Qui es-tu Эланчия ?

International / 24.02.2019

Qui es-tu Эланчия ?

Petite surprise à la lecture des engagements classiques français, ce mercredi 20 février… Elanchiya, une pouliche entraînée en Ukraine, a été inscrite dans The Emirates Poule d’Essai des Pouliches et le Prix de Diane. Notre curiosité nous a poussés à faire quelques recherches. Pas simple, quand on ne parle pas un mot d’ukrainien et qu’on ne maîtrise pas l’alphabet cyrillique ! Mais nous avons trouvé quelques réponses… Et découvert une culture course peu connue.

Par Anne-Louise Échevin

Elanchiya, encore inédite. Engager un poulain et une pouliche dans un classique ne veut pas dire courir, et les chances de voir Elanchiya (Tchavsar) – ou Эланчия en version originale ! – en France sont très minces. Il n’y a pas en Ukraine de site internet permettant de consulter la fiche d’un cheval et ses performances. Les résultats des courses sont disponibles… Encore faut-il parler la langue. Où trouver des Ukrainiens parlant l’anglais… On a fini par trouver ! D’après nos informations, Elanchiya est encore inédite, donc il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent de ce côté-là.

Tchavsar, le père. Essayons de nous concentrer sur les origines. Elanchiya est par Tchavsar et Equestria (Red Ransom). Les origines de Tchavsar ne sont pas référencées sur le site de France Galop. Il est américain mais on ne le retrouve pas non plus via Equibase. Grâce à pedigreequeery, on arrive à mettre la main sur ses origines et les différentes informations en Ukraine nous permettent d’en savoir plus. Tchavsar est par Cozzene et, avec sa robe grise, voire quasiment blanche, il ne peut pas renier son père ! La mère est Avenue Shopper (Avenue of Flags). À partir de ces informations, on arrive à retrouver des traces via les ventes. Tchavsar est ainsi passé yearling sur le ring de la vente de septembre de Keeneland. Présenté par Mill Ridges Sales, il a été acheté 11.000 $ par Black Stone Farm. On le retrouve ensuite en Europe de l’Est, en obtenant la traduction de Tchavsar en cyrillique via nos amis d’Ukraine : cela donne Чавсар ! Tchavsar a couru en Russie, a gagné trois courses en cinq sorties pour 140.000 roubles. Il courait sur l’hippodrome de Rostov, où il a notamment pris la deuxième place du Derby.

Côté origines, il n’y a honnêtement pas de quoi se rouler par terre. La mère, Avenue Shopper, a remporté son handicap black type. Elle a donné Beautiful Venue (Came Home), lauréate de Listed, et Laurafina (Cozzene), gagnante de Gr3.

Du côté de la mère. C’est un peu plus simple du côté de la mère d’Elanchiya, Equestria (Red Ransom). Cette élève de Swettenham Stud a pris une place aux États-Unis. Elle est la propre sœur de Strike a Blow (Red Ransom), lauréat de Listed en Italie. Ses premiers produits ont évolué aux États-Unis. On retrouve ensuite trace de la jument et de deux de ses produits à Arqana, les trois lors de la vente mixte de février 2011. Ils étaient présentés par le haras de Bouquetot, donc avant que ce dernier ne soit racheté par Son Excellence le cheikh Joaan Al Thani. Equestria a été achetée pleine de Le Havre, moyennant 2.000 €, par Imperial Bloodstock, et elle est donc partie en Europe de l’Est.

Cela devient amusant. Un produit d’Equestria a déjà été engagé en France dans le passé. Il s’agit de Santa Katrina (Tchavsar), née en 2015 et engagée dans le Prix Marcel Boussac (Gr1) en 2017. Santa Katrina, d’après les informations en Ukraine, a été la meilleure 2ans de sa génération en Ukraine en 2017.

Equestria a pour troisième mère Godzilla (Gyr), lauréate du Criterium Partonopeo (L) et mère de Phydilla (Lyphard), lauréate des Prix Eclipse et Quincey (Grs3). Elle est l’aïeule d’Agnes World (Danzig), de Librettist (Danzig) ou encore de Dubai Destination (Kingmambo).

