TRIBUNE LIBRE - L’urgence d’une reconquête par l’exigence sportive

Institution / Ventes / 16.02.2019

TRIBUNE LIBRE - L’urgence d’une reconquête par l’exigence sportive

Par Didier Krainc

Animateur et fondateur de l’écurie Vivaldi et de l’écurie Bartok

Membre du nouveau bureau de Génération Galop

Les chiffres annoncés par le PMU la semaine dernière sont alarmants : la tendance de décrochage des enjeux constatée en 2018 (-2,8%) s’est accentuée en janvier (-5%). Dans le même temps, les résultats des paris sportifs et des paris sur Internet enregistrent des croissances à deux chiffres.

C’est devenu une évidence, on ne peut pas compter sur les seuls efforts du PMU pour relancer la machine. Le plan de Cyril Linette, dont la première étape consiste à se focaliser sur la clientèle des turfistes existants, est utile et nécessaire. Mais, manifestement, il ne suffira pas. Il faut très vite se lancer à la conquête de nouveaux parieurs, en ciblant tout particulièrement les jeunes actifs, ceux qui plébiscitent massivement les paris sportifs.

Or ce n’est pas avec la gamme de jeux actuelle du PMU qu’on va y arriver. Il faut les séduire en innovant, en leur proposant des paris d’un nouveau genre, qui les attirent sur les hippodromes et leur donnent le goût de l’hippisme. Le PMU, avec sa culture de monopole et d’influence hégémonique sur la filière hippique, est à mon avis le plus mal placé pour se « disrupter » lui-même. Dans chaque secteur ouvert à la concurrence dans l’histoire, l’innovation n’est jamais venue de l’ancien monopole : ce n’est pas France Télécom qui a inventé la box Internet. Ce n’est pas la Société générale qui a inventé la banque mobile. Ni Wells Fargo l’automobile. Il va falloir ouvrir à une véritable concurrence, en encourageant de nouveaux opérateurs audacieux, des start-up du pari – ou même, pourquoi pas ? La Française des jeux – à créer des produits surprenants, en utilisant tous les moyens possibles, dont la cote fixe et l’ante-post betting, les duels de jockeys, etc. Il faut pratiquer ce qu’on appelle « l’open innovation ». Et il faut le faire maintenant. Profiter de l’urgence de la situation pour obtenir de l’État et de l’Arjel qu’ils desserrent l’étau réglementaire pour explorer de nouvelles pistes dont on a vraiment besoin très vite pour façonner de manière pragmatique et agile (en mode « test and learn ») une nouvelle politique des jeux.

Mais, pour attirer ces nouveaux parieurs, plus jeunes, plus actifs, plus « branchés », pour attirer de nouveaux propriétaires, parmi les entrepreneurs, les cadres dirigeants, pour remplir à nouveau les hippodromes avec un nouveau public, il y a un préalable : insister sur le côté sportif des courses ! Magnifier le sport, mettre en valeur l’excellence, glorifier les champions, les chevaux d’abord bien sûr, mais aussi les acteurs, jockeys, entraîneurs, propriétaires, etc. Y aller franchement et assumer ce choix.

Or ce n’est pas le chemin que l’on prend. On est en train, notamment au galop (discipline que je connais mieux, même si j’apprécie le trot), de céder à la panique et de se plier aux exigences de l’ogre PMU, qui demande de plus en plus de partants, de plus en plus de handicaps de petite valeur et de mauvaises courses à réclamer. Le PMU nous tire, par nature, vers la médiocrité. Il nous a forcés à inonder le programme de courses pour les mauvais chevaux. Or, soyons clairs, seuls les champions attirent le public sur un stade, seul le rêve d’acquérir un champion pousse les nouveaux propriétaires à acheter des yearlings, seuls les duels de champions inciteront les jeunes à jouer sur de nouveaux types de paris.

Bien sûr, les paris horizontaux du PMU (d’abord le tiercé, puis les quartés, trios, quintés, etc.), qui ont fait les beaux jours des recettes d’antan. Mais force est de constater qu’ils ne correspondent plus à l’air du temps. Même s’ils ont séduit par le passé des millions de turfistes passionnés, ces millions se sont progressivement réduits à quelques centaines de milliers. Et ils ne se sont pas renouvelés. Et ils vieillissent. Bientôt, ils ne seront plus que quelques milliers. Bref, on a changé d’époque. Il serait temps que les instances des courses s’en aperçoivent, prennent la mesure du phénomène et adaptent leur gouvernance beaucoup plus vite qu’elles ne le font, qu’elles deviennent force de proposition d’une révolution nécessaire qu’il vaudrait mieux ne pas se laisser imposer – ni par des pouvoirs publics rarement clairvoyants dans ce domaine, ni par un PMU structurellement incapable de dépasser ses propres limites.

Oui, les courses sont à la fois un sport et un support de jeu. Mais elles doivent rester un sport d’abord ! On a trop tendance à l’oublier au nom de la recette du mutuel, qui pourtant fond comme neige au soleil. Alors assumons une fois pour toutes cette dichotomie qui doit cesser d’engendrer de la schizophrénie. Et créons clairement deux catégories de courses bien identifiées : l’une dite de « sélection », dédiée au sport et à la formation des champions, avec des paris dédiés, nouveaux, innovants, voire verticaux, gérés par des quantités de nouveaux opérateurs. Et l’autre catégorie, pour les chevaux de moindre valeur, avec ses jeux traditionnels gérés par le PMU, quinté et autres, avec ses nombreux partants. Et laissons l’exclusivité du week-end à la première catégorie en recréant une course événement le dimanche, avec une gamme de paris redevenus populaires. On retrouvera l’esprit « Grande Course » de Canal+, mais cette fois-ci avec une vraie belle épreuve, et non pas un handicap quinté qui incite à la triche et dont le public finit par se demander ce qu’il a de si grand…

Ce n’est qu’après avoir transformé comme cela notre produit course, après lui avoir redonné son lustre et son exigence sportive, qu’on pourra commencer à réfléchir à une politique de relance de l’attractivité des hippodromes, à une meilleure scénarisation télévisée, à la recherche de nouveaux propriétaires, etc.