TRIBUNE LIBRE  - Réponse à Didier Krainc, représentant de Génération Galop

Institution / Ventes / 23.02.2019

TRIBUNE LIBRE - Réponse à Didier Krainc, représentant de Génération Galop

Par Thierry Doumen, président de l’Association des éleveurs et propriétaires indépendants, club Croissance courses

La dernière tribune du groupe Génération Galop, parue dans Jour de Galop du 19 février 2019, est, logiquement, au service du tout élitiste. Si l’on ne peut que saluer un débat riche d’idées rendu possible par les colonnes de JDG, il faut étudier les sujets en détail avant de se lancer dans une opération de communication. Et, à ce sujet, la vérité m’oblige à dire que le programme n’est pas (dixit M. Krainc) « inondé de courses pour les mauvais chevaux, de handicaps de petite valeur et de mauvais réclamers ». Le programme français comporte environ 30 % de courses à handicap alors que le programme britannique, modèle du sport hippique et qui produit de grands champions tous les ans, propose 60 % de courses à handicap sans que cela les empêche de nous battre régulièrement dans nos meilleures courses !

La variété et la mixité d’un programme de courses font partie des bonnes choses. Pourquoi un cheval de handicap ne pourrait-il pas courir le dimanche et justifier ainsi les gros sacrifices financiers consentis par son propriétaire ? Il est contreproductif de vouloir réserver les « belles journées » à l’élite, car cette élite est souvent fantasmée. Un exemple : les statistiques disent que, dans la production des grands Dubawi et Galileo, il n’y a que 11 % de black types, et on tombe à 3 ou 4 % pour certains grands étalons français. Si on ne veut faire que des courses de Groupe, on sera vite confronté à un manque de troupes pour approvisionner les combats au sommet.

Par ailleurs, le PMU décroche fortement depuis le début de l’année alors qu’il vient de mettre en place son plan stratégique basé justement sur une diminution de l’offre pour « mettre en valeur l’excellence ». Cette stratégie vient accentuer les orientations ultra-élitistes de France Galop, qui ont mené la filière à l’état de fragilité extrême que l’on constate aujourd’hui. 

Pourtant, Génération Galop persiste dans cette trajectoire en préconisant maintenant de polariser totalement notre sport, entre les happy few membres de l’élite et les autres ; cela en occultant totalement le modèle économique mutualiste qui assure la stabilité de notre industrie.

Ces préconisations pourraient provoquer un réveil douloureux si on souhaite supprimer le système de vases communicants de jeux entre les bonnes et les mauvaises courses. Il faudra que ceux qui demandent cette évolution acceptent d’être comptables du financement des allocations desdites bonnes courses par le produit du jeu qu’elles génèrent… Or cela sera forcément problématique, dans la mesure où elles sont très loin d’assurer leur financement.

Pour aller dans le sens de M. Krainc, pourquoi ne pas faire que chaque catégorie de courses s’assume financièrement, en fonction des enjeux générés ? Je pense que cela induira instantanément une baisse des encouragements distribués dans les Classes 1, Classes 2, Listeds et Groupes variant de 30 à 40 % pour les Classes 1 et les Classes 2 et de 45 à 60 % pour les Listeds et les Groupes du fait du très faible montant des enjeux dans ces courses.

Ce serait un scénario catastrophe pour notre élevage et pour la renommée de nos courses de sélection. Et que diront les sociétaires des écuries de Groupe que M. Krainc anime quand leurs chevaux n’atteindront pas le niveau de sélection « black type » si on n’a pas de courses à leur proposer ? L’idée serait-elle de sortir les « moins bons » chevaux du système pour ne garder que les « bons » ? Alors réduisons le cheptel français et même mondial de 80 % !

Je crois qu’il faut cesser de s’égarer dans de fausses promesses. Les courses sont une fête populaire. La fête est populaire quand tout le monde peut y participer. Or tout le monde peut y participer quand le programme propose des courses pour toutes les catégories.

À mon sens, le modèle durable n’est pas le « tout élitiste ». N’oublions jamais qui finance les courses : les petits joueurs et les petits propriétaires. Ils méritent notre respect et notre soutien.

Nous avons toujours eu comme priorité de maintenir le programme de sélection. Il est donc urgent de trouver de vraies solutions afin non seulement de pérenniser ce système mais encore de permettre à tous les acteurs d’évoluer à tous les niveaux dans un modèle mutuellement avantageux. Il faut retrouver des équilibres qui permettent à notre institution de traverser la crise actuelle. Et donc faire des propositions concrètes et réalistes, sans esprit partisan ou empreint d’une quelconque idéologie.