DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS - Thierry Cyprès sait provoquer la chance

Élevage / 07.02.2019

DANS LA CUISINE DES GRANDS ÉLEVEURS - Thierry Cyprès sait provoquer la chance

Par Christopher Galmiche

À la manière des grands chefs, ils ont leurs secrets pour élaborer les champions de demain… Jour de Galop vous propose une immersion dans les cuisines des principaux éleveurs de plat et d’obstacle, qui ont bien voulu nous dévoiler leurs plans de monte pour la saison 2019. Ce jeudi, nous avons rendez-vous avec Thierry Cyprès, à la tête du domaine du Pont à Montigny-sur-Canne (Nièvre). Il a réalisé une grande année 2018, concluant à la deuxième place du classement des éleveurs, à seulement 10.000 € de la tête de liste, Benoît Gabeur. Pour 2019, il peut encore nourrir de grands espoirs.

Le fer de lance de l’élevage de Thierry Cyprès est le champion Bipolaire (Fragrant Mix) qu’il a élevé avec son frère Jacques. Le double gagnant du Prix La Haye Jousselin (Gr1) et candidat au Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) a passé ses vacances à Montigny et il est revenu en grande forme chez François Nicolle. C’est un fils de Kenna (Épervier Bleu), une jument AQPS placée en obstacle. « Kenna est pleine de Gris de Gris et elle sera présentée à Karaktar. Nous voulons essayer ce croisement avec High Chaparral, le père de Karaktar, qui est reconnu en obstacle. De plus, la première production de Karaktar, dans ce que j’ai chez moi, est assez impressionnante. Les poulains, avec plusieurs juments différentes, sortent réguliers avec beaucoup de classe. Je pense que Karaktar devrait pouvoir bien produire, même si je n’ai pas parole d’évangile. Sa famille est assez vivante au niveau maternel, avec des chevaux black types. Et puis la mère par King’s Best, la grand-mère par Kahyasi, et le sang de Top Ville, c’est un plus énorme. C’est une famille qui ne demande qu’à produire. À mon avis, nous n’allons pas être déçus dans la production. Il a l’origine, le physique et les performances. Il était très estimé, étant l’un des favoris du Prix du Jockey Club (Gr1). J’avais été le visiter avant que nous ne l’achetions et mon compte-rendu s’était surtout porté sur sa façon de se déplacer. Lorsqu’il marche, il déplace la personne qui le tient. Il a un mouvement, un engagement impressionnant. Ses produits vont être sauteurs naturels, à mon avis, compte tenu de son pedigree. Il y a des sangs qui ne trompent pas. »

Polimere, fidèle à Cokoriko. Pour sa première rencontre avec l’étalon du haras de Cercy Cokoriko, Polimere (Poliglote) a donné le champion Polirico **, lauréat des Prix Congress (Gr2) et Général de Saint-Didier (Gr3). Elle va poursuivre son histoire avec le sire nivernais. « Polimere vient de nous faire la propre sœur de Polirico, qui est exactement la même que ce dernier lorsqu’il est né. Polimere sera représentée à Cokoriko. Quand on a un moule, on ne le change pas ! »

Gold Filly change de métier. Gold Filly ** (Martaline) a fait partie des meilleures pouliches de sa promotion, gagnant le Prix Sagan (Gr3) avant de connaître des soucis de santé. La femelle de Thierry Cyprès a rejoint l’élevage et va être croisée à un étalon avec lequel l’éleveur a eu de la réussite : « Gold Filly va être saillie pour la première fois cette année. Elle va aller à Masterstroke. J’ai un mâle de Martaline que nous avons gardé en association avec Jacques Détré [Golden Son, ndlr]. Masterstroke est irréprochable dans son modèle. Lorsque l’on regarde sa sortie d’encolure, ses aplombs, il n’a pas de défauts et en plus, c’était un bon cheval de course. Et lorsqu’on lui met des juments avec du cadre, on a un résultat comme Floridée. » La mère de Gold Filly, Thou in Gold (Gold and Steel) a remporté le Grand Cross de Pau (L) 2007 avec Nathalie Desoutter, puis elle a fait deux fois l’arrivée de la grande épreuve paloise. Au haras, elle a donné notamment Gold Filly, mais elle est malheureusement morte l’année dernière.

