Arqana à la découverte de l’Argentine

International / 20.03.2019

Arqana à la découverte de l’Argentine

L’Argentine est l’un des grands pays d’élevage du monde mais le marché du pur-sang en est resté à l’époque de Federico Tesio. Si vous feuilletez un magazine de courses ou surfez les sites hippiques, vous trouverez de belles pages publicitaires des étalons mais jamais un prix de saillie… C’est un indicateur. Chaque haras possède ses étalons et entre grands, on arrive parfois à faire des échanges. Ce jeudi, Arqana présentera dans le pavillon des ventes de l’hippodrome de San Isidro une grande première, la Gran Venta Selecta. Pour les Argentins, deux haras qui passent leurs yearlings sur le même ring, c’est une révolution ! Le haras Abolengo de la famille Menditegui a produit le crack et grand étalon Candy Ride (Ride the Rails) et 19 gagnants de las Carreras de las Estrellas, la Breeders’ Cup locale. Le haras Vacacion en est à 17 succès et son diamant est la championne Paseana (Ahmad), lauréate de onze Grs1 dont la Breeders’ Cup Distaff. Les deux haras ont décidé, avec l’accord du haras Embrujo qui présente trois yearlings, de faire appel à Arqana pour organiser une grande vente capable d’attirer aussi les investisseurs internationaux. Le catalogue propose 91 sujets avant les absents de la dernière minute.     

C’est depuis l’Argentine que Freddy Powell, directeur de l’agence Arqana, nous a répondu ce mercredi matin : « Cette vacation fait énormément parler d’elle. Nous avons été agréablement surpris de constater que des propriétaires qui exploitent en France nous suivent dans cette démarche. Cela étant dit, nous avons dû mettre tout en place dans des délais assez courts, ce qui a posé des difficultés d’organisation à certaines personnes qui auraient voulu venir. Ce jeudi, nous voulons prouver que nous pouvons faire naître une vente d’un type nouveau pour cette région, en ayant conscience que cette première édition est aussi une première étape. Cette vente argentine, tout comme celle des embryons de chevaux de sport en lien avec Hongkong, représente avant tout l’opportunité de faire connaître Arqana. Nous voulons élargir notre clientèle, laquelle est amenée un jour ou l’autre à venir lever le doigt en France. Organiser une vacation en Argentine n’est pas une fin en soi. »

Le poids du peso. L’année dernière, comme traditionnellement, Abolengo et Vacacion ont proposé leurs meilleurs yearlings dans des ventes séparées, avec deux jours d’intervalle. Le chiffre d’affaires d’Abolengo pour 38 yearlings vendus s’est fixé à 24,71 millions de pesos (990.000 €) alors que les 28 vendus de Vacacion ont enregistré 24,65 millions (987.000 €). Le prix moyen pour les 56 yearlings qui ont trouvé preneurs fut de 881.000 pesos (35.000 € à l’époque). On précise "à l’époque" parce que la monnaie argentine a chuté en douze mois. En mars dernier, avec 1.000 pesos, on avait droit à 40 €, ce mercredi les mêmes 1.000 pesos valent 22 €. Les deux haras ont vendu dix-huit millionnaires.  

Les derniers Roman Ruler. Le catalogue propose 44 des 127 yearlings élevés par le haras Vacacion, dont 24 issus du regretté Roman Ruler (Fusaichi Pegasus), tête de liste en 2018, qui est décédé après la saison 2016. Ces yearlings sont donc ses derniers. Le haras Abolengo présente 41 sujets, dont 21 par son grand étalon Equal Stripes (Candy Stripes) qui est aussi à l’origine de quatre yearlings de Vacacion. Abolengo compte sur une production de 146 yearlings. Ce sont des géants de l’élevage argentin et il n’est pas surprenant de découvrir que seize des sujets en vente sont frères ou sœurs de gagnants de Gr1 ou issus de poulinières lauréates de Gr1.  

Le choix de l’Argentine. Freddy Powell nous explique plus dans le détail ce projet argentin : « Cela fait une décennie que je viens dans ce pays. Et à présent, je suis certain que c’est à Buenos Aires que l’on peut prendre le pouls de l’élevage et des courses en Amérique du Sud. C’est la véritable porte d’entrée vers cette partie du monde. Les allocations y sont les meilleures et c’est aussi en Argentine que les Patterns ont la meilleure valeur de la région. Notre projet répond à une demande des éleveurs locaux car elle consiste à mettre sur pied une vacation qui rassemble plusieurs vendeurs. La coutume, dans ce pays, est d’organiser des ventes privées, où chaque haras vend dans ses murs ou au sein d’un petit complexe dédié. Aussi, il est difficile de commercialiser plus de 50 chevaux par jour. Par exemple, pour vendre 100 chevaux, il fallait jusqu’à présent quatre jours : une première journée d’inspection, suivie d’une journée de vente avec 50 lots, suivie d’une deuxième journée d’inspection avant de passer les 50 derniers lots le quatrième jour. Ce mode de fonctionnement est problématique pour attirer des acheteurs internationaux. Le haras Abolengo et le haras Vacacion, qui sont au cœur de ce projet, sont deux très grandes références. Ils veulent changer les choses et comme souvent, ce sont les leaders qui impulsent le changement. »

