Qatar : Le tandem Ghazali & Al Kuwari a bâti sa réussite sur les chevaux français

International / 24.02.2019

Qatar : Le tandem Ghazali & Al Kuwari a bâti sa réussite sur les chevaux français

La saison se termine le 25 avril au Qatar, mais après le Festival de l’Amir Sword, qui rassemblait cette semaine les courses les plus importantes et les allocations les plus élevées, on y voit déjà plus clair sur le dénouement de la saison 2018/2019. Et c’est un tandem bien connu autour des rings français qui fait la course en tête.

Par Adrien Cugnasse

Khalifa bin Sheail Al Kuwari et Jassim Mohammed Ghazali Jahromi font la course en tête au classement des propriétaires et des entraîneurs au Qatar. La casaque Al Kuwari pourrait être sacrée une troisième fois et Ghazali semble en passe de décrocher un sixième titre. Ces succès sont alimentés par un effectif considérable. Lors de la saison passée, l’entraîneur a aligné pas moins de 621 partants dans son pays. C’est plus qu’André Fabre ou Jean-Claude Rouget en France, tout en sachant que les opportunités pour courir un cheval au Qatar sont dix fois moindres qu’en France (en moyenne, deux réunions par semaine, pendant la saison qui dure six mois).

LE TOP CINQ DES ENTRAÎNEURS AU QATAR

# Victoires Partants 2018/2019 (2017/2018) Gains (QAR)
Jassim Mohammed Ghazali Jahromi  59 445 (621) 707.397
Julian Smart  21 134 (168) 497.860
Alban de Mieulle  32 150 (206) 423.166
Hadi Nasser Rashid Al Ramzani  23 307 (387) 272.459
Ibrahim Saeed Ibrahim Al Malki  30 224 (375) 270.596

Un gros client pour la France. Compte tenu de leur pouvoir d’achat et du nombre de chevaux qu’ils ont à courir (près de 300 chevaux à l’entraînement à Doha !), Al Kuwari et Ghazali se fournissent des deux côtés de la Manche. Mais c’est pourtant en France qu’ils ont trouvé leurs meilleurs chevaux, en particulier par l’intermédiaire de Gérard Larrieu. C’est l’homme de Chantilly Bloodstock qui avait fait acheter Dubday (Dubawi) à Khalifa bin Sheail Al Kuwari lors de la vente de l’Arc : sous l’entraînement de Ghazali, il a gagné six Grs1 locaux, dont deux fois l’Amir Trophy, la course la plus importante du programme réservé aux pur-sang anglais, sous les couleurs Al Shaqab. Actuellement, trois des cinq meilleurs chevaux de l’association Al Kuwari & Ghazali ont suivi le même itinéraire, dont Anima Rock (Dukhan Sprint, Gr3 local) et The Blue Eye (double lauréat de l’Emir Trophy, Gr1 local), également issus de la vente de l’Arc. Le plus riche de leurs pur-sang arabes, Fakhir (No Risk Al Maury), a également été acheté chez Arqana alors qu’il était présenté par le haras de Saint-Faust (où son père fait la monte pour le compte de Shadwell). Ce samedi, il s’est imposé dans le très richement doté H.H. The Silver Sword, qui n’a pas le statut black type, mais qui en a l’allocation (513.000 QAR). C’est pour le compte de Khalifa bin Sheail Al Kuwari que Gérard Larrieu a acheté les deux top prices de la vente de pur-sang arabes de Saint-Cloud en 2018 mais aussi payé les deux prix les plus élevés de la vente d’été à Deauville.

LES CINQ MEILLEURS CHEVAUX DE LA CASAQUE AL KUWARI À L’ENTRAÎNEMENT CHEZ GHAZALI (*)

# Race  Gains (QAR) Lieu d’achat 
Anima Rock pur-sang anglais 678.630 Arqana (Chantilly Bloodstock)
Fakhir pur-sang arabe 594.900 Arqana (Chantilly Bloodstock)
Opera Baron pur-sang anglais 578.000 Tattersalls (Gassim Mohammad Ghazali)
The Blue Eye pur-sang anglais 358.500 Arqana (Chantilly Bloodstock)
Luchador pur-sang anglais 293.700 Tattersalls (Gassim Mohammad Ghazali)
(*) après la réunion du 24 février

Les pur-sang arabes, le royaume des cheikhs. Fakhir est le seul pur-sang arabe du top 5 par les gains au Qatar à ne pas défendre la casaque d’un cheikh (Al Shahania Stud, Umm Qarn, Al Shaqab Racing…). Et le fait que ce soit un "FR" n’est pas totalement un hasard. Avec la fonte des effectifs aux États-Unis, la France reste le seul marché où l’on peut arriver à se fournir en éléments de qualité avec une certaine régularité ! Et ainsi rivaliser avec les superpuissances du pays, dotées d’une jumenterie de pointe.

