Découvrez les candidats au Comité de la Fédération des éleveurs du galop

Élevage / 18.03.2019

Découvrez les candidats au Comité de la Fédération des éleveurs du galop

La Fédération des éleveurs du galop renouvellera son Comité lors de son Assemblée générale du 31 mars 2019. Ses électeurs sont appelés aux urnes avant le 27 mars, date limite pour voter. D’ici là, nous vous proposons de découvrir les candidats (épisode 8)

Benoit Jeffroy : « La France des courses doit essayer d’agrandir le gâteau sur les fronts »

Jour de Galop. – Pourquoi vous présentez-vous ?

Benoît Jeffroy. – Je me présente car je pense qu’il est important que les jeunes éleveurs s'impliquent dans les institutions. Nous sommes encore trop peu à entamer cette démarche qui est pourtant nécessaire pour l’avenir de notre filière. Les statuts de la fédération en ont retoqué plusieurs et il faudra y remédier. Beaucoup de jeunes éleveurs ont énormément investi, au niveau des structures et du cheptel. Nous devons donner dès à présent notre point de vue, car si tout va bien, nous sommes partis pour être les acteurs de la filière lors des trois décennies à venir. Et si les choses venaient à mal tourner, alors que nous ne nous sommes pas donné les moyens d’y remédier, il sera trop tard pour regretter une éventuelle détérioration de la situation.

 

Si vous aviez l’occasion de proposer ou de changer quelque chose dans le système actuel du galop français, quelle serait votre priorité ?

Il y a énormément de choses à faire à France Galop et au PMU. Nous avons le devoir de rajeunir et d’attirer plus de public, plus de propriétaires, plus de parieurs et plus de nouveaux éleveurs. Les idées ne manquent pas et de nouvelles apparaissent tous les jours. Nous pourrions programmer une table ronde pour faire émerger collectivement une vision à long terme qui soit acceptée par le plus grand nombre. L’enjeu est de relancer notre filière et de revaloriser l'image des courses. Concernant les éleveurs, nous avons besoin de soutenir aussi bien ceux qui sont "avec sol" que "sans sol".

Je ne suis pas pour le protectionnisme et je pense que tout le monde doit pouvoir faire ce qu’il veut, en élevant ou en faisant saillir où bon lui semble. Ceci étant dit, chaque pays a ses propres arguments commerciaux. Les Irlandais ont notamment leur fiscalité. Nous avons nos primes et il faut les défendre car c’est un dispositif qui aide aussi bien l’investisseur étranger que l’éleveur français le plus modeste. 

Le maintien des primes n’est pas qu’une question d’attractivité. C’est aussi un filet de sécurité qui nous a fait passer la crise de 2009 avec moins de mal que nos voisins. Beaucoup d’éleveurs élèvent à perte. Et comme les autres acteurs, ils ont le droit d’être récompensés en cas de performances de leurs élèves, à l’image des autres acteurs. Ce n’est pas de l’assistanat et une bonne partie des investisseurs majeurs ne seraient jamais venus en France sans cela. Chaque fois que l’un d’entre eux fait le choix de la France plutôt que d’un autre pays, c’est l’ensemble de la filière qui en tire les bénéfices, de manière directe ou indirecte. Personne ne peut vivre des primes. Mais c’est une vraie incitation pour tous les acteurs, quelle que soit leur taille et leurs moyens.

Cependant, pour défendre le label France, nous ne pouvons pas compter que sur France Galop. Et comme dans d’autres professions, les éleveurs de galopeurs doivent être capables d’innover. Pourquoi ne pas mettre en place, en plus des primes à l’éleveur et au propriétaire, un système de bonus par cotisation, financé par un petit prélèvement au niveau des naissances ou des saillies ? Les propriétaires des 40 premiers gagnants de chaque génération inscrite à ce pool recevraient un bonus, étant ainsi récompensés d’avoir "acheté français". Il faut défendre le "made in France" : il nous a permis d’attirer énormément de clients et de les pousser à rester en France. J'ai l'impression que nous l'avons un peu oublié. Mais il faut le faire de manière plus active et plus intense. Si nous devons copier une chose sur les Anglo-Irlandais, c’est bien leur dynamisme commercial à l’international. La France des courses doit essayer d’agrandir le gâteau sur les fronts : en recrutant des parieurs, des propriétaires français et des propriétaires étrangers. Encore une fois, lorsqu’une personne dépense de l’argent dans notre filière, c’est l’ensemble de la chaîne qui en bénéficie.

Nous avons aussi besoin de rendre nos chevaux plus attractifs sur le plan commercial. Il y a parfois un peu de French bashing à l’international et nos élèves sont souvent moins bien valorisés. Or notre filière a besoin de vendre à tous les âges, pour faire tourner le système et avoir les moyens de réinvestir. Dès lors, il faut plus communiquer sur les succès français. Nous pourrions ainsi publier des ratings plus lisibles depuis l’étranger.

