À LA UNE - Le "Bryant" meeting de Pau de David Cottin

Courses / 04.02.2019

À LA UNE - Le "Bryant" meeting de Pau de David Cottin

Il avait déjà la voix cassée lorsque nous l’avions appelé pour son premier gagnant en tant qu’entraîneur : c’était le 29 août 2017, à Waregem, avec Amour du Puy Noir… Premier gagnant et premier partant. Un an et demi après, David Cottin avait encore la voix cassée, au lendemain de ses victoires dans le Grand Cross de Pau Reverdy avec Uroquois et dans la Grande Course de Haies de Pau - Prix Max de Ginestet (L) avec Forthing. Deux victoires pour couronner un meeting de Pau exceptionnel. Et deux victoires pour "Maggie", avec laquelle la belle histoire se poursuit…

Par Anne-Louise Échevin

Jour de Galop. – Vous avez soigneusement préparé le meeting de Pau, mais vous attendiez-vous à une telle réussite ?

David Cottin. – J’attendais de bons résultats dans le sens où nous avions préparé le meeting avec soin. J’avais des bons poulains et des bons chevaux d’âge. J’arrivais sur ce meeting de Pau avec des bonnes cartouches dans toutes les catégories d’âge, sur les haies, sur le steeple ou encore sur le cross. Je pensais donc faire un bon meeting, mais il faut aussi beaucoup de chance, et nous en avons eu. Pour un entraîneur comme moi, le meeting de Pau est très important : je ne peux pas me permettre de rester deux mois chez moi, je n’ai pas la cavalerie des plus grandes écuries. J’ai 70 chevaux à l’entraînement actuellement, sachant qu’il y a dans le lot des jeunes chevaux qui ne vont peut-être pas débuter avant l’an prochain. Nous les travaillons et il est possible que certains d’entre eux partent se reposer ensuite…

Comment préparez-vous ce meeting, entre Pau, votre base de Chantilly et celle du Lion-d’Angers ?

J’avais réservé des jeunes chevaux qui auraient pu débuter en fin d’année. Mais j’ai préféré attendre Pau. Une moitié de chevaux était au Lion-d’Angers. D’autres venaient de Chantilly, où ils étaient en stage. Nous savions que nous avions de bons poulains, mâles et femelles. Mais ensuite, il faut que tout s’enchaîne bien… Et cela a été le cas.

Vous parlez de stages à Chantilly. C’est-à-dire ?

J’aime que les chevaux, et surtout les jeunes chevaux, changent de décor. Cela permet de leur donner de la maturité. Par exemple, avant de débuter, tous mes 3ans ont sauté le steeple. Quand ils sont à Chantilly, par exemple, ils ne sautent pas toujours au même endroit : à Lamorlaye, à Coye-la-Forêt… J’essaye de ne pas mettre les jeunes chevaux dans une routine. Je pense qu’ils ont besoin de voir du paysage. L’idée est de les "débêtir". Après, chacun sa méthode. J’aime en tout cas débuter mes chevaux prêts.

Et pour un cheval expérimenté comme Uroquois ? Comment le préparez-vous à des épreuves aussi exigeantes comme les cross palois ?

Uroquois ne saute jamais ou alors une fois avant sa rentrée. Autant j’aime que les jeunes chevaux sautent, autant les chevaux d’âge sautent peu. Uroquois voit les obstacles avant sa rentrée. Pour le reste, c’est juste un travail de condition physique. C’est un cheval généreux, il se prépare tout seul. Uroquois a beaucoup sauté dans sa jeunesse, il a eu des soucis de santé et, de ce fait, l’idée n’est pas de lui faire mal le matin.

Quelle est la suite en ce qui le concerne ?

Il va partir en vacances ! Nous le reverrons au prochain meeting de Pau.

Du côté du cross, c’est donc Kick On va prendre la relève ?

Oui. L’objectif avec lui est l’Anjou-Loire Challenge. Il est bien et va avoir droit à des courses faciles cette année pour préparer cette épreuve. On sait que c’est assez compliqué de trouver des engagements pour ces chevaux quand ils ont des gains… Sa préparation va être plus facile cette année.

Vous connaissez bien Uroquois : vous l’avez monté dans le passé, votre mère est coéleveur du cheval, vous êtes coéleveur de sa mère qui était entraînée par votre père… C’est une histoire de famille.

En effet, ma mère a élevé Uroquois avec Magalen Bryant. Je crois par ailleurs que sa mère, Iroquoise II, a été le premier cheval que Maggie a acheté à mon père…

Après le Grand Cross de Pau, vous avez mis l’accent sur l’alchimie entre Uroquois et son jockey, Alain de Chitray. Pouvez-vous expliquer cela ?

Non, je n’arrive pas complétement à l’expliquer… Je dirai qu’Uroquois est un cheval assez vaillant, très généreux, et Alain a une bonne main. Les deux se complètent plutôt bien : Uroquois est un cheval plutôt facile dans le sens où il est un bon sauteur. Mais il faut savoir le gérer et Alain y arrive parfaitement.

Avoir été jockey vous aide-t-il à former les couples "cheval-jockey" ? Par exemple, donneriez-vous à Alain de Chitray le même cheval qu’à Jonathan Plouganou ?

Mon passé de jockey joue, d’autant que je saute encore mes chevaux le matin. Enfin, pas tous ! J’essaye de former les couples chevaux et jockeys en fonction de leurs caractéristiques et de leurs qualités. Mais, concernant Jonathan, c’est simple : vous pouvez lui donner n’importe quel cheval ! Il peut tout monter : il me connaît, je le connais, et il s’adapte à tous les chevaux et à tous les styles d’entraînement. C’est ce qui fait sa force.

