Dubai, ce n’est pas que les Maktoum

International / 28.03.2019

Dubai, ce n’est pas que les Maktoum

Même si Thunder Snow (Helmet) n’offre pas à la famille Maktoum un 11e succès dans la Dubai World Cup (Gr1), le cheikh Mohammed Al Maktoum a déjà gagné. En 1996, lorsque le crack américain Cigar (Palace Music) avait remporté la première édition de la course la plus riche du monde, Dubaï n’était qu’un point dans le désert. Vingt-trois ans après, le décor a bien changé.

Par Franco Raimondi

Désormais, le meeting de Dubaï est un moment important dans le calendrier international. Et surtout, les courses de l’Émirat ne sont plus une simple affaire de famille. Ce samedi, 20 des 94 chevaux déclarés partants dans les huit courses pour pur-sang de la réunion sont entraînés dans le pays. Et seize d’entre eux n’appartiennent pas à des membres de la famille Maktoum. C’est tout simplement énorme. Mais il y plus gros encore : cinq partants dans la Dubai World Cup sont entraînés sur place et n’appartiennent pas aux Maktoum. Six des quatorze partants de l’UAE Derby (Gr2) sont entraînés localement. Les A.Q.A.M. – autres qu’Al Maktoum – y sont plus nombreux que les Godolphin (14 sujets, dont huit Saeed et six Appleby). Et dans la Dubai World Cup les deux favoris, North America (Dubawi) et Capezzano (Bernardini), sont des ex-Godolphin, qui ont été vendus. C’est sous d’autres casaques qu’ils ont été façonnés à Meydan, après des débuts plus que moyens en Europe.

LES PARTANTS LOCAUX AUTRES QUE GODOLPHIN LORS DE LA RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP
Course Cheval Entraîneur Propriétaire Jockey
Godolphin Mile Kimbear Dough Watson Cheikh Rashid bin Humaid Al Nuaimi Pat Dobbs
Godolphin Mile Heavy Metal Salem bin Ghadayer Cheikh Hamdan bin Mohammed Al Maktoum Mickael Barzalona
Godolphin Mile Muntazah Dough Watson Cheikh Hamdan Al Maktoum Jim Crowley
Godolphin Mile Ibn Malik Musabbeh Al Mheiri Cheikh Hamdan Al Maktoum Tadgh O'Shea
Godolphin Mile Logrado Erwan Charpy Avaz Ismoilov Antonio Fresu
Godolphin Mile Secret Ambition Satish Seemar Nasir Askar Richard Mullen
Dubai Gold Cup Sharpalo Ahmad bin Harmash Badr Abdulla Al Mutawa Connor Beasley
Al Quoz Sprint Ekhtiyaar Dough Watson Cheikh Hamdan Al Maktoum Jim Crowley
UAE Derby Walking Thunder Ahmad bin Harmash Phoenix Ladies Syndicate Lanfranco Dettori
UAE Derby Golden Jaguar Ahmad bin Harmash Phoenix Ladies Syndicate Oisin Murphi
UAE Derby Superior Ahmad bin Harmash Phoenix Ladies Syndicate Connor Beasley
UAE Derby Razeena Dough Watson Cheikh Rashid bin Humaid Al Nuaimi Pat Dobbs
UAE Derby Al Hayette Ismail Mohammed Ismail Mohammed Fabrice Veron
UAE Derby Manguzi Ali Rashid Al Rayhi Ahmad Al Shaikh Fernando Jara
Golden Shaheen Drafted Dough Watson Misty Hollow Farm Pat Dobbs
Dubai World Cup Capezzano Salem bin Ghadayer Sultan Ali Mickael Barzalona
Dubai World Cup North America Satish Seemar Ramzan Kadyrov Richard Mullen
Dubai World Cup Gronkowski Salem bin Ghadayer Phoenix Thoroughbred Oisin Murphi
Dubai World Cup Axelrod Salem bin Ghadayer Phoenix Thoroughbred Royston Ffrench
Dubai World Cup New Trails Ahmad bin Harmash Hamdan Sultan Ali Al Sabousi Connor Beasley

Le favori d’une course à 12.000.000 $ pour 34.000 €. North America a couru à six reprises en Angleterre sous la férule de Charlie Appleby. Il a été castré à la moitié de sa saison de 3ans, mais sans véritablement de réussite. C’est pour 140.000 dirhams (34.000 €) qu’il a été vendu en avril 2016, lors du "déstockage" Godolphin. Le cheval a ouvert son palmarès sept mois plus tard. Il a gagné quatre courses pour la casaque d’Imhamed Nagem, avant d’être acheté par le président tchétchène Ramzan Kadyrov quelques jours avant la grande nuit de Meydan en 2017. North America était le favori du Godolphin Mile (Gr2) et, après avoir mené, il a battu deux chevaux pour terminer dixième. L’année dernière, il a remporté son premier Gr1 dans le troisième round de l’Al Maktoum Challenge. Mais le jour J, dans la World Cup, il a raté son départ et a terminé au trot. Thunder Snow, qu’il avait devancé par plus de cinq longueurs dans la préparatoire, s’est imposé par le même écart…

