Piggott, Reid… Moore ! - Par Anne-Louise Echevin

International / 09.02.2019

Piggott, Reid… Moore ! - Par Anne-Louise Echevin

Piggott, Reid… Moore !

Par Anne-Louise Echevin

Il a monté dans le monde entier. De Sha Tin à Santa Anita, en passant par Meydan et Tokyo, mais aussi Flemington… Et même sur l’hippodrome si particulier de St Moritz ! Ryan Moore, globe-trotter et globe-galopeur, a parcouru beaucoup de miles. Il n’y a guère qu’en Amérique du Sud où il n’a pas laissé son empreinte. Et, pourtant, ce sera une première pour Ryan Moore ce dimanche : le top jockey anglais va découvrir Cagnes-sur-Mer !

Coolmore à la plage. Ryan Moore va se mettre en selle à une reprise, dans le Grand Prix de la Riviera Côte d’Azur - Jacques Bouchara (L), sur Alwaysandforever (Teofilo), une représentante des associés de Coolmore entraînée par Gavin Hernon. Il y a donc une certaine logique pour que le premier jockey de Coolmore soit associé à cette 5ans, mais Ryan Moore ne se déplace pas en France pour monter les Coolmore français !

Gavin Hernon nous a donné quelques explications : « Normalement, c’est Pierre-Charles Boudot qui monte les représentants de la casaque Coolmore en France. Mais il ne pouvait pas monter à 55 kg dans cette Listed. Nous en avons tous parlé avec Ryan. La jument a une belle opportunité dans cette course et, comme il n’y a rien en Irlande et en Angleterre, Ryan était content de venir la monter à Cagnes ! De plus, il connaît la jument puisqu’il l’a montée en Angleterre, notamment dans une Listed qui a été remportée par Lah Ti Dar (Dubawi). C’est donc assez logique qu’il vienne et il faut désormais espérer qu’elle fera une bonne performance. Elle va devoir affronter un bon lot : il y a quelques anglais à battre, dont la pensionnaire de Michael Bell, et aussi de bons français. Mais elle va bien et je crois que la P.S.F. est vraiment une surface pour elle. Elle n’a couru qu’une seule fois sur cette surface, prenant une deuxième place dans une Listed, mais elle finissait très bien. Alwaysandforever a couru une fois sous mon entraînement : c’était à Toulouse. Mais quand je suis descendu du camion et que j’ai vu qu’il pleuvait des cordes, je savais que c’était mal parti. Ryan Moore ne connaît pas l’hippodrome, mais je ne m’inquiète pas ! Je ne vais pas lui donner d’ordres et je vais le laisser faire. Il monte mieux que moi (rires) ! »

Des top jockeys internationaux à Cagnes ? Ce n’est pas nouveau. La présence de Ryan Moore à Cagnes-sur-Mer, ce dimanche, est ressentie comme une petite surprise. Et pourtant… Cagnes-sur-Mer a déjà accueilli des top jockeys internationaux. Lester Piggott a monté à Cagnes. Johnny Reid, qui a gagné l’Arc avec Tony Bin, venait régulièrement hiverner à Cagnes dans les années quatre-vingt. En réalité, la Promenade des Anglais se trouvait bien à Cagnes-sur-Mer à cette époque-là ! L’hippodrome, inauguré en 1956, était le seul à proposer un meeting d’hiver pour les chevaux de plat, à une époque où les pistes All Weather n’étaient pas présentes en Europe. John Hammond avait d’ailleurs expliqué au TDN : « Je suis allé pour la première fois à Cagnes au début des années quatre-vingt, alors que je travaillais pour un entraîneur britannique nommé Patrick Haslam. J’avais été envoyé là-bas pour six semaines avec quatre chevaux. (…) À l’époque, il y avait une importante colonie britannique là-bas. John Dunlop envoyait des chevaux à Cagnes depuis le milieu des années soixante-dix, et des hommes comme Robert Armstrong, Simon Dow, James Bethell et Red Hollinshead ont suivi. Charlie Milbank aimait aussi beaucoup Cagnes et, bien entendu, les propriétaires adoraient y venir. »

Le développement des All Weather en Europe. Le monde des courses a beaucoup évolué dans les années quatre-vingt-dix. L’Angleterre a inauguré sa première piste All Weather en 1989 : c’était à Lingfield et, quelques jours plus tard, Southwell inaugurait sa piste tous temps. Wolverhampton a suivi en 1993 et Kempton en 2006. En Irlande, on ne trouve qu’une seule piste All Weather : c’est celle de Dundalk, qui a été inaugurée en 2007. Les locaux ont donc eu de moins en moins de bonnes raisons de venir à Cagnes. Et pourtant, comme l’a dit John Hammond : « Y a-t-il un autre endroit en Europe où vous pouvez vous asseoir en terrasse au mois de janvier, regarder les reflets du soleil sur la mer Méditerranée en dégustant une douzaine d’huîtres, tout en étant au travail et en gagnant des courses ? » On doute fort que tout ceci soit possible à Wolverhampton…

Victime de la mondialisation. En ce qui concerne les jockeys, Cagnes doit faire face à une concurrence bien plus forte que celle des pistes All Weather européennes… Il est facile de se déplacer dans le monde et, désormais, les top jockeys profitent de l’hiver pour décompresser, tout en travaillant, à l’étranger. Hongkong, États-Unis, Émirats arabes unis, Japon, Qatar… C’est un petit jeu de Who’s where ?

Ryan Moore, par exemple, est revenu du Japon à la fin du mois de décembre. Oisin Murphy est aussi allé au Japon et est revenu à la fin du mois de janvier, avec une petite escapade à Meydan. Aux Émirats, justement, on trouve les Français Mickaël Barzalona, Gérald Mossé ou Fabrice Véron, tandis que Christophe Soumillon fait des allers-retours entre la France et Dubaï (et il sera dimanche à Abu Dhabi). Sans surprise, les jockeys anglais de Godolphin passent plutôt leur hiver sous le soleil de Dubaï : William Buick et James Doyle sont là-bas. On y trouve aussi Jim Crowley et Adrie de Vries, et bien d’autres… Alexis Badel a pris l’habitude de s’exiler à Hongkong l’hiver, où il se trouve en compagnie de Sylvestre de Sousa. Au Qatar, on trouve Théo Bachelot et Ronan Thomas, mais aussi Harry Bentley… On ne sait pas trop où est Frankie Dettori. Il semblerait qu’il se trouvait du côté de l’Arc de Triomphe ce jeudi, mais en janvier, vous auriez pu le trouver du côté de l’Angleterre, du Bahreïn ou de Gulfstream Park. Après "Où est Charlie ?", voici "Où est Frankie ?"

L’herbe est parfois plus verte ailleurs et le soleil brille sur d’autres contrées que la Riviera… La planète hippique n’a jamais été aussi petite et Cagnes-sur-Mer doit faire face à de drôles d’adversaires pour attirer les top jockeys européens. D’où notre surprise de voir un Ryan Moore sur les programmes. Il y a trente ans, nous n’aurions peut-être pas été aussi étonnés.