LE REGARD TOURNÉ VERS L’AVENIR - Dix Siyouni, une formule à 100.000 € et l’épée de Camelot

Courses / 12.02.2019

LE REGARD TOURNÉ VERS L’AVENIR - Dix Siyouni, une formule à 100.000 € et l’épée de Camelot

Par Franco Raimondi

En 2018, Jean-Claude Rouget a terminé en tête du classement des entraîneurs de 2ans dans toutes les catégories : en nombre de partants (73), de gagnants (37), de victoires (41) et aussi en gains (778.340 €). Pourtant, l’entraîneur palois n’est pas satisfait des résultats de sa cuvée 2016 : « Nous avions la quantité, c’est pour cette raison que nous sommes en tête. Mais je constate que mes 2ans n’ont pas gagné une course black type. Cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. » Si l’on regarde les statistiques de ces dix dernières saisons, Jean-Claude Rouget a gagné 185 courses black types, dont 35 avec les 2ans, pour un total de 14 Groupes. Avant 2018, il avait toujours remporté une course black type par saison. En 2013, il en avait gagné huit, son record.

Les 2ans et l’école française. Même sans succès black type, les juniors 2018 entraînés par Jean-Claude Rouget ne sont pas de mauvais éléments pour autant. Onze d’entre eux ont décroché une valeur de 40 ou plus, et 9 autres ont gagné de bons maidens mais n’ont pas droit au rating, faute d’avoir couru trois courses. Ses chevaux de Gr1 ont presque tous couru à 2ans et plusieurs se sont illustrés au niveau Groupe et Listed. Jean-Claude Rouget explique : « Au mois de mai, en France, on ne pousse pas les 2ans comme en Angleterre. Notre système consiste à les faire sortir plus tard et travailler pour en faire de bons 3ans. Quand on pousse trop un jeune cheval, on risque de le casser et moi, je n’aime pas casser les chevaux. Chaque cheval a son moment. Si un 2ans est précoce, je ne l’empêche de gagner, bien sûr. Et s’il montre de la classe, on peut aller sur les bonnes courses. »

Vingt juniors en moins. En 2019, le nombre de juniors dont dispose l’entraîneur palois a un peu fondu par rapport à 2018. Il peut déjà compter sur 79 sujets de 2ans à l’écurie et d’autres vont encore arriver : « Je pense que j’aurai entre 85 et 90 poulains et pouliches de 2ans dans les écuries de Pau et Deauville, c’est-à-dire une vingtaine en moins que l’année dernière. Je ne peux pas me plaindre après la saison catastrophique de 2018. Pour le moment, les choses sérieuses n’ont pas commencé pour les 2ans. On les regarde galoper le matin et plusieurs ont une belle action, mais il est encore trop tôt pour se faire réellement une idée. »

Pour consulter la liste des 2ans déjà déclarés à l’entraînement chez Jean-Claude Rouget, cliquez ici (http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/20190213-Tableau-Rouget-1.pdf).

Dix Siyouni avec du black type. Jean-Claude Rouget a joué un rôle très important dans le succès de Siyouni (Pivotal) en tant qu’étalon. Il a entraîné Ervedya, sa première lauréate classique. Il dispose de dix Siyouni, cinq poulains et cinq pouliches, dont trois achetés aux ventes et sept élevés par les propriétaires. Le professionnel palois a entraîné les mères de la moitié de ses Siyouni. Il dit : « Les résultats parlent pour lui, j’aime bien ses produits, comme tout le monde ! »

Les Siyouni du millésime 2017 ont été conçus au tarif de 30.000 €. Six des dix mères ont décroché leur black type, et elles sont toutes jeunes. La meilleure est l’allemande Full of Beauty (Motivator), deuxième de très peu dans une bonne édition des Oaks d’Italie (Gr2). Elle est la mère d’un mâle acheté 130.000 € par l’écurie Jean-Pierre Barjon chez Arqana, et nommé Wally.

Le Havre et Wootton Bassett, des pères toujours présents. Cette année, Jean-Claude Rouget entraîne quatre pouliches et deux poulains par Le Havre (Noverre), son premier gagnant du Prix du Jockey Club et le père de deux de ses lauréates de Prix de Diane, La Cressonnière et Avenir Certain. Trois femelles sont élevées par Gérard Augustin-Normand alors que Son Altesse l’Aga Khan lui a confié un mâle issu de Velannda (Sea the Stars), une demi-sœur de Valyra (Azamour) la troisième reine du Prix de Diane de la maison Rouget. Un autre étalon doit beaucoup à Jean-Claude Rouget. Il s’agit de Wootton Bassett (Iffraaj) qui officiait à 6.000 € lorsque l’entraîneur a gagné avec son fils Almanzor le Prix du Jockey Club, les Irish Champion et les Champion Stakes (Grs1). Tous les 2ans de Wootton Bassett à l’entraînement chez Jean-Claude Rouget ont été achetés aux ventes en France. 

Une formule à 100.000 €. Durant sa carrière, Jean-Claude Rouget a entraîné vingt-trois chevaux qui ont gagné au moins un Gr1 pour lui. Six proviennent directement des éleveurs, les dix-sept autres sont passés sur les rings. Parmi eux, onze ont été adjugés pour 100.000 € – un prix fétiche – ou moins. L’entraîneur palois a toujours adoré les ventes. Souvenons-nous de ses débuts, quand il n’avait pas les grand haras derrière lui. Il s’était forgé son premier lauréat de Gr1 en partant d’un yearling à 15.500 Gns, fils de Cyrano de Bergerac. On parle de Millkom, bien sûr.