Une méthode AQPS qui s’applique au pur-sang. Thierry Cyprès élève dans la Nièvre et il a bien sûr des juments AQPS, et des pur-sang. La méthode appliquée pour l’un marche très bien avec l’autre. « Je pense que les vraies souches d’obstacle sont ancrées. Lorsque vous voyez les vraies familles d’obstacle qui produisent régulièrement des bons chevaux, elles font souche très vite. En AQPS, c’était déjà ancré dans nos têtes. Mais si nous travaillons comme avec les AQPS, avec de vraies souches d’obstacle en pur-sang, nous arrivons à avoir de vrais résultats. La chance se provoque. Aujourd’hui, bon nombre de résultats le prouvent. »

Croiser un maximum de courants de sang. Thierry Cyprès a choisi un large éventail d’étalons pour ses juments avec des profils différents. « Cela va du jeune au confirmé pour nos cinquante juments à la reproduction. Nous avons été à Manatee, Masterstroke, Cokoriko, Pastorius, Karaktar, Jeu St Eloi, Saint des Saints, It’s Gino, Doctor Dino, et en Irlande à Yeats, Flemensfirth et Harzand. Ce sont des étalons choisis aussi par le feeling et en essayant de diversifier les courants de sang. »

En partance pour l’Irlande. Stationné à Beeches Stud, Flemensfirth fait partie des étalons reconnus dans le monde de l’obstacle britannique. Il a produit des champions comme Imperial Commander, vainqueur de la Cheltenham Gold Cup (Gr1), Flemenstar, quadruple lauréat de Gr1, Tidal Bay, gagnant de l’Arkle Chase (Gr1), ou encore Waiting Patiently, espoir pour le steeple anglais. Ses produits se font rares en France, mais il devrait y en avoir dans le futur, dans les prés de Thierry Cyprès. « La mère d’Adrien du Pont, Pat du Pont et Vision du Pont, Santariyka (Saint des Saints) s’en va à la saillie de Flemensfirth. C’est la génétique qui m’a poussé à aller à cet étalon. Santariyka provient d’une souche Aga Khan avec une mère par Kahyasi et lorsqu'on va la croiser à Flemensfirth, qui est numéro 1 en Angleterre et en Irlande, ça devrait être bien. » En poste à Gilltown Stud, en Irlande, Harzand a remporté le Derby d’Epsom et celui d’Irlande (Grs1). Il sera le partenaire de My Alco (Dom Alco), une jument estimée au sein de l’élevage Cyprès. « My Alco fait partie de mes bonnes juments, et je pense qu’elle fera partie de mes matrones dans les années à venir. Cette jument-là a un mâle de Martaline et une femelle de Kap Rock qui est chez Guillaume Macaire. Je suis allé à Harzand avec elle. C’est un fils de Sea the Stars qui est en Irlande, un cheval bai-brun, très bien dans sa tête. Sa mère est par Darshaan et j’en avais entendu beaucoup de bien. La première fois que je l’ai vu, je l’ai trouvé assez spectaculaire. C’était la même chose lorsque j’avais été à Yeats. On m’avait demandé "pourquoi lui" ? J’avais dit : "Vous savez, lorsque vous avez un cheval capable de gagner quatre fois la Gold Cup, ça parle, surtout pour faire un cheval d’obstacle." Je pense que, pour l’obstacle, avec le cœur qu’il a, ça va être un vrai géniteur. Aujourd’hui, j’ai quatre produits de Yeats, deux mâles et deux femelles. Les deux femelles ont gagné [Figue et Figatelle, ndlr], un des mâles s’est imposé, c’est Figuero, et avec l’autre mâle, nous avons beaucoup d’espoirs. Je crois beaucoup en Yeats. En choisissant bien ses croisements, il doit bien produire. » Achetée 56.000 € à la vente d’automne Arqana en 2016, alors qu’elle sortait de la compétition, Rosario Has (Saint des Saints), sœur de Roll on Has (Policy Maker), gagnante du Prix Alain du Breil (Gr1), a rejoint l’élevage Cyprès. « Rosario Has m’a fait une magnifique femelle de Milan et elle va aller à Authorized. J’aime beaucoup le croisement Montjeu sur Saint des Saints. »

Objectif Floridée II. Floridée (Masterstroke) a été la meilleure pouliche de sa promotion en gagnant le Prix Bournosienne (Gr3). Sa mère, Solidée (Dom Alco), est une AQPS qui n’a pu se distinguer en compétition. Mais elle se rattrape au haras. Elle devrait elle aussi poursuivre une belle histoire commencée avec un étalon : « Solidée est à terme et devrait bientôt pouliner. Elle est pleine de Karaktar et va retourner à Masterstroke pour essayer de faire une deuxième Floridée, ça serait sympathique ! Mais la carrière de Floridée n’est pas terminée ! Je pense qu’elle a beaucoup de classe et ce qu’elle a fait dans le Prix Bournosienne n’est pas commun. À l’avant-dernière haie, je me suis dit que nous serions cinquièmes bien couru. Mais elle est revenue à l’intérieur pour l’emporter. C’est assez spectaculaire ce qu’elle a fait ! Et puis elle a devancé des pouliches très estimées. » Lauréate sur les haies d’Auteuil pour la casaque de son éleveur, Deniaville (Irish Wells) va elle aussi rencontrer Masterstroke.

