Hippodrome de Maisons-Laffitte : ne capitulons pas - Par Patrick FELLOUS

Courses / 15.02.2019

Hippodrome de Maisons-Laffitte : ne capitulons pas - Par Patrick FELLOUS

Hippodrome de Maisons-Laffitte : ne capitulons pas

Par Patrick FELLOUS

Président de l’Association régionale des propriétaires de chevaux de courses

Jacques Myard, le maire de Maisons-Laffitte, a promis de nous présenter un projet via un pack "subventions + projet entrepreneurial d’exploitation du site" avant la fin du mois de février. La date butoir approche à grands pas. Si ce projet est réaliste et soutenu par une majorité de socioprofessionnels, comme nous le pensons, il sera alors légitime d’exiger des instances de France Galop d’amender la décision du conseil d’administration.

Olivier Delloye a expliqué dans ces colonnes, le 8 décembre dernier, le dossier "Maisons-Laffitte", comprenant le projet de fermeture de l’hippodrome en 2010. Reprenons son argumentaire :

« La réorganisation des activités pour l’ensemble centre d’entraînement/hippodrome de Maisons-Laffitte doit dégager une économie annuelle de 5 M€. »

Le coût net d’organisation des 24 réunions de cet hippodrome ressort à 5,3 M€. Que la société mère annonce renoncer à la gestion de cet hippodrome apparaît logique au vu d’un coût de plus de 220 k€ par réunion. Ce chiffre est au moins trois fois supérieur à celui de toute réunion premium se déroulant sur un hippodrome non géré par France Galop (exemple avec Cagnes-sur-Mer : 81 réunions pour 6 M€, soit 75 k€ par réunion).

Dans le dossier "Maisons-Laffitte" du 17/12/2018 remis au comité, on découvre que 25 personnes sont affectées à temps complet à l’hippodrome pour un coût annuel de 1,27 M€ (à France Galop on ne connaît ni la crise ni le bénévolat).

Par ailleurs, les frais d’organisation et de fonctionnement sont annoncés à 2,9 M€ annuel. Pourtant, dans le bilan 2018, le total des frais pour les six hippodromes de France Galop se monte à 10,1 M€, dont 3,3 M€ pour Longchamp. Il resterait donc 6,8 M€ pour les cinq autres, dont 2,9 M€ (soit plus de 40 %) pour le seul hippodrome de Maisons-Laffitte. Comment y croire ?

« Les enjeux sont plus faibles à Maisons-Laffitte que sur les autres hippodromes parisiens. »

Contrairement à ces affirmations, Maisons-Laffitte ne fait pas figure de parent pauvre. Sur les dernières années, sa moyenne d’enjeux par réunion est identique à celle comptabilisée sur Deauville et Chantilly et un peu inférieure à celle de Saint Cloud.

« Les pistes de Maisons-Laffitte ne permettent pas de courir avant avril et après octobre pour cause d’éventuelles inondations. »

Mais le calendrier parisien sur herbe est déjà conçu de la sorte. Quant à l’impossibilité de construire une P.S.F., il y en a déjà deux sur les hippodromes de France Galop et le projet d’en créer une autre à Longchamp reste à l’ordre du jour.

« Il faut adapter l’outil de travail des courses à Paris aux effectifs (nombre et implantation) des chevaux. »

Les hippodromes parisiens de plat accueillent quelque 20 % des réunions de plat en France, pourcentage en adéquation avec le nombre de chevaux à l’entraînement sur la région parisienne qui est de 25 %.

« Il faut adapter le modèle d’organisation des courses aux évolutions du marché des paris hippiques. »

En dix ans, les investissements courants de France Galop sont passés de 9,7 M€ à 7,3 M€. La part réservée aux sites (hippodromes et centres d’entraînement) est passée de 90 % à 55 % de ce total : 8,5 M€ en 2005 et moins de 4 M€ en 2018. Soit une baisse de plus de 50 % quand la totalité des enjeux hippiques n’a baissé que de 5 %. Le modèle est donc déjà bien adapté !

Quant à Maisons-Laffitte, sa part est passée de 24 % à 12 % de la part réservée aux sites, soit moins de 7 % du total des investissements courants.

C’est bien l’outil de travail qui est prioritairement sabordé, puis sacrifié. Car par ailleurs, les charges globales de fonctionnement de France Galop sont restées stables avec des frais de personnel toujours très élevés au siège, de lourds investissements dans des activités à fonds perdu type sport et poker, ainsi que dans des opérations de marketing qui s’avèrent des puits sans fond, et un montant d’amortissements en forte hausse, lié à Paris Longchamp.

« France Galop a le souhait de travailler activement à sa reconversion. »

France Galop est propriétaire du site, mais sa situation en zone inondable lui enlève tout ou partie de sa valeur financière et toute certitude quant à une possible reconversion.

Ajoutons à cela que l’arrêt de l’activité amènera des coûts à près de 500 k€/an en taxe foncière, cotisations syndicales, charges d’entretien des bâtiments et gardiennage, façon feu l’hippodrome d’Évry.

Dès lors, notre proposition est simple :

Maintenir les vingt-quatre réunions, mais transférer la gestion de l’hippodrome à une société de courses indépendante. Cette société percevra de France Galop l’intéressement versé à toute société organisant des réunions Premium, soit pour les vingt-quatre réunions près de 1,2 M€ plus 0,18 % sur les enjeux engagés.

Gérée "en bon père de famille" sous le statut associatif, elle pourrait bénéficier de la participation des bénévoles pour son organisation et son fonctionnement lors des jours de courses comme cela se passe sur plus de deux cents hippodromes en France. Elle profiterait du versement par France Galop de l’intéressement statutaire indiqué ci-dessus, des subventions du fonds commun comme en bénéficie toute autre société de courses, du bénéfice retiré des diverses activités les jours de courses, du chiffre d’affaires d’activités annexes à développer les autres jours, et de subventions de la région et de la ville (qui bénéficie de la taxe dite Myard sur les enjeux du PMU). Au regard de son histoire et du lien fusionnel entre celle-ci et le cheval, la société des courses de Maisons-Laffitte sera financièrement à l’équilibre, et ce avec un coût de fonctionnement annuel autour de 2 M€ (80 k€/réunion).

Maintenir les courses à Maisons-Laffitte, c’est éviter une délocalisation des vingt-quatre réunions, et donc des frais supplémentaires pour les propriétaires et les entraîneurs, et assurer enfin pour longtemps l’avenir du centre d’entraînement. En effet, propriétaires et entraîneurs reviendront si la pérennité du site et de son hippodrome est assurée.

Pour « abaisser le coût de fonctionnement de France Galop pour équilibrer ses comptes et assurer sa pérennité », n’est-ce pas alors tout le modèle d’exploitation de France Galop qu’il faut changer ? La solution ne serait-elle pas d’externaliser certaines de ses activités et notamment la gestion des hippodromes ?

Doit-on continuer de dépenser en effet jusqu’à 500 k€ pour ouvrir un hippodrome un jour de courses et d’assumer 6 M€ de déficit annuel pour ses trois centres d’entraînement ?

Après la disparition d’Évry et, peut-être, de Maisons-Laffitte, viendra s’ajouter celle de Saint-Cloud, dont la forte valeur marchande servira très vite à compenser les déficits cumulés de France Galop, et un peu plus tard celle d’Auteuil dont certains, peut-être désireux de voir se réduire les courses d’obstacles en France, n’hésitent plus à préconiser la fermeture.

Maisons-Laffitte pourrait être un exemple pour ce nouveau modèle.

Mr le Maire, à vous de jouer !!!