Éric Feurtet : ses vaches, ses moutons, son hôtel… et ses chevaux ! - Par Alice Baudrelle

Élevage / 14.02.2019

Éric Feurtet : ses vaches, ses moutons, son hôtel… et ses chevaux ! - Par Alice Baudrelle

Éric Feurtet : ses vaches, ses moutons, son hôtel… et ses chevaux !

Par Alice Baudrelle

Installé à Saint-Jean-de-Trézy, en Saône-et-Loire, Éric Feurtet s’est fait connaître en tant qu’éleveur de chevaux de course en 2016 grâce à la réussite de sa première élève, Rymska (Le Havre). Néophyte à l’époque, ce passionné d’agriculture et d’hôtellerie s’est pris au jeu et devient de plus en plus présent dans le paysage hippique, se montrant régulièrement actif aux ventes Arqana.

Jour de Galop. – Vous avez été actif à la récente vente mixte d’Arqana, où vous avez fait l’acquisition de quatre juments. Depuis combien de temps élevez-vous des chevaux ?

Éric Feurtet. – Ma famille travaille dans l’agriculture depuis plusieurs générations et j’ai suivi très tôt le même chemin. J’ai toujours été passionné par les chevaux, mais jusqu’en 2015, j’élevais uniquement des bovins charolais, en plus de m’occuper de mon activité d’hôtellerie. Avant de me lancer dans l’élevage de pur-sang, j’avais deux quarter horses en guise de chevaux de loisir. Au fur et à mesure, j’ai rencontré quelques agriculteurs qui élevaient à la fois des chevaux et des bovins, dont Jean-Christian Raymond. J’ai mandaté deux de mes amis pour acheter une poulinière à un prix raisonnable à la vente d’élevage Arqana en fin d’année 2013, et c’est ainsi que j’ai fait l’acquisition de Foreign Raider (Lend a Hand), la mère de Rymska. Je l’ai achetée 10.000 €, alors qu’elle était pleine de Le Havre (Noverre), l’étalon n’étant pas encore sorti à l’époque. Vous connaissez la suite !

Vous avez inscrit Rymska au Chaser Day lorsqu’elle était foal. C’était un choix atypique, étant donné ses origines de plat…

À l’époque, j’étais complètement novice dans le milieu. Je connaissais des gens qui avaient inscrit leurs chevaux à ce rassemblement et ce n’était pas très loin de chez moi, donc j’y ai emmené Rymska. Elle n’avait pas forcément le profil du concours, mais elle a tout de même été classée troisième de sa section. Là-bas, elle a été repérée par John Daniel Moore, qui me l’a achetée. Ce dernier l’a confiée au haras de Clairefontaine, qui l’a inscrite à la vente d’élevage Arqana en fin d’année 2014. Achetée 35.000 € par Oceanic Bloodstock pour le compte d’Alain Jathière, Rymska a rejoint le haras du Cadran où elle a été élevée, avant de rejoindre l’écurie de Pia Brandt. Après avoir bien débuté par une troisième place, elle a signé deux succès consécutifs, enlevant notamment le Critérium de l’Ouest (L), puis elle a été vendue en partie et exportée aux États-Unis. Elle y a remporté trois Groupes sous l’entraînement de Chad Brown et s’est aussi classée cinquième de la Breeder’s Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1), une grande fierté ! J’ai appris qu’Alain Jathière avait vendu récemment sa part de la jument. Ses propriétaires ont la volonté de la garder à l’entraînement cette année et de lui faire gagner un Gr1, donc l’aventure continue !

Combien avez-vous de poulinières à l’heure actuelle ?

J’ai seize poulinières, dont la mère de Rymska qui est pleine de Le Havre et qu’elle va rencontrer de nouveau cette année. Elle est à terme mi-avril. Le Havre m’a porté chance, donc je refais le croisement qui a bien marché ! D’ailleurs, parmi les quatre juments que j’ai achetées à la vente mixte, une est fille de Le Havre et deux sont pleines de cet étalon. Je n’hésite pas à amener mes juments à de bons sires, tels que Siyouni (Pivotal), Shalaa (Invincible Spirit), Olympic Glory (Choisir), Wootton Bassett (Iffraaj), Dabirsim (Hat Trick), Al Wukair (Dream Ahead)… J’élève uniquement des chevaux de plat et j’ai acheté toutes mes poulinières chez Arqana, hormis deux d’entre elles qui proviennent de l’écurie Seconde Chance. Aux ventes de Deauville, il y a une telle concentration de bons chevaux qu’on est sûr d’y trouver son bonheur. J’y ai notamment acheté une jument des Aga Khan Studs nommée Kozaka (Mark of Esteem) qui a donné trois black types, ou encore Chantilly Crème (Johannesburg), gagnante du Critérium du Béquet et deuxième du Prix du Bois (Gr3). J’ai également une sœur de Pomellato (Big Shuffle) par Medicean (Machiavellian). L’idée est d’inscrire mes poulains aux ventes Arqana, et de faire entraîner sous mes couleurs ceux qui ne se vendent pas. À terme, mon but est de gagner l’Arc ! Prochainement, j’espère dénicher une très bonne jument qui sera au moins gagnante de Groupe, afin de réduire mon cheptel et de me concentrer sur la qualité.

Qu’est-ce que la réussite de Rymska a changé pour vous ?

Cela a changé l’orientation générale de mon exploitation agricole, puisque j’ai divisé le nombre de mes bovins par trois. Nous avons laissé plus de place aux poulinières et le domaine est devenu encore plus beau grâce aux travaux que nous avons pu faire. Par exemple, nous avons construit un barn tout en bois qui donne beaucoup de cachet à la propriété. J’ai dans l’idée d’installer un marcheur afin de pouvoir préparer au mieux mes chevaux pour les ventes.

Parlez-nous de vos deux autres professions. Comment arrivez-vous à mener toutes ces activités de front ?

Toutes mes activités prennent place ici au domaine de Rymska, que j’ai entièrement rénové pendant quatre ans avant son ouverture, en février 2018. Il est situé au cœur de la campagne, et est entouré de bois, d’étangs et de prairies. J’y ai non seulement mon élevage de chevaux, mais aussi mon élevage de bovins et mon hôtel-restaurant. Le restaurant propose majoritairement des produits de qualité issus de ma ferme, et plusieurs chambres ainsi que quelques suites à la disposition des clients. J’ai une très bonne équipe derrière moi et tout se combine très bien. Nos clients apprécient le calme et la compagnie des animaux. Nous avons également des vaches, des moutons, de la volaille... Ici, je vis un peu en autarcie !