Alain de Chitray : « Uroquois m’a réconcilié avec le cross palois »

Courses / 05.02.2019

Alain de Chitray : « Uroquois m’a réconcilié avec le cross palois »

Par Alice Baudrelle

Valeur sûre parmi les jockeys d’obstacle, Alain de Chitray vient de remporter un deuxième succès d’affilée dans le Grand Cross de Pau (L) avec Uroquois (Passing Sale). Le jeune homme nous a parlé du champion de Magalen Bryant.

Jour de Galop. – Comme l’a souligné David Cottin, il existe une alchimie évidente entre Uroquois et vous. Comment vous êtes-vous retrouvé associé à ce cheval ?

Alain de Chitray. – Wilfried Denuault avait monté Uroquois à plusieurs reprises et aurait dû lui être associé lors de l’édition 2018 du Grand Cross, mais il s’est accidenté peu de temps auparavant. À l’époque, j’étais un peu fâché avec le cross palois. J’avais pourtant gagné un peu partout dans la discipline, en République Tchèque, à Craon, à Vichy… Cela faisait un moment que je montais en cross, mais je n’arrivais pas à comprendre celui de Pau ! Ça m’énervait et j’avais dit que je ne voulais plus monter en cross là-bas. Lorsque David Cottin m’a proposé de monter Uroquois, j’ai accepté car j’avais confiance en lui et je savais que j’avais une bonne chance. Ses chevaux sont bien mis et une monte dans un Grand Cross, cela ne se refuse pas ! Nous avons fait le tour à pied ensemble et il m’a bien expliqué comment négocier le parcours. Le courant est tout de suite passé avec Uroquois et nous nous sommes imposés. Il m’a réconcilié avec le cross palois. Généralement, lorsque vous gagnez une bonne course, on vous laisse le cheval et c’est ce qu'il s’est passé.

À 11ans, il semble n’avoir jamais été aussi fort. Comment l’expliquez-vous ?

Lorsqu’il était plus jeune, il passait la terre un peu trop vite et il lui arrivait de désarçonner ses jockeys. Il a mis un peu de temps à trouver sa voie. Le cheval s’est bien calmé et son entourage a réussi à le gérer comme il le fallait. Il a su le préserver et Uroquois évolue bien grâce à cela. Désormais, il est réglé comme une horloge. Il adore Pau et ne court d’ailleurs que là-bas depuis deux ans. Il est capable, sur cet hippodrome, d’exploits qu’il ne pourrait pas reproduire ailleurs, un peu comme Forthing (Barastraight). Uroquois est parfait sur ce parcours-là, il a une qualité de saut formidable sur la terre et il est très agile. Il a toujours un passage à vide après les fromages, mais il reprend le mors de lui-même dans le dernier tournant avant de placer sa pointe de vitesse. Il n’est pas courant de voir un cheval de cross avec un tel finish !

Vos parents sont connus dans le monde du trot, puisqu’ils ont notamment élevé les champions Dryade des Bois (Prix d’Amérique) et Voltigeur de Myrt (Prix René Ballière et Critérium des 4ans). Pourquoi avez-vous choisi de suivre la voie du galop ?

Le trot ne me passionnait pas. Je me sentais mieux sur les pur-sang, et je trouvais que les sensations étaient plus grisantes qu’au sulky. J’ai eu le déclic en allant monter le matin chez Étienne Leenders, qui entraînait non loin de chez moi, et j’y suis retourné durant les week-ends et les vacances. J’ai aussi fait un peu de courses de poneys, puis j’ai fait mon apprentissage au Moulin à Vent. Il a fallu convaincre mes parents, car ils n’étaient pas d’accord avec ce choix. Lorsqu’ils ont vu que je voulais vraiment faire ce métier, ils ont fini par se montrer compréhensifs.

Quel a été votre parcours, depuis votre entrée à l’Afasec ?

J’ai été apprenti chez Henri-Alex Pantall, puis j’ai connu des problèmes de poids. Je suis donc entré au service de Jehan Bertran de Balanda, puis de Thomas Trapenard, qui m’a vraiment donné ma chance. Il m’a d’ailleurs permis de remporter mon premier Gr1 avec Teejay Flying (Tiger Groom), dans le Prix Ferdinand Dufaure. J’ai également travaillé chez Guy Cherel, et je suis free-lance depuis quatre ans maintenant. Mon agent, Stéphane Delhommeau, fait du très bon travail. Je monte en priorité pour Augustin Adeline de Boisbrunet, pour lequel j’ai notamment remporté le Prix Montgomery (Gr3) en 2017, et pour Nicolas de Lageneste, mais je me mets régulièrement en selle pour divers professionnels. J’ai aussi gagné le Prix du Président de la République (Gr3) avec Kelthomas (Keltos) il y a trois ans, pour le compte de Jean-Marc Baudrelle. Depuis que je suis free-lance, je saute les chevaux le matin à gauche et à droite, que ce soit à Maisons-Laffitte, Chantilly ou encore Moulins.

Comment imaginez-vous votre reconversion, une fois votre carrière de jockey terminée ?

J’aimerais bien rester dans le milieu des courses et, pourquoi pas, travailler dans l’élevage. Pour le moment, je n’ai pas envie de m’installer entraîneur dans le futur. J’aimerais trouver un métier dans lequel je puisse m’investir, et un projet impliquant une transmission de savoir me tenterait bien aussi. Pour le moment, je me fais toujours autant plaisir à cheval et j’ai le temps de penser à l’avenir.

Quelles sont vos ambitions à terme ?

J’espère continuer ma progression en termes de gagnants et de gains. J’ai des espoirs avec Le Rocher ** (Saint des Saints), avec lequel je viens de prendre la deuxième place de la Grande Course de Haies de Pau (L). Il sera à suivre dans les bonnes courses de haies à Auteuil. Du côté des plus jeunes, Saint Sonnet ** (Saint des Saints) reste sur deux succès d’affilée sur la butte Mortemart et devrait faire parler de lui dans les épreuves black types. J’aimerais bien aller monter en Angleterre, mais je ne pense pas en avoir l’occasion cette année. À l’avenir, j’espère "toucher" un bon vieux susceptible de courir le Grand Steeple-Chase de Paris ou la Haye Jousselin (Grs1) !