Forthing vous a offert le doublé dans le Grand Prix de Pau et la Grande Course de Haies de Pau. On le sait dans son jardin là-bas… Comment avez-vous géré sa préparation et quelle est la suite ?

Forthing connaît son métier par cœur. Nous avons juste eu à l’entretenir et nous n’avons rien inventé… J’ai reçu le cheval en magnifique état en provenance de chez Guy Cherel. J’ai essayé de ne pas gâcher son travail, tout simplement. Il va désormais partir en vacances et viser le prochain meeting.

Du côté des jeunes espoirs, il y a Laterana ** (Saint des Saints), qui a été impressionnante lors de ses deux premières sorties… Elle a été battue dans le Prix Camille Duboscq (L). Comment analysez-vous cela : un manque d’expérience allié au terrain lourd ?

J’ai l’impression qu’elle perdait pied dans ses abords. Elle a fait pas mal de fautes. Je crois que c’est une pouliche encore un peu tendre pour aller dans ces terrains-là et il y avait face à elle des éléments plus expérimentés. Je ne suis pas inquiet : c’est une bonne pouliche. Nous la reverrons à Auteuil. En principe, elle va débuter là-bas dans une course de haies, puis elle devrait aller rapidement sur le steeple.

Forthing, Uroquois et Laterana ont en commun leur propriétaire, Magalen Bryant. Vous avez beaucoup monté pour elle lorsque vous étiez jockey. Que représente son soutien et sa présence à Pau, ce dimanche ?

C’est une fierté d’entraîner des chevaux de Magalen Bryant et d’avoir sa confiance. Je n’étais pas surpris de la voir à Pau dimanche : elle était déjà venue au Lion-d’Angers pour l’Anjou-Loire Challenge de Kick On (Poliglote) l’an dernier. C’est une vraie passionnée de cross, une vraie passionnée d’obstacle. J’avais déjà sa confiance en tant que jockey, ainsi que celle de David Powell. "Maggie" avait toujours fait appel à moi, dès qu’elle le pouvait, pour monter ses chevaux et elle n’a pas hésité à me faire confiance lorsque je me suis installé comme entraîneur. C’est une grande dame qui a beaucoup de classe : elle m’a confiée des poulains issus de mères que j’ai montées.

Au tout début de votre carrière d’entraîneur, vous expliquiez qu’il était très stressant de vivre les courses de l’autre côté de la barrière. Cela s’est-il amélioré ? Gérez-vous mieux ce stress ?

Non, cela ne s’améliore pas du tout ! Vivre un grand cross, ou n’importe quelle course d’obstacle en étant de l’autre côté de la barrière, c’est dur. On "subit", alors qu'en tant que jockey, j’avais une impression de contrôle, de gérer les choses. En tant qu’entraîneur, nous essayons d’amener un cheval au top mais, une fois qu’ils sont en piste, on ne contrôle plus rien. Il faut que tout se passe bien et je ne peux plus rien faire. Ce n’est pas simple à gérer. Quand j’étais jockey, j’avais l’impression de contrôler. Une course d’obstacle ne donne pas le droit à l’erreur… Donc cela me stresse beaucoup.

Parmi les chevaux avec lesquels vous avez eu une histoire particulière, il y a Blue Dragon ** (Califet). Il est à l’entraînement chez vous. Comment va-t-il ?

Il va très bien. C’est une chance d’entraîner un tel cheval… Nous y allons étape par étape : il a eu des problèmes de santé. Pour l’instant, il n’y a pas de programme défini. C’est lui qui va nous dire.

Vous le connaissez par cœur puisque vous le montiez en course. Comment est-il le matin ?

C’est un cheval très gentil. Il aime aller de l’avant, c’est tout. Et il a du moteur !

Avez-vous déjà des espoirs pour la reprise à Auteuil ou est-ce trop tôt pour en parler ?

C’est encore un peu tôt pour vraiment le dire. Nous avons quelques poulains sympas et des chevaux de meeting qui vont continuer au printemps. Espérons que tout se passe bien !

Vous avez monté chez Paul Nicholls et on voit de plus en plus d’entraîneurs français souhaitant gagner en Angleterre. Avez-vous aussi cette envie, dans un futur plus ou moins proche ?

Il faut avoir des clients désirant aller en Angleterre. Nous avons tout de même de très belles allocations chez nous, alors qu’elles sont assez basses en Angleterre. Et je ne pense pas que l’on puisse aller directement à Cheltenham : il faut courir un cheval deux ou trois fois en Angleterre au préalable. Le rythme des courses est totalement différent. Un cheval doit s’y habituer avant d’aller sur un gros meeting.

Vous avez un certain nombre de propriétaires étrangers qui vous ont confié des chevaux. Comment attirez-vous tous ces propriétaires ?

Ma compagne, Amanda, a beaucoup de contacts et elle m’aide considérablement avec les clients étrangers. Quelqu’un comme Robert Waley-Cohen est arrivé grâce à David Powell, tout comme monsieur Munir ou monsieur Green. Cela m’aide beaucoup.

Votre réussite est donc aussi le fruit de tout un travail d’équipe ?

Oui. Amanda m’aide avec les clients étrangers, mon père m’aide pour tout le côté province. Ma mère gère la comptabilité, ma sœur gère tout ce qui concerne la communication sur internet. Je pense qu’il faut être bien entouré pour réussir et avoir une bonne équipe. J’ai la chance d’avoir une très bonne équipe et le soutien de mes proches ! Pour moi, c’est très important.