Une deuxième chance. L’Indien Satish Seemar, un des vétérans de l’entraînement à Dubaï, cherche à effacer ce mauvais souvenir. North America arrive sur la Dubai World Cup après deux promenades de santé effectuées dans les deux premiers rounds de l’Al Maktoum Challenge. Il aura aussi pour lui sa fraîcheur, suite à un break de sept semaines. Ce mercredi, lors de la conférence de presse, Satish Seemar a dit : « La World Cup de l’année dernière a été un cauchemar. Mais depuis qu’il est chez moi, North America a couru 11 fois et a raté son départ à deux reprises. Il est primordial d’avoir une deuxième chance et en vue du jour J, il est dans un état magnifique. Il a bien travaillé, même s'il n’est pas très démonstratif le matin. Quand il galope, avec sa tête baissée, il a même les allures d’un cheval déprimé. Mais il se transforme au moment des courses. Mon seul souci concerne l’ambiance autour de la World Cup. Elle est bien différente, avec beaucoup de bruits et beaucoup de gens autour du rond. Mais il est devenu plus sage, si bien que je pense qu’il saura se maîtriser. »

Tout se jouera au départ. Satish Seemar a fait ses classes aux États-Unis. Il est arrivé à Dubaï avant la création des courses, pour entraîner les chevaux du cheikh Mohammed Al Maktoum. Il a ensuite pris les rênes de Zabeel Stable, l’écurie du cheikh Rashid. À l’époque, la structure se trouvait dans le désert. À présent c’est un coin de paradis entouré de gratte-ciels. Il a déjà remporté le Golden Shaheen (Gr1) avec Reynaldothewizard (Speightstown), une légende de Dubaï. North America sera son quatrième partant dans la World Cup : « Cette année, il n’y a pas de crack au départ. C’est une course très ouverte et je suis convaincu que North America possède une toute première chance. Chaque détail compte, il a tiré une bonne place à la corde et aime bien aller devant. Tout dépend donc de sa sortie des boîtes. Je pense qu’il a plus de vitesse que Capezzano, mais je ne veux pas que la course se transforme en une lutte pour prendre les devants. »

Capezzano a progressé de 22 livres. C’est sous les couleurs de Godolphin et l’entraînement de Charlie Appleby que Capezzano a ouvert son palmarès à Meydan, le 29 décembre 2016. Il a couru les deux premières épreuves de la Triple couronne de Dubaï,  avec à la clé deux places. Il a ensuite été castré. Après une course dans le Carnival 2018, il a changé d’entraînement et a célébré le retour de son entraîneur, Salem bin Ghadayer, après douze mois de suspension, avec une nette victoire dans l’Al Maktoum Challenge - Round 3 (Gr1). Le représentant de Sultan Ali a commencé sa saison dans un handicap, avec un rating de 96, et il a progressé de 22 livres. Il est difficile de connaître les limites d’un cheval qui a gagné ses trois dernières courses par 26 longueurs…  Le dirt de Meydan avantage beaucoup les chevaux qui vont devant. Salem bin Ghadayer entraîne aussi deux autres candidats à la Dubai World Cup, les Américains Gronkowski (Lonhro) et Axelrod (Warrior’s Reward), pour la casaque de Phoenix Thoroughbred. Salem bin Ghadayer a déclaré : « Capezzano arrive sur la World Cup dans la forme de sa vie. Il nous a toujours fait rêver et son succès sur le même parcours a confirmé nos espoirs. Gronkowski et Axelrod ont assez bien couru lors de leurs débuts à Meydan et ils vont progresser. »

Les investissements de Phoenix. Amer Abdulaziz était tout jeune quand Cigar a gagné la première Dubai World Cup. Pour Phoenix Thoroughbreds, il a acheté 50 sujets dans les ventes publiques en deux ans pour un chiffre d’affaires de 26,5 millions de dollars (23,5 M €). Il s’agit d’un chiffre très important dans le monde des courses, plaçant le fonds d’investissement à la quatrième place du classement mondial des acheteurs. Mais cela ne représente pas grand chose dans l’économie globale. Gronkowski – 300.000 Gns, soit 368.000 € –, acquis à Tattersalls lors de la Craven breeze up 2017, est l’un des premiers achats. Et d’autres ont suivi. Axelrod est arrivé à Dubaï suite à un private deal, tout comme le "FR" Sands of Mali (Panis), candidat à l’Al Quoz Sprint (Gr1).