Un changement de scenario. Les ventes avec plusieurs haras présents sont très rares. Celle de référence est la vente Copa Bullrich Mayo. L’année dernière, 126 yearlings en provenance de quinze haras différents avaient trouvé preneurs pour un chiffre d’affaires de 45,44 millions de pesos (1,82 M€). C’est un signe que le marché existe et requiert un scenario différent. Se rendre à une vente de 50 yearlings, tous issus de trois ou quatre étalons, c’est un peu fatiguant… L’Argentine est un pays très fort, qui exporte beaucoup aux États-Unis, et peut augmenter sa clientèle. Freddy Powell nous a dit : « Les Argentins ont constaté le fait que des pays de l’hémisphère sud arrivaient à attirer des investisseurs internationaux, notamment l’Afrique du Sud, en lançant des ventes dédiées. Forcément, cela donne des idées. Surtout que le potentiel est là. L’Argentine représente 7.000 naissances annuelles, et avec les pays limitrophes, on arrive à un total de 15.000 foals par an, mais sans aucune vitrine de commercialisation. En plus de répondre à une demande locale, nous avons l’ambition de nous familiariser avec un marché qui peut devenir l’un des plus grands au monde. Si de grands pays asiatiques développent des courses sans élevage et qu’ils ont besoin d’un demi-millier de yearlings tous les ans à des prix accessibles, ils n’auront d’autre choix que de se tourner, au moins en partie, vers l’Amérique du Sud. Les vendeurs sud-américains ont bien conscience que pour faire entrer de nouveaux investisseurs dans leur filière, qu’ils soient locaux ou internationaux, il était absolument nécessaire de proposer des ventes de standard international. »

(R)établir des liens pour l’avenir.  Le projet n’est pas tout simplement celui d’une vente, comme Freddy Powell nous a confié : « L’autre grande raison de notre implication dans cette vente sud-américaine, c’est qu’il est important d’établir, voire de rétablir, une connexion entre l’Europe et ces pays. Et s’ils viennent acheter en Europe, autant que ce soit en France. Leur base, historiquement, est européenne et notamment française. Mais pendant plusieurs décennies, l’élevage sud-américain a été sous influence américaine. En important régulièrement des gagnant de Gr3 ou de Gr3 sous Lasix ou "Bute", ils ont aussi importé des problèmes. Or en Amérique du Sud, comme dans beaucoup de pays à travers la planète, la médication n’est pas autorisée dans les grandes courses. Les éleveurs locaux sont donc à la recherche de sangs sains et nouveaux. Naturellement, c’est vers l’Europe qu’ils se tournent. On ne doit pas les attendre sur le marché des pouliches à 500.000 €. Mais s’ils achètent une trentaine de femelles entre 40.000 € et 120.000 € tous les ans à Deauville, leur présence sera très bénéfique pour le marché français. On notera aussi que les étalons européens réussissent très bien en Amérique du Sud et, sur ce marché, le match Amérique vs Europe, pourrait très bien tourner à l’avantage du vieux continent. »

Une première. L’Argentine possède beaucoup d’atouts dans son jeu. Freddy Powell est amoureux du pays et de ses chevaux : « Selon les informations dont nous disposons, il semblerait que cette vente soit une première. Aucune agence étrangère n’avait tenté cela. Nos concurrents en parlent beaucoup. Certains propriétaires américains achetaient déjà des chevaux à l’entraînement. Et à présent, ils sont tentés par le fait d’acquérir des yearlings, de les faire courir à 2ans en Argentine où les coûts d’entraînement sont moindres, avant d’exporter plus tard aux États-Unis, pour la suite de leur carrière, ceux qui pourraient montrer une certaine qualité. Je suis frappé par la grande culture hippique de l’Argentine, par la passion des acteurs locaux et la beauté de leurs hippodromes. C’est un pays d’hommes de chevaux. Hier, nous avons visité un centre d’entraînement. Les animaux sont magnifiques, dans des états splendides. C’est aussi un pays sans aucun problème sanitaire en particulier. Les Japonais ne s’y sont pas trompés et on voit qu’ils ont obtenu une réussite extraordinaire avec les juments sud-américaines, comme dans le cas de Makahiki (Derby japonais, Gr1), Satono Diamond (Arima Kinen & St Leger, Grs1) ou Danon Fantasy (Hanshin Juvenile Fillies Stakes, Gr1, soit le Prix Marcel Boussac japonais), la favorite des Guinées japonaises. »