Ils sont trente-huit à venir des ventes. Cette année, presque la moitié de ses 2ans (38) provient des ventes de yearlings. L’entraîneur a respecté ce fameux prix fétiche (100.000 €) pour vingt-sept d’entre eux. Le plus cher dans l’écurie est Radiant Chic (Charm Spirit), le demi-frère de Sistercharlie (Myboycharlie), acheté 400.000 € chez Arqana par Peter Brant, qui lui a confié trois autres sujets achetés pour un montant total de 1.015.000 €. Les 38 juniors ont été acquis pour 3,44 M€, c’est-à-dire pour un prix moyen de 90.578 €. Dix-sept parmi les juniors sont arrivés à l’écurie pour 50.000 € ou moins. On est loin du Jean-Claude Rouget qui a gravi peu à peu les échelons, celui qui entraîne et gagne les bonnes courses avec des fils d’étalons méconnus des plus snobs de ses confrères anglais.

Un poker de Camelot pour Augustin-Normand. En sport, lorsque l’on traverse des moments difficiles, la première règle est de rester fidèle à ses certitudes. Critiqué après une saison jugée moyenne – alors qu’il a tout de même gagné un classique avec Olmedo (Declaration of War), acheté yearling pour…100.000 € –, Jean-Claude Rouget a respecté cette règle. Il est amoureux de Camelot (Montjeu) qu’il décrit comme « un champion, un cheval de grande classe qui peut faire un magnifique étalon ». Il entraîne donc quatre de ses produits, trois pouliches et un poulain, achetés en bloc en Irlande par Gérard Augustin-Normand. Ils ont des origines Lynch-Bages et au départ, le Palois fait jeu égal avec Aidan O’Brien, qui lui aussi peut compter sur quatre poulains par Camelot. Mais aussi sur soixante-quatorze – oui, vous avez bien lu ! – poulains et pouliches par Galileo…

Nos cinq coups de cœur

AIGLEVILLE (F2)

(Camelot & Aymara, par Darshaan)

Propriétaire : Gérard Augustin-Normand

Éleveur : Lynch-Bages Ltd

Cette pouliche fait partie des quatre produits de Camelot (Montjeu) achetés en Irlande chez Lynch-Bages. Le champion, passé tout près de la Triple couronne anglaise, a donné sept gagnants de Groupe avec ses deux premières générations. Les éleveurs ont essayé de lui envoyer des poulinières avec de la vitesse, souvent issues de la famille Danzig & Danehill. Avoir choisi entre les quatre la fille d’Aymara (Darshaan), c’est aller un peu à contre-courant, mais la mère a déjà donné une pouliche de Gr1, Byrama, avec un petit étalon tel que Byron (Green Desert). Elle a également produit deux autres sujets black types qui ont brillé sur plus court que le mile.

ROMANOVKHA (F2)

(Siyouni & Zvalinska, par Sea the Stars)

Propriétaire & éleveur : Alain Jathière

Alain Jathière a envoyé deux de ses jeunes poulinières à Siyouni (Pivotal). Nous avons choisi le premier produit de Zvalinska (Sea the Stars), qui avait montré de la qualité à 2ans en se classant deuxième du Critérium de l’Ouest (L), derrière un certain Time Warp (Archipenko), lauréat de Gr1 à Hongkong. Le croisement Siyouni & Sea the Stars n’a pas encore pu être vraiment évalué – les premières femelles par Sea the Stars sont âgées de 8ans - mais peut devenir très populaire. La pouliche remonte à la grande famille des "P" de l’élevage Wildenstein, très en vue actuellement.

VELAMAR (M2)

(Le Havre & Velannda, par Sea the Stars)

Propriétaire & éleveur : Son Altesse l’Aga Khan

Dix-sept poulains et pouliches de Son Altesse l’Aga Khan et un mâle de la princesse Zahra sont à l’entraînement chez Jean-Claude Rouget. Nous avons sélectionné ce poulain signé Rouget par son père, Le Havre (Noverre), et aussi par sa mère, Velannda (Sea the Stars), laquelle s’était classée deuxième de Night of Light, pour un jumelé Sea the Stars dans le Prix de la Reboursière, une des grandes courses pour inédits de Deauville. Velannda n’a pas été revue ensuite, mais c’est une demi-sœur de Valyra (Azamour), l’héroïne du Prix de Diane 2012.

  1. (M2)

(Muhaarar & Gharbeya, par More than Ready)

Propriétaire : Hamdan Al Maktoum

Éleveur : Shadwell Estate

Les premiers 2ans de Muhaarar (Oasis Dream) sont très attendus (191.173 € de prix moyen pour 56 yearlings vendus). Le pedigree de ce poulain est très américain, on trouve du More than Ready (Southern Halo), de l'Unbridled’s Song (Unbridled), et la troisième mère, Habibti (Tabasco Cat), avait gagné deux Grs1 aux États-Unis à 2ans. Il est né pour la vitesse mais attention, si Muhaarar a été un sprinter, il a ensuite beaucoup progressé à 3ans.

  1. (F2)

(Toronado & Eden’s Moon, par Malibu Moon)

Propriétaire & éleveur : Al Shaqab Racing

La mère de cette pouliche, Eden’s Moon (Malibu Moon), était entraînée comme Habibti par Bob Baffert, et avait brillé dans les Grs1 en Californie. Elle est arrivée chez Al Shaqab suite à son achat pour 1.525.000 $ (1,18 M€), chez Fasig-Tipton, en novembre 2012. Ses quatre premiers produits n’ont pas gagné. Le père, Toronado (High Chaparral), a connu un bon début avec les 2ans, il est cinquième du classement des first crop sires au nombre de gagnants (24), sixième par les gains et troisième pour les produits black types.