demande que notre vétérinaire les a régulièrement examinés et que nous avons suivi ses conseils en faisant des prises de sang. C’est en suivant ce protocole que les résultats positifs pour la grippe sont apparus mercredi soir. Nous avons donc immédiatement contacté la B.H.A. Si nous avions su plus tôt que nos chevaux étaient infectés, ils n’auraient évidemment pas couru. Durant les deux derniers mois, tous mes partants potentiels ont été scopés et ont subi des prises de sang à 36 h de la course. »

Interdiction temporaire de courir en Irlande. Plusieurs cas de grippe équine avaient déjà été signalés au cours des dernières semaines en France, en Irlande et en Angleterre. La B.H.A. avait adressé un avertissement aux professionnels des courses le 19 janvier. Mais jusqu’à présent, aucun cheval vacciné n’avait attrapé le virus en Angleterre. L’entité travaille actuellement à l’identification des écuries qui auraient pu être exposées au virus. L’hippodrome de Wolverhampton a pris les devants en annulant d’office sa réunion du samedi. Pour le moment, les chevaux anglais sont interdits d’engagements en Irlande. Les entraîneurs ayant eu des partants sur les hippodromes d’Ayr et de Ludlow ont reçu l’ordre de fermer leurs écuries. Le top-entraîneur irlandais Gordon Elliott, qui avait cinq partants mercredi à Ayr, les a isolés dans une infrastructure située à 25km de son écurie principale.

La France et l’Angleterre, deux systèmes sanitaires différents. La France a l’avantage de disposer du Respe (réseau d’épidémio-surveillance des pathologies équines). Ce dernier permet de recenser les foyers de maladies équines, d’en informer l’ensemble de la filière et de gérer les crises sanitaires en temps réel. Nous avons contacté Paul-Marie Gadot, responsable du Département livrets et contrôles de France Galop, afin de savoir si l’Angleterre disposait d’un système équivalent. Il nous a expliqué : « La France est le premier pays qui a mis en place un réseau d’épidémio-surveillance de la filière équine, réalisé avec l’aide de plus de 500 V.S. (vétérinaires sentinelles) disséminés sur le territoire. Depuis dix ans, les infos sanitaires remontent sur le Respe, et ce système permet de gérer des alertes concernant le syndrome respiratoire aigu ou nerveux, ou encore l’avortement, lesquelles sont signalées par les laboratoires français et les V.S. L’alerte est diffusée dès que la maladie est confirmée ; elle n’indique pas le lieu exact où se situe le problème sanitaire, mais indique le département. Lorsqu’une maladie grave tend à s’étendre, nous avons la possibilité d’activer une cellule de crise au niveau national. Les Anglais, quant à eux, ont un système assez différent appelé Animal Health Trust. Il s’agit d’un organisme caritatif qui s’occupe des questions sanitaires sur divers espèces en Grande-Bretagne. Ils ne s’occupent pas seulement des chevaux, mais aussi des chiens et des chats. Au sein de ce système, le Département cheval est compétent, et ils disposent d’un sous-système qui rassemble les alertes diffusées par les différents pays. Cependant, il s’agit d’une centralisation des données qui ne fonctionne pas en temps réel. »

Paul-Marie Gadot tient par ailleurs à préciser : « Dans le communiqué de la B.H.A., il est écrit que le virus a d’abord touché notre pays avant de s’étendre à l’Angleterre et à l’Irlande. Or, la France est le seul pays avec un bon réseau d'épidémio-surveillance sanitaire. Nous avons été les premiers à signaler les foyers de grippe, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas eu chez eux ! »

La France en alerte sévère depuis le début de semaine. Il n’y a pas encore eu de cas au galop en France, mais Paul-Marie Gadot prend le problème très au sérieux : « En décembre dernier, les premiers cas de grippe ont touché les sports équestres dans le nord de la France et la maladie s’est étendue à travers l’Europe. Nous avions mis un message sur le site internet du Respe et informé les professionnels du galop. Et nous avons réuni une cellule de crise avec le Respe à mi-janvier. Nous n’avons pas encore eu de cas au galop chez nous, mais nous sommes en alerte sévère depuis le début de la semaine. Compte tenu de ce qui se passe en Angleterre, nous avons mis en place ce jeudi matin un dispositif très lourd. Nous avons localisé les chevaux anglais qui devaient courir sur notre territoire et mis en place une surveillance dès ce matin pour la réunion de courses de Chantilly. Tous les représentants des institutions ont été prévenus et nous avons envoyé des avertissements à tous les professionnels du milieu par mail. Nous avons également activé un numéro d’appel dédié aux urgences sanitaires (01.49.10.22.22). J’avais prévenu le secteur des ventes, et notamment l’agence Arqana, avec laquelle nous avons mis en place il y a plusieurs années un système de vérification. De cette manière, Arqana peut évaluer le risque avant que les chevaux arrivent sur place. »