Et ceux des Ladies… Phoenix Thoroughbred a aussi créé un syndicat féminin, le Phoenix Ladies, qui est dirigé par Pamela Cordina. Il sera représenté par trois poulains dans l’UAE Derby. Le trio, entraîné par Ahmad bin Harmash, est le résultat de l’immense travail de recrutement réalisé par l’Italien Alessandro Marconi, surtout dans les breeze up aux États-Unis. Marconi, qui assiste l’entraîneur, a déniché à la vente avril d’Ocala (Floride), dans un catalogue de 861 poulains et pouliches de 2ans, le deuxième favori, Walking Thunder (Violence), pour 42.000 $ (37.000 €). Mais aussi le deuxième du Meydan Classic (L), Golden Jaguar (Animal Kingdom), pour 60.000 $ (53.000 €). Et Superior (Majesticperfection), qui vient de se classer deuxième de la favorite, Divine Image (Scat Daddy), dans l’Al Bastakiya (L), pour 50.000 $ (44.000 €). L’Italien a acquis 15 juniors en 2018 pour 690.532 $ (613.000 €). Amer Adulaziz pense déjà à l’avenir des trois poulains de ses Ladies : « Si Walking Thunder gagne, il ira vers le Kentucky Derby (Gr1). Pour Golden Jaguar, je pense plutôt à l’Europe, car c’est un cheval de gazon et il est engagé dans les 2.000 Guinées (Gr1). Superior est un sujet plus tardif. Nous allons prendre notre temps et nous ferons de lui un cheval pour la DubaiWorld Cup 2020. »

New Trails et un propriétaire de neuf ans. Ahmad bin Harmash a deux autres partants dans la réunion. Il s’agit des ex-français New Trails (Medaglia d’Oro), au départ de la Dubai World Cup, et de Sharpalo (Shamardal), gros outsider dans la Dubai Gold Cup (Gr2). Le premier, qui avait montré des moyens en début de carrière chez André Fabre, a été arrêté 18 mois. Il s’agit d’un cadeau du cheikh Mohammed Al Maktoum à Hamdan Sultan Ali Al Sabousi, un garçon de 9 ans, fils du propriétaire de Capezzano. New Trails a effectué des débuts gagnants sur le dirt dans un handicap, en novembre, et ils ont été crédités d’un rating de 90 (valeur 41). Il en a remporté un autre, avant de se classer deuxième dans le round 2 du Maktoum Challenge et quatrième dans le round 3. Son entraîneur, un ancien cavalier d’endurance, comme Alessandro Marcoini, a déclaré : « Il a repris le travail régulier à la mi-juillet et ensuite, il a progressé de course en course. En dernier lieu, il n’a pas fait sa valeur. Nous l’avons couru avec prudence et avec l’objectif de s’assurer une invitation à la World Cup. C’est un rêve qui devient réalité. Mais c’est aussi un vrai défi. » On peut donc le dire, Dubaï ne se résume vraiment plus à Godolphin. 

LES GAGNANTS LOCAUX AUTRES QUE GODOLPHIN LORS DE LA RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP

Année Course Gagnant Entraîneur Propriétaire
1996 Dubai Turf Key of Luck Kiaran McLaughlin Cheikh Saeed bin Maktoum Al Maktoum
1997 Golden Shaheen Atraf Kiaran McLaughlin Cheikh Hamdan Al Maktoum
1998 Golden Shaheen Mudallel Dhruba Selvaratnam Ziad Galadari
1999 Golden Shaheen Ramp and Rave Dhruba Selvaratnam Cheikh Ahmed Al Maktoum
2000 Godolphin Mile Conflict Nick Robb Cheikh Maktoum Al Maktoum
2003 Golden Shaheen State City Paddy Rudkin Cheikh Mohammed Al Maktoum
2008 Al Quoz Sprint Mutamarres Doug Watson Cheikh Hamdan Al Maktoum
2008 Al Quoz Sprint Instant Recall Musabah Al Muhairi Salman Musallam Al Shalahi
2010 Dubai Turf Al Shemali Ali Rashid Al Rayhi Cheikh Hamdan bin Mohammed Al Maktoum
2013 Golden Shaheen Reynaldothewizard Satish Seemar Zabeel Racing
2015 Godolphin Mile Tamarkuz Musabah Al Muhairi Cheikh Hamdan Al Maktoum
2016 Golden Shaheen Muarrab Musabbeh Al Mheiri Cheikh Hamdan Al Maktoum
2016 Godolphin Mile One Man Band Doug Watson Cheikk Saeed bin Mohammed Al Maktoum
2017 Godolphin Mile Second Summer Doug Watson Cheikh Rashid bin Humaid Al Nuaimi
2018 Godolphin Mile Heavy Metal Sandeep Jadhav Cheikh Rashid bin Humaid Al Nuaimi