Obstacle : les "FR" gagnent le crunch !

Élevage / 07.02.2019

Obstacle : les "FR" gagnent le crunch !

À force de voir des "FR" gagner sur les obstacles anglais et irlandais, nous sommes tous un peu blasés… Mais il ne faut pas ! L’année 2019 bat tous les records. La preuve dans notre mini-enquête en deux parties.

Partie 1 (ce soir) : la réussite "FR" par les chiffres

Partie 2 (demain soir) : le French flair

Par Adrien Cugnasse (avec photo)

On peut le dire, car les chiffres en attestent : lors des premières semaines de 2019, l’élevage français fait un carton outre-Manche. Il a encore amélioré son score de l’année dernière, qui était déjà un grand millésime. Sur les 37 Groupes courus depuis le 1er janvier 2019 en Angleterre et en Irlande, 16 ont été remportés par des "FR" (un indécent 43 % de victoires !). Les chevaux irlandais ont deux unités de plus (18). Seraient-ils plus forts que nous ? Ben… Les irlandais représentent 50 % de l’effectif de sauteurs à l’entraînement outre-Manche, alors que les français sont moins de 17 % ! Le chiffre est d’ailleurs sans doute inférieur, puisque les petits frenchies apparaissent dans une catégorie pudiquement baptisée "Autres" par les autorités hippiques britanniques. On y trouve des français, des allemands, quelques américains… L’Association des AQPS a signé une grande victoire en faisant reconnaître ce label outre-Manche ; au rythme de nos victoires là-bas, il serait temps de mener un autre combat : que les français aient droit à une catégorie statistique rien que pour eux !

Notons au passage que les anglais eux-mêmes ne représentent que 33 % des troupes, ce qui en dit long sur l’état de l’élevage anglais de sauteurs.

SUFFIXE DES GAGNANTS DE GROUPE/OBST./EN ANGLETERRE ET EN IRLANDE

Période                                          FR                               IRE                                       GB

Janvier 2018                                  11                                18                                         8

Janvier 2019                                 16                                18                                         2

Part des effectifs                           17 %                           50 %                                     33 %

Quasiment 50 % de mieux qu’en 2018 ! En nombre de victoires, l’élevage français améliore son score de près de 50 %, passant de 11 à 16 succès dans les Groupes. On remarque dans le même temps l’effondrement de l’élevage anglais des sauteurs, déjà constaté aux ventes et lors du rapport publié l’année dernière par l’Association des éleveurs britanniques.

CES "FR"GAGNANTS DE GROUPE/OBST./EN ANGLETERRE ET EN IRLANDE 2019

Gagnant Pedigree Âge Départ France Éleveurs Entraîneur Français
Apple's Jade Saddler Maker & Apple's for Ever, par Nikos  3 R. Coveliers E. Clayeux
Aso Goldneyev & Odyssée du Cellier, par Dear Doctor 4 I. Pacault, Mlle A.S. Pacault & Mme M. Girot-Pacault I. Pacault
Camélia de Cotte Laveron & Traviata Valtat, par Jimble 3 G. Richardot, J. L. Buiron & J. M. Duperret  A. Chaille-Chaille
Défi du Seuil Voix du Nord & Quarvine du Seuil, par Lavirco  3 Mme M. Boudot E. Clayeux
Élixir de Nutz Al Namix & Nutz par Turgeon  3 T. Saliou & Mme J. Ventrou G. Cherel
Envoi Allen Muhtathir & Réaction, par Saint des Saints  1 B. Vagne -
Espoir d'Allen Voix du Nord & Quadanse, par Maille Pistol 3 B. Vagne A. S. Pacault
Fakir d'Oudairies Kapgarde & Niagaria du Bois, par Grand Trésor 3 M. de Gigou G. Cherel
Félix Desjy Maresca Sorrento & Lamadoun, par Smadoun  2 Mme C. Bodin & Mlle M. Boullier  -
Frodon Nickname & Miss Country, par Country Reel  4 P. Gasdoue G. Macaire
Klassical Dream  Dream Well & Klassical Way, par Septième Ciel 4 H. Honoré & Mlle L. Guillaume  J.-P. Gallorini
La Bague au Roi  Doctor Dino & Alliance Royale, par Turgeon 2 Comtesse B. de Tarragon -
Le Richebourg Network & Fée Magic, Par Phantom Breeze  3 J. M. Prost -
Min Walk in the Park & Phemyka, par Saint Estèphe  3 Mme M.T. Mimouni Y. Fouin
Siruh du Lac Turgeon & Margerie, par Le Balafré 2 L. Fagalde
Tout Est Permis  Linda's Lad & Kadalbleue, par Kadalko  3 Mme I. Peltier & P. Pean  P. Peltier