Et si l’on devait annuler nos courses ? Plusieurs concurrents britanniques comptent faire le déplacement pour la belle réunion dominicale de Cagnes-sur-Mer, et l’actualité soulève quelques inquiétudes quant au maintien de la réunion. Paul-Marie Gadot nous a dit : « C’est une possibilité qu’on ne peut pas écarter, mais aucun élément ne permet actuellement de prendre la décision d’annuler nos courses. Les chevaux anglais en route pour Cagnes feront l’objet d’une procédure d’isolement et seront examinés par les vétérinaires. S’il y a le moindre doute, ils seront interdits de participer à l’épreuve. Nous faisons tout pour préserver nos chevaux de la grippe et nous mettrons en place les mesures adaptées en fonction de ce qui va se passer. Tous nos chevaux sont vaccinés, ce qui constitue un atout majeur, mais la souche qui vient de se développer dans le nord de la France – une quinzaine de cas en décembre et janvier –, est différente de celles circulant ces dernières années à travers l’Europe. L’apparition de cette nouvelle souche pourrait expliquer le fait que des chevaux correctement vaccinés aient pu montrer des signes cliniques. »

Le trot n’échappe pas à la règle. En France, les trotteurs doivent être obligatoirement vaccinés eux aussi contre la grippe et les vaccins sont scrupuleusement vérifiés sur l’hippodrome avant la course. Que ce soit au galop ou au trot, tout cheval déclaré partant sur notre sol sera interdit de courir en cas de non-respect du protocole. Un foyer de grippe équine comportant neuf cas positifs sur des trotteurs français a été détecté ce jeudi dans l’Orne (61). Paul-Marie Gadot a déclaré : « Le trot a pris des mesures jeudi matin en ce qui concerne ce foyer. Ils ont pris de vraies précautions et l’entraîneur dont les chevaux sont touchés a accepté de ne pas sortir ses pensionnaires. Étant donné l’existence de réunions mixtes, nous avons eu ce matin des réunions téléphoniques de coordination avec Le Trot. » En revanche, la rigueur des contrôles sanitaires n’est pas de mise dans les sports équestres. Le vétérinaire a expliqué : « Il y a un peu plus d’un million et demi d’engagements dans les concours par an, et je ne suis pas certain qu’un pour cent des chevaux participants soit contrôlé. Les sports équestres souffrent d’un manque de discipline sanitaire et il y a beaucoup plus de chevaux montés par des cavaliers amateurs que dans notre milieu. »

Une maladie qui ne doit pas être prise à la légère. Rarement mortelle, la grippe équipe ne doit pas pour autant être prise à la légère. Paul-Marie Gadot rappelle : « La grippe équine est extrêmement contagieuse et il faut parvenir à la freiner dès que les symptômes apparaissent. Cette maladie peut avoir des conséquences sur la santé du cheval et elle est particulièrement redoutable pour les foals et les chevaux d’âge. Lorsqu’elle touche des chevaux à l’entraînement, c’est particulièrement ennuyeux car le souci des professionnels est de leur faire reprendre le travail le plus vite possible. Or, il faut bien mettre les chevaux atteints au repos et leur administrer un traitement adapté pour qu’ils puissent bénéficier d’une convalescence correcte. C’est l’affaire de dix ou quinze jours en général, mais il ne faut plus les entraîner pendant cette période. Si les chevaux atteints reprennent trop tôt le travail, cela peut entraîner des problèmes respiratoires. Ils ont absolument besoin d’un temps de récupération suffisant. » Les symptômes classiques sont l’hyperthermie, le jetage et la toux. Certains chevaux peuvent être infectés mais ne présenter que des symptômes très légers, voire aucun symptôme ; c’est d’ailleurs le cas des chevaux vaccinés. Ils n’en restent pas moins potentiellement contagieux. Il convient de rappeler aux professionnels qu'il faut isoler les chevaux présentant des signes respiratoires, isoler en quarantaine sous observation tout nouvel arrivant, procéder à des prélèvements pour recherche du virus par écouvillon naso-pharyngé sur les chevaux présentant des symptômes et les déclarer au Respe. Il faut également limiter au maximum les mouvements et ne transporter que les animaux en bonne santé après avoir vérifié que leur température est normale, et être très prudent vis à vis des mouvements des chevaux et des personnes, afin d’éviter une extension de la maladie. Compte tenu de la situation épidémiologique, il est recommandé d'effectuer un rappel si la vaccination date de plus de six mois.