Sur le plan sanitaire, nous avons besoin d'encore plus de transparence. Le Respe et tous ceux qui l'informent font du bon travail. Mais à quoi bon, si on ne sait pas où se trouve le foyer de la maladie alors que les chevaux continuent à circuler ou à aller à la saillie ? Enfin, d’autres sujets seront à suivre de près, comme la fiscalité, le bien-être animal et la grande inconnue que constitue le Brexit.

 

Quel a été votre parcours ?

J’ai grandi en Bretagne, dans le Finistère, au pied des monts d'Arrée. Mon père et mon grand-père sont éleveurs de chevaux et de bovins. Très tôt, j’ai pris goût aux pedigrees et je me suis dit qu’à mon tour je voudrais être éleveur. J’ai donc entrepris des études agricoles. Je suis ensuite parti en Nouvelle-Zélande à Cambridge Stud, pour apprendre. Suite à cela, j’ai intégré le Godolphin Flying Start. Darley m’a recruté au moment de créer le poste des nominations, avec l’ambition de développer une clientèle française. Cette période a duré cinq années. Cela permet de rencontrer tout type d’éleveur. C’est extrêmement formateur. Dans le même temps, à partir de 2009, j’ai repris la Scea des Prairies avec mon frère Thomas. Il gère la structure au jour le jour, sur le terrain, avec sa femme Mélanie. Nous avons développé notre jumenterie, avec 40 mères en plat et 10 pour l’obstacle. Beaucoup sont en association et l’objectif est commercial. Nous avons aussi constitué une clientèle étrangère qui nous confie ses juments. En 2012, je suis rentré en France pour développer le haras de Bouquetot et l’activité d’Al Shaqab qui compte aujourd’hui une centaine de juments à l’année et neuf étalons qui ont sailli plus de 850 juments en 2018. En 2015, j’ai créé le haras de Castillon sur une petite structure de 30 hectares. Le but est de préparer des chevaux aux ventes et de prendre des sujets en pension pendant la saison de monte. Pour répondre à la demande, nous avons développé la structure qui atteint les 100 hectares, avec une trentaine de juments à l’année. Mes journées sont bien remplies et toujours riches d’enseignements, à cheval entre élevage pour une casaque de prestige, élevage commercial et étalonnage. Cette vision transversale de notre univers – éleveur, propriétaire, vendeur – je souhaite la mettre au service du collectif.

Mathieu Talleux : « Il est important d’apporter un dynamisme nouveau dans les régions »

Jour de Galop. – Pourquoi vous présentez-vous ?

Mathieu Talleux. – Je pense qu’il est important d’apporter un dynamisme nouveau dans les régions. Installé dans le Limousin, je suis au cœur d’une région traditionnelle d’élevage qui voit ses effectifs fondre. Les petits éleveurs disparaissent. Or nous avons besoin de tout le monde pour bâtir un avenir à la France des courses. Petits et grands éleveurs, français ou étrangers, de pur-sang anglais, d’AQPS, de pur-sang arabes et d’anglo-arabes… Ils apportent tous leur passion, leurs investissements et leur énergie. À mon échelle, j’ai bien conscience de cette diversité qui constitue la force de notre filière française. D’un côté, j’ai une proportion importante de chevaux en pension qui me sont confiés par des propriétaires qataris, irakiens et marocains. De même, pour essayer d’améliorer le niveau de mon élevage, je suis associé avec d’autres personnes sur la plupart de mes poulinières, ce qui me permet d’avoir plusieurs sœurs de gagnants de Gr1 sur les obstacles. Mais dans le même temps, j’ai un permis d’entraîner de longue date et je côtoie chaque jour les petits éleveurs passionnés de ma région. Nous partageons tous les mêmes rêves de victoires et cela mérite une certaine considération.

Beaucoup d’éleveurs qui constituent la base de notre filière cumulent les casquettes. Ils sont aussi, bien souvent, bénévoles dans une société de course ou propriétaires. Dans les deux cas, leur présence permet d’apporter des partants qui sont nécessaires pour le jeu, tout en renforçant l’ancrage des courses dans la société. Un éleveur, aussi modeste soit-il, c’est l’assurance que toute une famille, et des proches, connaissent le sport hippique de manière positive.

Je connais les exigences du monde associatif et j’ai déjà prouvé ma capacité à libérer du temps, de l’énergie, pour travailler au sein d’un collectif. J’en suis à mon deuxième mandat au sein de l’Afac, où je fais partie de la commission du stud-book et du Conseil d’administration.

