Coureurs

04.03.2019

Coureurs

Qui n’a pas entendu, parmi ceux qui s’intéressent aux courses de pur-sang arabes, que nos chevaux n’avaient plus le type propre à la race ? Au hasard de quelques lectures, j’ai retrouvé une déclaration d’Étienne Camentron, un des plus grands connaisseurs de l’entre-deux-guerres. Ce dernier a brillé à la fois en tant qu’éleveur et propriétaire. Il fut également la plume de référence en ce qui concerne les pur-sang arabes et avait écrit en 1927 : « Si nous voulons produire en France le pur-sang arabe, nous ne devons pas nous contenter de le faire naître ; nous devons nous préoccuper essentiellement de l’entretien de ses qualités ancestrales et pour cela remplacer par les moyens dont nous disposons, c’est-à-dire l’entraînement et la course, les foyers générateurs d’énergie et d’endurance inhérents à la vie des Bédouins (…) En ce qui concerne le développement du modèle (…) je me mets simplement d’accord avec les lois de la nature. On n’empêchera pas en effet que le pur-sang arabe né et élevé sous notre latitude, au milieu de nos herbages, ne devienne plus important (…) mais puisque cet accroissement de format nous est favorable, n’hésitons pas à en profiter. Cette réserve faite, j’estime que mes contradicteurs ne peuvent m’opposer valablement leurs théories tant qu’ils ne m’apporteront pas la preuve que le "modèle type", qu’ils opposent à celui préconisé dans mes chroniques, correspond plus que ce dernier à l’animal de lignée indiscutablement pure, né et élevé au berceau de sa race (…) Le problème ne me paraîtra résolu que le jour où se seront mis d’accord sur ce "modèle type", ceux qui, d’une part, le conçoivent d’après les séduisantes descriptions dues à l’imagination d’un littérateur, ou d’après les élégantes silhouettes tracées par le crayon d’un artiste (…) et ceux qui, d’autre part, le fixent d’après l’animal qu’ils ont rencontré lorsqu’ils ont été l’étudier au sein des tribus bédouines les plus réputées pour leur élevage. Cette controverse ne me semble malheureusement pas encore avoir vu naître sa solution. ». En fin de tribune, Camentron cite avec justesse les propos du capitaine Upton au sujet des pur-sang arabes tels qu’il les affectionne : « Ils sont nés coureurs ! » Près d’un siècle plus tard, on mesure encore l’importance et la justesse de ces propos…