Andiamo… à l’Afasec !

Courses / 04.03.2019

Andiamo… à l’Afasec !

Par Anne-Louise Échevin

Dur dur de trouver des vocations de jockeys… Il y a pourtant un pays européen, ou plutôt une région, où le cheval est encore bien présent mais où les courses se meurent à petit feu : l’Italie, et plus précisément la Sardaigne. L’Afasec a identifié le potentiel de l’île et lance une opération séduction pour faire venir, en France, les stars de demain.

Un potentiel vivier à exploiter. Qui dit Italie dit Italien et l’Afasec a fait appel à un intermédiaire, Fabio Carnevali, afin d’aider à prospecter en Sardaigne. Il nous a expliqué : « L’Afasec a besoin de trouver de nouvelles vocations de futurs jockeys. J’ai été contacté pour faire l’intermédiaire entre l’école et l’Italie et je me suis donc rendu disponible pour les aider dans cette mission. Nous ciblons particulièrement la Sardaigne. Nous allons ainsi nous rendre, avec Laurence Aveillan, sur l’hippodrome de Chilivani à la fin du mois de mars, pour une réunion de rencontres et d’information avec de jeunes locaux. Il n’y a plus, en Italie, d’écoles pour former les jockeys. L’hippisme est désormais presque mort là-bas… Encore récemment, on a vu les annonces autour de la possible fermeture de Rome Capannelle. »

Laurence Aveillan, directrice de formation à l’Afasec, nous a expliqué : « Nous avons déjà reçu un ou deux jeunes Sardes et un Italien à l’Afasec. Nous avons découvert des jeunes motivés, avec une forte culture du cheval. L’idée de se rendre en Sardaigne pour aller à la rencontre de potentiels élèves est venue en échangeant avec Alessandro Botti, lequel nous a donné tous les contacts nécessaires là-bas. Nous avons donc fait appel à Fabio Carnevali pour nous aider car, évidemment, il faut parler italien ! Nous allons donc nous rendre en Sardaigne à la fin du mois de mars pour trois jours, lors de la première réunion sur l’hippodrome de Chilivani. Nous avons fait des affiches et des flyers et il y a des personnes motivées pour nous rencontrer. »

Difficile de trouver les vocations en France. Il est de plus en plus difficile, chez les jeunes garçons en France, de trouver des vocations de futurs jockeys. L’Afasec se féminise d’année en année. Ce n’est pas un problème mais, comme l’explique Laurence Aveillan, il faut aussi conserver une certaine mixité : « Nous avons un peu de mal à recruter en France, où les jeunes sont de moins en moins intéressés par les métiers agricoles. Nous avons de plus en plus de jeunes filles : c’est très bien d’ailleurs, mais il est important d’avoir une vraie mixité. Et il faut trouver des profils "téméraires", intéressés par l’équitation de course alors que la France voit l’équitation de loisir se développer. Nous recrutons depuis quelques années en Martinique où des jeunes, parfois en difficulté sociale, apprennent à monter à cheval. On les voit galoper entre les vagues sur la plage de Sainte-Marie à l’âge de dix ou douze ans. Pour nous, c’est en tout cas une grande première que d’aller en Sardaigne où il y a beaucoup de jeunes qui participent, par exemple, à des palios dans les villages. Nous serions déjà contents de trouver huit, neuf ou dix jeunes intéressés pour venir ici, pour commencer. De plus, la Sardaigne fait partie de l’Europe donc il sera facile de les faire venir et ils pourront travailler facilement, sans blocage administratif. »

Les Italiens de France. Face à la crise qui touche leurs courses, les Italiens sont de plus en plus nombreux à venir en France. Parfois, à Chantilly, on peut avoir l’impression de se sentir en Italie, tant on entend parler italien à droite et à gauche. Si Rome venait à fermer, il n’est pas impossible que d’autres entraîneurs italiens franchissent les Alpes pour venir s’installer en France. Pour de jeunes Sardes qui déménagent dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, la présence italienne en France est un point positif. Laurence Aveillan nous a dit : « Dans deux de nos écoles, à Cabriès et à Chantilly, nous avons des formateurs en interne qui parlent italien. La barrière de la langue va être présente au début, mais ils sont jeunes et les jeunes apprennent vite ! Il est vrai que, s’ils viennent, ils vont devoir déménager et s’adapter à un nouvel environnement, loin de leurs familles. »

L’île des jockeys. Franco Raimondi a trouvé un surnom parfait pour la belle Sardaigne : l’Irlande de la Méditerranée. La Sardaigne est l’île des jockeys. Andrea Atzeni, Dario Vargiu, Fabio Branca… Tous sont sardes. Gianfranco Dettori, père de Lanfranco, l’est lui aussi. Les frères Demuro sont sardes à la deuxième génération. La Sardaigne est une terre d’élevage connue notamment pour ses anglo-arabes. Outre les hippodromes, les courses ont lieu aussi dans les villages, théâtres réguliers de palios : moins de monde qu’à Sienne, mais tout autant de ferveur. Fabio Carnevali analyse : « C’est une très bonne idée de la part de la France que d’aller chercher là-bas de jeunes passionnés. Il y a beaucoup d’adolescents qui ont envie de s’investir dans les courses. En Sardaigne, les jeunes garçons apprennent à monter à cheval tôt. Ils participent aux palios dans les villages. Et ce sont souvent de très bons jockeys : Andrea Atzeni est sarde, tout comme Dario Vargiu ou Fabio Branca. Les jockeys italiens, dans l’ensemble, sont connus en Sardaigne : Dettori, les frères Demuro, Umberto Rispoli… Tout le monde là-bas connaî

t les stars italiennes des courses. »