Si vous aviez l’occasion de proposer ou de changer quelque chose dans le système actuel du galop français, quelle serait votre priorité ?

Il faut se donner les moyens de redynamiser la filière dans son ensemble, de rendre les courses plus attractives et accessibles. La quête de l’excellence est bien compréhensible dans notre univers. Mais ces ambitions doivent être menées avec discernement et prudence sur le plan politique. Il ne sert à rien de déshabiller les uns pour habiller les autres. Notre système ne peut pas vivre sans les petits éleveurs qui eux aussi participent à faire tourner l’économie de la filière en achetant des saillies, des poulinières, et en payant les pensions d’une partie de leur production lorsqu’elle part à l’entraînement. À ce titre, je pense que nous devrions remettre en place la prime aux chevaux d’âge. Elle constitue la trésorerie pour réinvestir, notamment dans les saillies qui reviennent en partie vers les acteurs majeurs de notre univers.

De même l’accès aux hippodromes doit être facilité. Les prix d’entrée sont dissuasifs pour une partie de la population.

Quel a été votre parcours ?

Après mon BTS production animale, j’ai travaillé pendant plus de huit ans au sein des Haras nationaux. Au départ dans l’événementiel : j’ai participé à la création des finales de jeunes chevaux de concours complet. J’ai ensuite travaillé à la jumenterie de Pompadour. Ce fut l’occasion d’être formé à l’insémination, aux échographies et d’obtenir le diplôme de chef de centre. Mais rapidement, j’ai voulu voir autre chose et je suis parti à l’étranger. En Irlande, à Ballylinch Stud, j’ai été responsable de l’unité des yearlings. Ce fut une expérience extraordinaire. De retour en France, j’ai été responsable d’élevage pour la famille Lepeudry, à Tourgéville. Enfin en 2012, j’ai décidé de voler de mes propres ailes et de monter un haras à partir de zéro. Le haras du Mazet est une ancienne ferme bovine que nous avons transformée totalement. Nous accueillons des étalons pour l’obstacle, ainsi que des pur-sang arabes. Nous proposons également des pensions, à des clients étrangers bien sûr, mais j’ai aussi les juments de trois éleveurs français. Enfin, je débourre et je préentraîne une partie de ma production, ainsi que des chevaux que l’on me confie. Une piste a été construite dans cet objectif. 

Daniel Cherdo : « Aucune production ne peut négliger ses clients et ses débouchés »

Jour de Galop. – Pourquoi vous présentez-vous ?

Daniel Cherdo. – Je suis avant tout un éleveur, passionné, qui exerce depuis près de quarante années. Un premier mandant au sein de la Fédération des éleveurs du galop m’a permis d’en appréhender les rouages. Compte tenu de mon profil particulier, je pense pouvoir apporter une vision assez globale des courses. En effet, au-delà de mon activité d’élevage, j’assure la présidence de la Société des courses de Saint-Brieuc, où l’on court au trot, en plat et sur les obstacles. Cela me permet donc d’être au contact d’une grande diversité d’acteurs de notre filière et je crois pouvoir dire que je connais bien les problématiques inhérentes à leurs activités. De même, si la production de notre élevage familial passe parfois aux enchères, nous faisons aussi courir. J’ai donc à la fois l’expérience de l’éleveur vendeur et celle du propriétaire. Nous avons eu la chance d’avoir quelques joies en piste, avec des sujets comme Kaldounévées (Kaldoun) ou Varévées (Kahyasi). Mais les courses ne sont pas que les belles victoires et c’est surtout une école d’humilité.

Si vous aviez l’occasion de proposer ou de changer quelque chose dans le système actuel du galop français, quelle serait votre priorité ?

Aucune production ne peut négliger ses clients et ses débouchés. La filière a vécu surtout grâce au jeu et son avenir est conditionné par la santé des paris hippiques. Nous devons maintenir notre population de joueurs, en conquérir de nouveaux et cela passe par le fait de faire revenir du monde sur les hippodromes. L’accueil des familles doit être une priorité et nous devons mettre en place de manière récurrente des visites des coulisses des courses pour les néophytes. La demi-heure qui sépare chaque course ne doit pas laisser de place à l’ennui avec ces nouveaux venus : nous devons leur faire découvrir l’envers du décor. Nous avons aussi le devoir de leur proposer une invitation au jeu, sous la forme d’un bon à parier avec chaque entrée par exemple. Cette incitation au pari doit être suivie d’une initiation au jeu. Nous devons sortir de cette banalisation des courses hippiques et faire comprendre que derrière chaque numéro se cachent une histoire, des hommes, des femmes, des métiers, des chevaux… La sagacité et l’intelligence des joueurs doivent être mises en avant, c’est ce qui fait notre différence par rapport aux jeux totalement liés au hasard.

