L’avenir des courses françaises, c’est le choix du modèle - Par Hubert Tassin – Président des P.P.

Courses / 22.02.2019

L’avenir des courses françaises, c’est le choix du modèle - Par Hubert Tassin – Président des P.P.

L’avenir des courses françaises, c’est le choix du modèle

par Hubert Tassin – Président des P.P.

« Je reviens sur la tribune publiée par Jour de Galop la semaine dernière et signée de Didier Krainc, animateur d’une écurie de groupe et membre du bureau de Génération Galop. Elle ouvre un intéressant débat : celui du modèle que nous voulons pour les courses en France et leurs filières. Faut-il organiser nos courses encore plus qu’aujourd’hui autour des compétitions de haut niveau ou asseoir notre modèle sur une pyramide des allocations assurant une assise large et nationale permettant de constituer une base solide et durable ?

Le catastrophisme ne peut être la base de départ de l’analyse. Rien de tel pour remettre en cause un modèle que de l’accuser de tous les maux. Le monopole d’abord, dont chacun sait qu’il protège, mais coupe celui qui en bénéficie de la réalité de la concurrence. Cependant, il y a longtemps que le PMU n’est plus vraiment en situation monopolistique. Nous n’avons pas attendu cette tribune pour comprendre que la Française des Jeux était un concurrent sérieux et que sa probable ouverture du capital le rendra plus agressif encore. Nous n’avons pas attendu cette tribune pour mesurer les effets de l’ouverture des jeux en France aux paris sportifs, principalement sur les matchs de football.

Ce n’est pas le monopole qui conduit à reconnaître qu’imaginer un pari "d’un nouveau genre" sur les courses est assez illusoire : on doit packager différemment, reprendre des formules à l’étranger, trouver de nouveaux moyens de communication, mais sauf à abandonner les règles hippiques, on n’inventera pas une révolution, trois cent cinquante ans après les premières courses anglaises.

Deuxième argument : "les courses doivent redevenir un sport". Dont acte. Les courses sont un sport et nul n’en doute. Mais voilà une vision tellement réductrice : le lancer de marteau ou le hockey sur gazon sont aussi des sports et n’en demeurent pas moins ultra confidentiels. Les courses sont beaucoup plus qu’un sport : une culture, une activité d’élevage, une communauté de passionnés, et ne l’oublions jamais, un fabuleux support de paris.

Troisième argument, le plus choquant selon moi : dénigrer un PMU dont les performances économiques (avant impôt) sont celles d’une très grande entreprise aux marges très élevées. Le présenter comme celui qui "nous tire, par nature vers la médiocrité" et qui est "structurellement incapable de dépasser ses propres limites" est pour le moins contradictoire. Nous offrons – et de loin – les meilleures allocations d’Europe et même du monde puisque, rapportées à la richesse nationale, nos enveloppes ont une proportion supérieure à celle de tous les pays (Japon, Australie ou États-Unis compris) à l’exception de Hongkong, de Singapour et des monarchies du Golfe. Renoncer au monopole, rentrer dans une logique de société anonyme, ce serait rentrer dans le rang à moyen terme. Perdre une très forte proportion de nos allocations et, pour finir, de la taille des filières.

La sélection. Après avoir brossé un tableau ignorant l’exceptionnelle position des courses françaises, la solution, le modèle qui nous est proposé est plutôt simple à résumer : séparons l’élite de la plèbe et créons deux circuits bien différents, deux catégories "l’une dite de sélection" et l’autre "pour les chevaux de moindre valeur". Si on suit le raisonnement, il faudrait décréter que chaque catégorie assure son propre financement. Au regard des allocations aujourd’hui distribuées dans la filière de sélection et de présélection, et au vu du nombre de partants moyen, je ne donne pas bien cher de l’évolution des encouragements au sommet de la pyramide. Nous rejoindrions vite les moyennes anglaises, peut-être même moins.

À lire cette proposition, je ne suis pas tenté de dire "chiche".

Je suis un passionné de la compétition au plus haut niveau. C’est le cas d’une proportion écrasante des propriétaires et éleveurs : personne n’a de chevaux ou en élève pour viser le bas de l’échelle. Je cours l’Europe pour assister aussi souvent que possible au Derby à Epsom, au meeting de Royal Ascot, au Festival de Cheltenham sans toujours y croiser d’ailleurs ceux qui se présentent comme les défenseurs de la haute sélection internationale. Je ne crois pas avoir manqué un Arc de Triomphe, un Grand Steeple ou un Jockey Club depuis des décennies.

Évidemment, la compétition est la finalité des courses et de l’élevage. Mais sans une base solide et vivante pour la financer, la sélection à la française s’effondrerait. Séparer le sommet de sa base serait contre-productif. C’est tout simplement impossible.

L’équilibre pour un modèle ouvert. Je défends donc inlassablement un autre modèle. Celui qu’ont fort judicieusement présenté nos amis Odette Fau et Georges de La Rochebrochard dans Jour de Galop de lundi dernier. Un modèle ouvert et surtout pas replié sur les rares qui feraient le choix de ne viser que l’élite. Un modèle qui respecte cette magie des courses où – pour reprendre les propos d’Odette Fau et de Georges de La Rochebrochard – "les princes et les reines côtoient le peuple… les bons chevaux côtoient les moins bons, les éleveurs d’une poulinière côtoient les grandes écuries internationales" Il faudrait être aveugle pour ne pas voir la joie d’un propriétaire qui gagne une course sur un hippodrome rural ou pour ne pas voir la fierté d’un éleveur dont l’élève remporte un handicap. Elles contrastent souvent avec l’indifférence apparente de certains grands propriétaires à l’arrivée d’une course de groupe (quand ils sont présents). "Les petits admirent les grands parce que tout est tiré vers le haut et que le rêve appartient à tout le monde." C’est tellement juste, mais il ne faudrait pas qu’en retour les grands méprisent les petits… Ceux-là leur permettent d’organiser le programme. Deux conceptions de notre avenir s’opposent ainsi. Les élections qui se profilent fin 2019 permettront de confronter ces deux modèles. Pour ma part, je plaide pour beaucoup d’évolutions au sein d’une institution Trot-Galop, un management rénové, un dynamisme du PMU qui valorise notre modèle, s’appuie sur le cheval, l’ADN du pari hippique, l’ancrage des courses dans les régions, les performances de notre élevage, le niveau de nos grandes épreuves. Ce sont nos atouts maîtres qu’il ne faut pas tout le temps dénigrer, même s’il s’agit là d’un sport si français.

La puissance de nos courses repose sur cette solidarité entre ceux qui concourent très majoritairement à la recette (donc aux allocations) et ceux qui en perçoivent le plus. C’est l’espoir du meilleur qui est le moteur de tous les acteurs qui, dans un équilibre toujours à redéfinir, assurent ce niveau d’exception aux allocations des courses de sélection et de présélection.

Si chacun devait se financer, la spirale serait destructrice pour le haut de la pyramide et donc, pour finir… aussi pour le bas.

Nos courses ont un avenir dans l’ouverture et l’équilibre. J’en suis convaincu. »