La confirmation de Cheltenham 2018. En mars 2018, nous avions étudié les 23 courses d’obstacle black types de Cheltenham. Avec 10 victoires, l’élevage français réalisait son meilleur score de ces dernières années. Et il faisait jeu égal avec l’Irlande, qui comptait également 10 succès. L’Angleterre était déjà loin derrière, avec seulement trois victoires. Le fait que la France puisse atteindre un tel score était d’autant plus remarquable que les "FR" étaient minoritaires parmi les engagés des épreuves de notre étude (31,8 %) alors que les irlandais représentaient un peu plus de la moitié des chevaux présents sur le programme du festival (50,3 %).

Le taux de réussite à Cheltenham des chevaux élevés dans l’Hexagone est donc largement supérieur à celui des chevaux qui ont vu le jour en Angleterre et en Irlande. Et si la tendance actuelle se confirme, les "FR" pourraient battre leur record à Cheltenham en mars 2019.

PODIUMS BLACK TYPES/CHELTENHAM 2018

FR  IE GB Autre
Partants par pays d'élevage 114 180 57 7
Partants par pays d'élevage (%) 31,8 50,3 15,9 2
Podium par pays d'élevage (%) 31,9 52,2 14,5 1,4

Ils ont presque tous débuté en France. Il était par ailleurs intéressant d’étudier le parcours des 15 "FR" ayant remporté une course black type en 2017 et en 2018 à Cheltenham. Quatorze d’entre eux ont été formés par un entraîneur français avant de franchir la Manche, alors même que les exportations de chevaux d’élevage sont très nombreuses. Cela atteste donc de la plus value apportée par les qualités de préparation et de dressage des entraîneurs français. On notera que trois de ces 15 lauréats sont passés chez Emmanuel Clayeux. Cette tendance est la même en ce début d’année avec 11 des 16 "FR" lauréats de Groupe qui ont couru en France avant d’être exportés. Et c’est sans compter sur trois 2ans dont le dressage avait déjà probablement démarré dans l’Hexagone. Pourtant, les Anglo-Irlandais achètent aussi massivement des foals et yearlings d’obstacle français.

Exporter au bon moment. On peut se demander où est passée cette masse de chevaux d’élevage qui ont quitté la France et qui connaissent une moindre réussite outre-Manche, certains après de multiples passages en vente. Certains rétorqueront, avec justesse, que l’on a beaucoup moins de chance de se tromper sur un cheval à l’entraînement que sur un foal. Mais tout de même, cette réussite des chevaux acquis après plusieurs sorties en France interpelle. C’est probablement le meilleur argument pour inciter les Anglo-Irlandais à laisser leurs acquisitions au dressage en France, et au moins aussi pour leur saison de 3ans. Au final, plus que l'exportation en elle-même, c’est surtout l’exportation au mauvais moment qui pénalise la France des courses. Car soyons honnête, notre système est sous perfusion de l’argent étranger. Le propriétaire non professionnel – dans le sens où il n’est ni éleveur, ni entraîneur de sauteurs – est une espèce rare et forcément "à protéger". Et beaucoup ont besoin de vendre des chevaux pour pérenniser leur loisir qui consiste à faire courir des sauteurs.

La suite demain dans JDG…