L’entraîneur : Oleg Gotlib. Pas facile non plus de retrouver des traces d’Oleg Gotlib (Олег Готли en version originale), l’entraîneur d’Elanchiya. C’est un ancien jockey qui a monté en Ukraine jusqu’en 2012. Il a aussi monté en Slovaquie. Oleg Gotlib est désormais considéré comme le meilleur entraîneur d’Ukraine. Il a remporté le Derby local à deux reprises : en 2013 avec un poulain nommé Radfort, et en 2014 avec une pouliche, Operetta, laquelle a aussi remporté les Oaks. Il a d’abord commencé sa carrière d’entraîneur à Dnepropetrovsk Stud (fondé en 1930). En 2016, il part exercer au Kazakhstan où il remporte les Oaks locales avec Diana Lina (Slickly). Et, depuis 2017, il est l’entraîneur privé de Starunsky V, qui appartient à Grygoriy Lishchuk. Les chevaux courent en Ukraine, mais aussi en Slovaquie. Car, en Ukraine, il n’y a pas beaucoup de possibilités pour courir les chevaux…

L’Ukraine et les courses. Tout ceci nous a donné envie d’en savoir un peu plus sur les courses en Ukraine. L’histoire du pays n’a pas été – et n’est toujours pas – un long fleuve tranquille. Cet immense pays a une longue histoire. La plus récente, si l’on peut dire, est celle avec l’Union Soviétique, dont elle était surnommée le "grenier à blé", après avoir longuement fait partie de l’empire russe. L’Ukraine est devenue indépendante à l’effondrement de l’U.R.S.S., mais son histoire avec la Russie n’est pas terminée : la crise autour de la Crimée l’a bien montré.

Les liens entre la Russie et l’Ukraine ont certainement beaucoup joué pour le développement des courses hippiques dans la région/le pays. Les Russes, notamment avec les trotteurs Orlov, ont une longue tradition de courses. Dominique de Bellaigue pourrait longuement vous en parler ! Ainsi, en Ukraine, les premières courses ont eu lieu durant le XIXe siècle, sous la volonté des officiels de Moscou. L’Ukraine comme nation hippique reconnue est jeune : le suffixe UKR pour les chevaux nés et élevés en Ukraine s'est amorçé il y a peu. Avant 2008, les chevaux nés et élevés en Ukraine étaient rattachés au stud-book russe.

Odessa au galop. On trouve trois hippodromes dans le pays : Kiev, pour les trotteurs, Odessa, pour les trotteurs et les galopeurs sur une piste en sable, et Lviv, qui ne fonctionne plus actuellement et accueillait les galopeurs sur une piste en gazon. Odessa et Lviv n’ont pas fonctionné ensemble depuis que l’Ukraine est l’Ukraine : on a couru à Odessa de 1994 à 2004, puis de 2013 à aujourd’hui. Lviv a été actif en 1992 et 1993 ainsi que de 2005 à 2012. À Lviv, on trouve plutôt une sorte d’immense centre équestre dorénavant…

Les quelques vidéos à Odessa nous montrent des courses d’un autre monde, des chevaux galopant dans une tempête de sable sur une piste étroite… Mais l’hippodrome d’Odessa a eu un glorieux passé. Sa construction a été ordonnée par Moscou en 1886. Les premières courses se sont courues en 1890 à Odessa, dans un hippodrome qui se voulait le rendez-vous de l’aristocratie avec son beau pavillon des courses, dans lequel on retrouvait une plate-forme pour un orchestre et autres loges... L’U.R.S.S. et les guerres mondiales ont beaucoup changé les choses et les courses hippiques, tout comme les hippodromes, ont souffert – et continuent de souffrir – des conséquences de cette longue période du XXe siècle. Odessa, Kiev et Lviv (même s’il ne fonctionne plus) font partie des quelques rares hippodromes survivants d’Ukraine et cette survie reste fragile. Lviv le montre bien.

Si vous voulez avoir une petite idée de ce à quoi ressemble une course à Odessa… Cliquez ici (https://youtu.be/5KlXnQs4SSU )