La mère de Lou Buck’s sur le carnet de bal de Cokoriko. Génitrice de l’impressionnant Lou Buck’s ** (Buck’s Boum), lauréat de six de ses sept courses, dont le Prix de Marsan (L), et invaincu en steeple, Loucessita (Pistolet Bleu) va faire partie des nombreuses bonnes juments inscrites sur le carnet de bal de Cokoriko. « Loucessita a été l’an dernier à Buck’s Boum pour essayer de faire un nouveau Lou Buck’s. Et là elle va être croisée à Cokoriko. La première production de cet étalon est assez spectaculaire. Je crois énormément en cet étalon. Il a tous les grands courants de sang que l’on puisse retrouver aujourd’hui en obstacle. Quoi qu’il arrive, je suis à peu près certains que nous aurons un résultat impressionnant dans le temps. J’ai la sœur de Lou Buck’s par Cokoriko [Miss Coco, ndlr] et nous avons des espoirs avec elle. Nous avons une production par le biais de Cokoriko qui est impressionnante. » Loucessita ne sera pas la seule à aller à Cokoriko : « Félicie, la fille de Princesse d’Anjou, a produit une femelle de Martaline et va être présentée à Cokoriko. Quiéville est pleine de Martaline et va aller à Cokoriko. »

Pastorius à la rencontre de la mère d’Apple’s Jade. Très apprécié de Thierry Cyprès, Pastorius va visiter des juments de haut vol de l’éleveur nivernais, comme une certaine Apple’s for Ever (Nikos), mère d’Apple’s Jade (Saddler Maker) et Apple’s Shakira ** (Saddler Maker). « Septland (Agent Bleu) est bientôt à terme de Milan et elle est promise à Pastorius, de même qu’Annaland (Saint des Saints), la mère de Figuero, et qu’Apple’s for Ever, la mère d’Apple’s Jade. Pastorius était un vrai cheval de course, fils de Soldier Hollow, qui produit. J’ai deux produits de Pastorius, l’un avec une fille de Kapgarde qui vient de me faire une femelle exceptionnelle, et j’ai un mâle d’Euvoia (No Risk at All), laquelle m’a fait un magnifique mâle de Pastorius. Je crois beaucoup en ce cheval. Je l’ai découvert par hasard, mais il a tout pour produire : la génétique, la morphologie, le mental et sa première production s’affirme. C’est un vrai cheval de course. Il a battu des vrais chevaux en Allemagne. Je l’aime beaucoup, il a des tissus merveilleux. Pour l’obstacle, il faut des chevaux qui ont un vrai mental et qui soient robuste. » Pour revenir sur Apple’s for Ever, elle a donné Apple’s Pierro (Martaline) qui est un yearling d’exception, selon son coéleveur.

Tunis sur la route d’Obiland. La souche de Jubyland (Kadalko) produit très bien et cela se vérifie en consultant les performances de ses descendants et descendantes, à l’image d’Obiland (Hawker’s News). « Sœur de Septland, Obiland s’en va à la saillie de Tunis. Son père, Hawker’s News, est le frère d’In the Wings. Ce dernier a donné beaucoup de grandes poulinières. »

Saint des Saints pour la sœur de Porto Rico. Très bien née, Claraland (Kap Rock) va avoir droit à un des meilleurs sires du parc étalon : « J’ai mis Claraland, la sœur de Porto Rico, Vicente [double gagnant du Grand National écossais] et Edgeoy à Saint des Saints. »

Miss de Champdoux à Doctor Dino. La dernière reine d’Enghien, Miss de Champdoux (Voix du Nord), lauréate du Grand Steeple (Gr2) et de deux Grandes Courses de Haies (Gr3), est en pension chez Thierry Cyprès, qui nous a donné le nom de son prochain partenaire. « Miss de Champdoux est suitée d’une magnifique femelle de Martaline et sera présentée à Doctor Dino. »

Terre Neuve pour Jeu St Eloi. Ce sera un croisement 100 % Détré pour Terre Neuve (Alberto Giacometti), gagnante du Prix Christian de Tredern (Listed à l’époque) sous la casaque grise et grenat. « Terre Neuve était pleine de Cokoriko et s’en va à Jeu St Eloi parce que j’ai un yearling d’elle par cet étalon qui est spectaculaire et sur lequel on a beaucoup d’espoirs. »

Des juments en retraite. Mère d’Eludy (Saddler Maker), gagnante du Prix Orcada (Gr3), Idy (Quart de Vin), tout comme Ireland (Saddler Maker), est mise en retraite, mais Thierry Cyprès a des juments pour prendre la relève : « J’ai des sœurs d’Eludy comme Coddy (Califet), qui est pleine de Cokoriko et ira à Tunis, et Fille d’Idy (Kapgarde), sur laquelle nous avons beaucoup d’espoirs. Eludy est repartie au travail, c’est une guerrière qui a des caméras au bout des sabots. »