À LA UNE - Salut "Phiphi"

Courses / 12.03.2019

À LA UNE - Salut "Phiphi"

Par Adeline Gombaud

Cher Philippe, tu nous as quittés ce mardi, à Fontainebleau, où tu étais venu assister à la prestation de Zanfaro. Sûr que si tu avais pu décider où mourir, tu aurais choisi un hippodrome d’obstacle. Parce que les courses, et encore plus celles d’obstacle, c’était ta vie.

J’ai fait ta connaissance en arrivant au "Turf". Toi, la star du journal, celui dont la casaque brillait au meilleur niveau à Auteuil, toi qui tutoyais tous les professionnels… Moi, petite provinciale plus habituée aux hippodromes de Gémozac ou de Royan qu’à ceux de Paris. Ah, on peut dire que j’étais impressionnée ! Il a fallu un peu de temps pour que tu m’acceptes d’abord, que tu me prennes sous ton aile ensuite. Je me souviens de ma première fois à Auteuil. C’était toi le boss ; moi, je regardais et je me demandais : « Comment fait-il pour connaître autant de choses, autant de monde, autant d’histoires ? » Plus tard, j’ai compris. Tu n’étais pas un observateur extérieur. Non, tu faisais partie intégrante de ce monde. Le matin sur les pistes, l’après-midi sur les hippodromes, le soir avec les pros à refaire les courses…

Il y avait un moment que tu aimais particulièrement. Le meeting de Cagnes-sur-Mer. C’était même devenu ta deuxième maison ces dernières années. Cagnes, c’était ton royaume, dont tu avais bien voulu m’entrouvrir les portes. Et je suis certaine que la victoire de Fanfan des Brières cet hiver, dans un steeple, sur la côte d’Azur, la dernière de ta casaque, tu as dû la fêter comme il se doit ! Toi, c’était aussi évidemment Cyborg, ce cheval qui t’avait permis de remporter les plus belles courses d’Auteuil. Il fallait un brin te solliciter pour que tu en racontes un peu sur ce cheval pas comme les autres. Par pudeur ? Parce que tu préférais toujours vivre le moment présent que ressasser le passé ?

Ton pêché mignon, c’était raconter les anecdotes des courses, en imitant les personnes concernées. Tu reproduisais très bien l’accent de Georges Sandor, les intonations de Freddy Head ou la voix d’André Fabre. Et on te pardonne de nous avoir parfois raconté la même blague à plusieurs reprises ! Parce que c’était toi. Et tu étais attachant, Phiphi. Tes sautes d’humeur n’avaient d’égales que la taille de ton cœur. Je n’arrive pas à croire que c’est à cause de lui que tu n’es plus là…

Je me souviens encore, c’était il y a bientôt dix ans. Tu m’avais appelée pour m’annoncer la chute dramatique de Guillaume Javoy. Il avait été le premier à comprendre l’un de tes champions, Royal Palois. Ensemble, ils avaient gravi les échelons, et tu n’avais pas hésité à laisser le "gosse" sur le cheval dans un Gr1. Je sais à quel point tu avais été affecté par sa disparition. Tu étais un émotif, en fait.

Ces dernières années, on se voyait moins, forcément. Parfois, on se retrouvait le matin, tôt, au Cyrano, à Deauville, autour d’un café. Nous nous sommes encore parlé au téléphone ce lundi, pour te donner des nouvelles d’une de tes pouliches, dont s’occupe mon conjoint. J’ai du mal à réaliser que je n’entendrai plus ta voix. Salut, Phiphi.

[Encadré aplat]

Courses retardées et brassard noir

Ce mardi à Fontainebleau, le départ de la réunion de courses a été retardé. Et les jockeys ont porté un brassard noir en hommage à Philippe Lorain.

[Second article dans la foulée]

L’hommage de ses amis

  • Jean-Noël Gontier, ancien rédacteur en chef de Paris-Turf, fut son patron…

« Philippe était un garçon jovial. Il avait toujours beaucoup d’humour et c’était un vrai grand passionné de chevaux et de courses. Philippe Lorain avait 67 ans. Il est rentré à Paris-Turf en 1984. Dans un premier temps en tant que pigiste, avant que nous lui confiions les réunions sur les hippodromes. Il a très vite eu ses propres couleurs. Et a notamment été propriétaire de Cyborg, l’un de ses meilleurs chevaux. Il avait aussi collaboré à la rédaction de plusieurs livres. Mais il avait écrit lui-même un livre sur l’Arc [Le Prix de l'Arc de Triomphe ; Son histoire, ses champions, ndlr]. C’était un grand fan du meeting de Cagnes où il passait tous ses hivers. Il s’arrangeait pour avoir des jeunes chevaux qu’il partageait avec d’autres propriétaires ou qu’il avait seul pour courir à Cagnes à ce moment-là. »

  • Rémi Cottin fut l’entraîneur de nombre de ses bons chevaux…

« Je connais Philippe Lorain depuis les années 1970. Nous nous sommes rencontrés à Cagnes-sur-Mer. C’était un bon ami, une personne pleine d’humour. Il écrivait aussi très bien, avec son style bien à lui. Nous étions associés sur plusieurs chevaux. Nous avons d’abord eu Poster, qu’il avait acheté à monsieur Doumen. Puis nous nous sommes associés à nouveau sur Nice Wood, un fils de Nice Havrais. Mais le meilleur que nous ayons eu ensemble, c’est Cyborg. »

[Troisième article]

Un propriétaire très actif

Philippe Lorain a eu son premier partant en 1984, et au cours de sa carrière de propriétaire, il a remporté plus de 150 victoires. Parmi ses meilleurs représentants, on peut citer bien sûr Cyborg (neuf victoires dont le Prix Maurice Gillois, Gr1), mais aussi Knock Down (Prix La Périchole, Gr3), Danigan (Prix Miror, L), Tiger Blitz (Prix Prédicateur, L), Royal Palois (Prix William Head, L), Fracafigura Has (Prix Christian de L'Hermite - Grand Steeple-Chase des 4ans, L), Verbier,… Liste non exhaustive.