L’autre maillon de notre chaîne qui doit être valorisé, ce sont les propriétaires, petits ou grands. On parle de l’entraîneur, du jockey… mais le moteur de notre activité est avant tout le propriétaire. C’est lui qui signe un chèque à chaque fin de mois.

Enfin il faut bien avoir conscience – et je pense que trop d’acteurs le négligent – que les courses en province ont besoin des bénévoles pour exister. Parfois, leur engagement, tout en discrétion, n’est pas reconnu. Il y a même parfois du mépris venant de certains professionnels. La personne qui gère bénévolement le parking d’une société de course de province mérite pourtant une certaine considération. En résumé, nos efforts doivent se concentrer sur le triptyque joueur, propriétaire et bénévole.

L’organisation des courses à la française est enviée et reconnue par nos voisins. Notre système doit cependant évoluer et s’adapter notamment aux nouvelles technologies qui peuplent le quotidien des nouvelles générations.

En tant que président d’une société des courses pluridisciplinaire, je peux attester du fait que les problématiques sont les mêmes au trot et au galop, en plat comme sur les obstacles. Pour des raisons d’efficacité, mais aussi d’intérêt supérieur du sport hippique, une mutualisation de certains moyens – voire une fusion de services – doit voir le jour. Bien sûr, ce qui est régalien doit rester dans les mains de chaque société-mère. Dans cet état d’esprit, le rapprochement entre le groupe Carrus et le PMU sur les hippodromes de province est une évolution positive.

Nos futurs représentants – dans les sociétés-mères – vont être amenés à prendre des décisions dictées par les impératifs de gestion. Mais toute évolution doit se faire dans l’équité. L’exemple de la discrimination des primes à l’éleveur devra être revu. L’effort est nécessaire, mais il doit être également partagé. Mon expérience de responsable professionnel me fait dire que la filière ne s’en sortira que si nous sommes unis autour d’une même vision politique, à long terme, proposée par une structure dirigée par de vrais acteurs de la filière. D’où la nécessité de faire évoluer notre gouvernance. Lorsque l’on n’est pas impliqué, on peut prendre des décisions sans avoir à en assumer les conséquences. C’est aussi une question de crédibilité. Comme beaucoup, je pense que nous avons besoin d’une personnalité forte et reconnue pour porter l’image des courses dans les médias et auprès du gouvernement. Je ne crois pas à l’État providence, mais il a un rôle à jouer en termes de régulation, notamment vis-à-vis de la Française des Jeux ou sur la question de la T.V.A.

Étant d’un naturel optimiste, je pense que les courses ont un avenir, surtout si une nouvelle génération de femmes et d’hommes s’implique dans la promotion de cette filière. Les seules guerres que l’on a perdues d’avance sont celles qui n’ont pas été menées.

En plat, au trot et sur les obstacles, le moteur de l’activité… c’est le rêve. Chaque éleveur, chaque entraîneur, chaque lad, chaque jockey et chaque propriétaire rêve de Gr1. Et chaque joueur espère remporter le pactole. Notre filière doit trouver tous les arguments pour alimenter ce rêve, avec les histoires qui en sont le moteur. J’habite en bord de mer où de nombreuses personnes sont en liste d’attente pour avoir une place dans un port pour leur bateau de plaisance, ce dernier ne sortant qu’une paire de fois par année, malgré son coût important. C’est le rêve en action et je me dis qu’il y a dans notre pays des gens qui ont les moyens d’avoir ce type de loisirs. Je suis pour l’action collective et dans mon métier, l’agriculture, c’est de cette manière que nous avons remporté une partie des combats que nous avons menés. 

Quel a été votre parcours ?

Je suis un autodidacte, fils d’agriculteur et passionné depuis toujours par la génétique. En parallèle d’un élevage de porcs et de bovins, j’ai commencé très tôt à faire naître des galopeurs. Les prémices de ce qui est devenu un élevage familial, ce fut la première jument que j’ai achetée à l’âge de 18ans. Quatre décennies plus tard, nous avons une petite dizaine de poulinières. C’est une activité somme toute modeste, mais qui s’est autofinancée. Je n’ai pas pu compter sur des capitaux extérieurs. Étant retraité, j’ai plus de temps à consacrer aux chevaux qui sont une activité familiale. Pendant trois décennies, j’ai eu des responsabilités dans le monde agricole.

Précision

Contrairement à ce que nous avons écrit dans notre précédente édition, Henry Roussignhol n’a pas assuré la présidence de la Société des courses de Vichy, mais la direction.

Retrouvez dès demain la suite des présentations des candidats au Comité de la Fédération des éleveurs du galop.