Un propriétariat jeune et dynamique. Malgré le blocus mis en place par plusieurs puissances régionales, les courses restent dynamiques au Qatar. Les jeunes hommes sont nombreux sur l’hippodrome. Cet élément est en phase avec la démographie d’un pays où 95 % des habitants sont âgés de moins de 54 ans et 25 % de 24 ans ou moins. Les Qataris ne représentent qu’environ 10 % de la population de leur pays, mais ils concentrent les richesses d’une nation dont le P.I.B. par habitant est plus élevé au monde. Le Qatar Racing and Equestrian Club est un lieu de rencontre pour ceux qui aiment les chevaux. Ils sont encouragés à venir entre amis par la pratique de ces duels sur la piste fibrée qui animent très bien le temps entre deux courses officielles. Chacun vient accompagné de ses proches qui le soutiennent bruyamment dans les tribunes. Il n’est pas surprenant de constater que certains propriétaires déjà importants n’ont même pas la trentaine. C’est le cas de Khalifa bin Sheail Al Kuwari qui apparaît sous son nom sur les programmes pour représenter les intérêts de son père. Mais aussi de Mohamed Fahad Al Attiyah, le propriétaire de Mission Impassible**(Galileo), lequel a des juments pur-sang arabes en pension au haras du Saubouas et des pur-sang anglais en association avec le haras d’Étreham.

Trois questions à Khalifa bin Sheail Al Kuwari

Ce vendredi, le jeune Khalifa bin Sheail Al Kuwari nous accordé un entretien alors qu’il va fort probablement être sacré tête de liste des propriétaires au Qatar dans quelques semaines.

Jour de Galop. – Dans quel but investissez-vous dans les courses ?

Khalifa Bin Sheail Al Kuwari. – Notre objectif est bien sûr de terminer l’année en tant que tête de liste des propriétaires dans notre pays. C’est vraiment très difficile car les allocations importantes du meeting de l’Amir Sword sont déterminantes pour décrocher le titre. Nous devons lutter avec Al Shahania Stud ou Umm Qarn pour le leadership. Même si le Qatar reste le centre de notre attention, nous aimons aussi courir en France. Mais dans ce cas, nous visons uniquement les grandes courses. Le Qatar est notre patrie, c’est ici que nous voulons être compétitifs, mais si Dieu le veut, nous le serons aussi un jour à l’international. Parmi les chevaux à l’entraînement en France, il y a bien sûr Al Malhouf (Dutch Art), deuxième du Prix Hocquart (Gr2). Nous rêvions de le présenter dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe mais c’était probablement trop tôt. Vous le reverrez l’année prochaine. 

Comment est née votre passion pour les courses ?

Je monte un peu par plaisir, mais pas des chevaux de plat. Régulièrement, les médias me sollicitent pour parler des courses. C’est le cas de BeIn Sport par exemple. Je suis vraiment passionné par les pedigrees. C’est mon père qui m’y a initié. Je maîtrise mieux le stud-book des pur-sang arabes que celui des pur-sang anglais. Avec le temps, je peux affirmer que je connais l’origine de la très grande majorité des très bons chevaux arabes. Grâce à Dieu, après avoir reçu l’enseignement de mon père au sujet des chevaux, c’est à présent notre entraîneur qui me permet de continuer à progresser. 

Votre représentante Easter de Faust n’a finalement pas pris part à l’Amir Sword. Pour quelles raisons ?

Nous sommes attristés par le fait qu’elle ne puisse pas se présenter au départ. Easter de Faust (Mahabb) a eu quelques problèmes à cause de l’état des pistes. Néanmoins, cette pouliche reste une championne. Elle est toute bonne et on peut même dire que cette année, elle est meilleure que l’année dernière. Nous attendons avec impatience son retour la saison prochaine. C’est clairement la meilleure de toute l’histoire de notre casaque. Elle est probablement aussi bonne, voire supérieure, à Kerjam (Dormane), Kerra (Kesberoy), Noreen (Dormane), Opale du Croate (Dormane)… qui font partie de notre effectif. Trouver une femelle de la qualité d’Easter de Faust est extrêmement difficile, surtout pour le prix raisonnable auquel nous l’avions achetée. Ce fut une très bonne affaire compte tenu de ce qu’elle a ensuite réalisé en piste. Nous remercions Gérard Larrieu de nous avoir conseillé de l’acheter. Nos poulinières sont stationnées au haras de Saint-Faust et nous espérons toujours faire progresser leur qualité. C’est aussi par l'intermédiaire de Gérard Larrieu que nous avons acquis Spaghetti (Snoopi) pour très peu d’argent, lors de la vente Arqana. Il sera au départ de l’Amir Sword [dont il s’est classé sixième, ndlr].