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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS - Les recettes mixtes de Pierric Rouxel

Élevage / 09.02.2019

DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS - Les recettes mixtes de Pierric Rouxel

DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS

Les recettes mixtes de Pierric Rouxel

À la manière des grands chefs, ils ont leurs secrets pour élaborer les champions de demain… Jour de Galop vous propose une immersion dans les cuisines des principaux éleveurs de plat et d’obstacle, qui ont bien voulu nous dévoiler leurs plans de monte pour la saison 2019. Ce samedi, nous avons rendez-vous avec Pierric Rouxel, à la tête du haras de Maulepaire à Savigné-l’Évêque (Sarthe). Ce dernier élève pour bon nombre de clients et possède sa propre jumenterie, qui se partage entre le plat et l’obstacle.

Par Alice Baudrelle

Pierric Rouxel utilise non seulement des étalons confirmés, mais aussi de jeunes recrues qui ont encore tout à prouver au haras. Il nous a expliqué : « Mon idée est d’essayer de trouver de bons étalons, qui ne sont pas encore dans le top des vedettes commerciales, mais qui finiront par y entrer ! Tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir une saillie de Siyouni (Pivotal) et il faut donc savoir prendre des risques. Cela nous a souvent bien réussi et nous avons maintenant des filles de Saint des Saints (Cadoudal) ou encore de Poliglote (Sadler’s Wells), qui n’étaient guère populaires au début de leur carrière d’étalon. Poliglote était loin d’être parfait, mais il m’avait plu dans sa démarche : il marchait comme un tigre ! La suite m’a donné raison d’avoir voulu les essayer. »

Prince Gibraltar sur la vénérable Bonne Gargotte. Gagnante du Prix Panacée (L) et deuxième du Prix Corrida (Gr3), Bonne Gargotte (Poliglote), 20ans, est actuellement vide et va rencontrer Prince Gibraltar (Rock of Gibraltar), dont les premiers produits devraient être vus en compétition cette année. Pierric Rouxel nous a dit : « Nous aimons beaucoup cet étalon que nous utilisons depuis le départ. Il a démontré beaucoup de vitesse à 2ans et possède un magnifique modèle. »

Troisième du Prix de Thiberville (L), sa fille Gargotière (Kendargent) est pleine pour la première fois de Footstepsinthesand (Giant’s Causeway) et va quant à elle rencontrer Pedro the Great (Henrythenavigator) : « C’est une famille où il faut ramener de la vitesse, et Pedro the Great apporte également de la précocité à ses produits. Ses résultats sont très encourageants et il nous a déjà fait plaisir par le biais de Lagrandecatherine, qui s’est classée proche quatrième du Prix Marcel Boussac (Gr1), l’année dernière. De plus, nous sommes porteurs de parts de l’étalon. »

Propre sœur de Bonne Gargotte et lauréate de plusieurs quintés à Longchamp, Garmerita a donné naissance à plusieurs vainqueurs dont Syrita (Siyouni), gagnante du Prix de la Calonne (L) et troisième de la Coupe (Gr3). Pleine de Dream Ahead (Diktat), Garmerita va elle aussi être saillie par Pedro the Great.

Palmeriade promise à Storm the Stars. Palmeriade (Kouroun) est notamment la mère de Palinodie (Doctor Dino), gagnante du Prix Charles Laffitte (L) et placée de Gr3 à plusieurs reprises outre-Atlantique. Pleine d’Elm Park (Phoenix Reach), elle va rencontrer Storm the Stars (Sea the Stars) : « C’est un cheval splendide pour lequel j’ai eu un coup de foudre au salon des étalons au Lion-d’Angers. Je suis très attaché aux familles maternelles des étalons et la sienne est magnifique. Lorsqu’on retrouve de très bons sires dans la souche maternelle, c’est une sécurité, même si cela ne marche pas à tous les coups. Sa mère est une sœur du grand Giant’s Causeway (Storm Cat) et appartient à la famille de Panoramic (Rainbow Quest), qui fut lui aussi un bon reproducteur. De plus, Storm the Stars possède un vrai palmarès solide. Être placé de deux Derbys, ce n’est pas rien ! Nous avons d’ailleurs un premier produit de lui qui est né récemment, une très belle pouliche. »

Fidèle à Doctor Dino. Pierric Rouxel a connu une jolie réussite par le biais de Doctor Dino, notamment avec la championne d’obstacle La Bague au Roi (invaincue en quatre sorties sur le steeple, dont deux Grs1), laquelle a été élevée au haras de Maulepaire. L’éleveur a d’ailleurs une de ses sœurs à la maison : « Il s’agit de Reine Cénomane (Saint des Saints). Elle n’a pas couru, car nous avons perdu sa mère à cause de coliques et nous avons décidé de la ramener au haras afin de perpétuer la lignée. Elle est actuellement pleine de Great Pretender (King’s Theatre). Son premier produit, une femelle par Doctor Dino, s’est bien vendu il y a deux ans ; nous allons donc refaire ce croisement qui a bien marché. »

Également porteur de parts de l’étalon du haras du Mesnil, Pierric Rouxel nous a confié : « Nous allons envoyer plusieurs juments à Doctor Dino cette année, dont Steel Dancer (Kaldounévées), qui est actuellement pleine de ce même étalon, dans une optique obstacle. C’est la mère de Tzar’s Dancer (Tzar Rodney), vainqueur du Prix du Président de la République (Gr3) et quatrième du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Steel Dancer est une magnifique jument, elle est très puissante et profonde. Ses produits sont tous de beaux poulains, et son fils par Balko (Pistolet Bleu) a été vendu 80.000 € yearling à la dernière vente d’automne, chez Arqana. Doctor Dino va ramener de l’élégance et ses produits ont souvent beaucoup de cœur, ce sont vraiment des chevaux de course. »

Sœur de la double gagnante de Listed, Villa Molitor (Muthathir), et mère de Lagrandecatherine, Sizalia (Dream Well) va elle aussi être saillie par Doctor Dino : « On pense davantage à lui comme à un étalon d’obstacle, mais c’est un sire qui comme son père, Muhtathir (Elmaamul), est très mixte dans sa production, très polyvalent. Nous avons envie d’essayer avec elle, cela me semble être un bon croisement de modèle et d’aptitude. »

Trois étalons différents pour autant de femelles d’une même famille. Gagnante en plat, haies et steeple, la polyvalente Beni Abbes (Saint des Saints) a fait partie des meilleures pouliches anglo-arabes de sa génération, ayant notamment remporté le Grand Critérium à 12,5 % (Course B) : « Elle a donné Antoing (Turgeon), vainqueur de cinq courses dont une sur le steeple d’Auteuil, et une pouliche qui commence à bien performer en obstacle, Evora (Doctor Dino). Beni Abbes va être saillie par No Risk At All (My Risk), un étalon qui est en train de vraiment s’imposer à travers sa production. Il est également apprécié de l’autre côté de la Manche et c’est un joli cheval plutôt élancé et élégant, alors que la jument est un peu carrossière. »

Sœur de Beni Abbes, Djurjura (Akarad) est une poulinière confirmée puisqu’elle est notamment la mère d’Ecbatane (Balko), gagnante de la dernière édition du Prix Sytaj (Gr3) : « Djurjura sera saillie cette année par Barastraight (Barathea). C’est un cheval qui est assez sous-estimé, alors qu’il a un ratio de gagnants par rapport au nombre de partants qui est formidable. De plus, il apporte du modèle. Je pense qu’il est en train de se faire et nous y croyons. »

Invaincue en trois sorties sur le cross palois, sa fille Chaouia (Dream Well) va être saillie pour la première fois cette année. Le choix s’est porté sur It’s Gino (Perugino) : « Nous lui avions déjà envoyé une jument l’année dernière. J’ai découvert le cheval lors du salon des étalons du Lion et il m’avait beaucoup plu dans sa conformation. Il a très bien produit en plat, principalement en Allemagne, ainsi qu’en obstacle puisqu’il est le père d’un gagnant de Gr1 en Angleterre. Il a une belle génétique allemande, avec toutes les garanties de solidité et de dureté qu’on aime retrouver chez les pères de chevaux d’obstacle. »

Une sœur de Le Grand Lucé à la rencontre de Castle du Berlais. Lauréate à deux reprises sur les haies, Ma Chère Amie (Zanzibari) est une sœur du champion Le Grand Lucé (Dream Well), multiple lauréat de Groupe et placé au plus haut niveau sur la butte Mortemart. À son sujet, Pierric Rouxel nous a dit : « Elle est pleine de Doctor Dino et va rencontrer Castle du Berlais (Saint des Saints). C’est une grande jument toute en "angulosité", et Castle du Berlais est un ravissant cheval. Il n’est pas très grand mais très bien fait, avec un dos assez court, et une magnifique génétique. Nous n’hésitons pas à utiliser un jeune étalon et il a sailli de très bonnes juments. »

Masterstroke, un étalon prometteur. Gagnante sur les haies paloises et troisième du Prix d’Arles (L) à Auteuil, Reine Pieuse (Saint des Saints) est une sœur du bon Roi des Francs (Poliglote), vainqueur de plusieurs Groupes en Irlande : « La jument est pleine de Doctor Dino et va être saillie cette année par Masterstroke (Monsun), qui possède une génétique formidable puisqu’il descend de la souche de la matrone Allegretta (Lombard). C’était un très bon cheval de course, placé de l’Arc de Triomphe (Gr1). Il commence à bien produire, comme on l’a vu avec la gagnante du Bournosienne (Gr3), Floridée. Il faut lui envoyer des juments un peu carrossières, avec de la taille. Je l’utilise aussi avec Argovie (Alberto Giacometti), une sœur des bons Le Jonchet (Northern Crystal) et Parigny (Tagula). Son deuxième produit, Arverne (Doctor Dino), a conclu troisième d’un Gr1 sur les claies cet hiver. »

Un coup de cœur inattendu pour Recoletos. Gagnante à plusieurs reprises et sœur de la placée de Listed Kapirovska (Muhtathir), Subprime (Doctor Dino) est pleine de Pedro the Great et va rencontrer Recoletos (Whipper) : « J’ai eu un coup de foudre pour lui pendant la Route des Étalons. Au départ, je suis venu au haras du Quesnay avec un autre cheval en tête, et mon choix s’est finalement arrêté sur Recoletos. Il est bien fait et plein d’équilibre, et il a beaucoup de présence. De plus, il a eu une carrière irréprochable. Nous avons réservé quatre saillies, une pour Subprime et les autres pour des juments appartenant à nos clients. »