Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Engagements classiques : les maidens reviennent à la charge

Magazine / 01.03.2019

Engagements classiques : les maidens reviennent à la charge

Par Franco Raimondi

Ils sont 93. Il s’agit de la plus maigre des quatre catégories dans lesquelles nous avons réparti les 521 poulains et pouliches engagés dans les classiques, le Coolmore Saxon Warrior Prix Saint-Alary et le Juddmonte Grand Prix de Paris. Eux, ce sont les maidens. Des chevaux ayant déjà couru mais jamais gagné. Cet escadron se réduira d’ici quelques semaines, après la réouverture du gazon en région parisienne et à Chantilly. Le coup d’envoi sur le turf en Irlande est prévu le dimanche 24 mars à Naas alors qu’il faudra attendre le samedi suivant pour le meeting du Lincolnshire à Doncaster.

2018, année record pour Ballydoyle. Nous avons cité l’Irlande et l’Angleterre car 36 maidens en sont issus et – devinez quoi ? – c’est Aidan O’Brien qui en entraîne le plus (16). André Fabre, lui, en a quatorze dans ses écuries. En 2018, l’Irlandais a fait courir à domicile 89 juniors et parmi eux 51 ont gagné. C’est son record. Il améliore ainsi celui de 2010 avec 46 gagnants pour 78 partants. On peut être sûr qu’après les ventes de cet hiver, il lui reste encore des munitions. Sur 90 poulains et pouliches de 3ans, il a choisi cinq inédits et 16 maidens. On pourrait croire que les décisions des grandes écuries sont prises au hasard mais c’est tout le contraire.

Gentile Bellini, oui à la France, non à Epsom. Étudions cela de plus près… Chez O’Brien, les 16 maidens sont tous des mâles et sept d’entre eux sont aussi engagés dans le Derby. Sans surprise, on trouve quatre War Front et un Scat Daddy qui n’ont pas encore leur ticket pour Epsom. Gentile Bellini (Dubawi & Sky Lantern), acheté deux millions de guinées (soit 2,35 M€ à l’époque) à Tattersalls, est dans la liste du Qipco Prix du Jockey Club et aussi dans celle du Juddmonte Grand Prix de Paris – sait-on jamais… – mais c’est niet pour le Derby. En revanche, 34 poulains de Ballydoyle sont inscrits pour Epsom. Le poulain n’a pas montré beaucoup de choses lors de ses deux sorties à 2ans et, avec une page de catalogue plus ordinaire et un prix d’achat cohérent, un entraîneur sage le cacherait pour deux autres courses avant de lui faire gagner son handicap.

Deux millions de guinées ou 7.000 €… Les prix de ces maidens de luxe passés sur les rings sont plus élevés que ceux des inédits dont nous avons parlé dans notre précédente édition. Les 35 sujets vendus ont engendré un chiffre d’affaires de 11,53 millions d’euros, c’est-à-dire un prix moyen proche de 330.000 €. Gentile Bellini et South Pacific (Galileo), le demi-frère d’Ectot (Hurricane Run), sont millionnaires alors que Varoki (Tin Horse), un pensionnaire d’Olivier Trigodet, deuxième lors de ses débuts sur la P.S.F. de Deauville, pour la casaque de mon "presque homonyme" Jean-Luc Raymond et ses associés, a été déniché pour 7.000 € chez Osarus, un peu plus du double de l’engagement (3.050 €) pour le Jockey Club. Primes comprises, il a décroché 8.492 € et nous les Raymond et Raimondi, de France et d’Italie, rêvons de voir ce gris galoper en tête…

Maidens et inédits, les statistiques. Au cours de ces quinze dernières années, les quatre classiques plus le Grand Prix de Paris et le Saint-Alary ont connu 79 gagnants différents. Parmi eux, 21 étaient inédits ou maidens au moment des engagements. Pour un amoureux de statistiques, cela réchauffe le cœur. Un écolier moyen vous dirait que ces deux catégories affichent une réussite de 26,5 %. Selon d’autres statistiques, la France fait partie des dix plus mauvais pays du monde en ce qui concerne les connaissances en mathématiques de ses étudiants… Mon boucher peut vous expliquer que tout est beaucoup plus compliqué que cela. Sur les quinze dernières années, en établissant une moyenne de quelque 550 poulains et pouliches engagés par an, et une autre comprise entre 200 et 230 sans victoire au moment de l’engagement, on obtient quelque 3.300 sujets. Parmi eux, 21 ont eu leur jour de gloire. Cela nous donne alors un taux bien plus raisonnable de 0,63 %…

Courir à 2ans n’est pas indispensable. Revenons aux choses sérieuses. 26,5 % des gagnants classiques, du Saint-Alary et du Grand Prix de Paris n’avaient pas encore gagné le jour de leur engagement. Cela nous permet de réfléchir à l’importance des courses de 2ans. Ce qui est parlant, c’est la très bonne réussite des poulains et pouliches qui n’ont pas "vu les couleurs" par rapport à ceux qui ont couru sans gagner à 2ans ou pendant l’hiver. Quatorze inédits et inédites ont brillé au top-niveau tandis qu’ils sont sept à avoir eu un ou plusieurs parcours dans leur jeunesse.

Des exemples chez les pouliches. Le Grand Prix de Paris peut fausser les statistiques parce que six inédits (au moment de l’engagement) l’ont remporté. Mieux vaut se pencher sur les sept sujets qui ont couru sans gagner à 2ans et sont ensuite devenus classiques. Commençons par les pouliches : Précieuse (Tamayuz), placée de Listed à 2ans, et Torrestrella (Orpen), encore maiden le 16 mars. Elles se sont imposées dans la Poule d’Essai et étaient maidens à la clôture des engagements. La pensionnaire de Fabrice Chappet avait entamé sa saison de 3ans sans victoire mais avec deux places dans les Listeds et une valeur 46. Elle a ouvert son palmarès sur 1.200m le 17 mars à Fontainebleau et, après une autre deuxième place dans le Prix Sigy (Gr3), elle a découvert le mile dans la Poule d’Essai des Pouliches version deauvillaise. La paloise Torrestrella, après deux sorties à Tarbes et Toulouse dans sa jeunesse, est montée à Paris pour s’imposer dans un Maiden réservé aux pouliches issues d’étalons ayant fait la monte en France. La pensionnaire de François Rohaut a décroché, en remportant le Prix Finlande (L), une allocation – prime propriétaire comprise – de 38.295 €, presque le double de la supplémentation (21.000 €) payée par ses propriétaires pour l’aligner au départ de la Poule. Le prix de l’engagement au 25 février 2004 était de 800 €.

Belle et Célèbre (Peintre Célèbre), quant à elle, a ouvert son palmarès dans un Gr1. Alain de Royer Dupré lui avait fait découvrir les hippodromes en fin de saison à 2ans et, malgré une deuxième place dans une course B à Longchamp, il n’a pas hésité à la courir dans le Saint-Alary. Ouvrir son palmarès directement dans un Gr1, cela n’arrive pas tous les jours.

Des exemples chez les poulains. Le Wertheimer Falco (Pivotal) avait suivi le chemin d’un poulain estimé. Des débuts effectués dans le Prix de Crèvecœur à Deauville, dans un lot qui a fourni six autres black types sur dix partants, et une deuxième place en septembre dans un bon Maiden cantilien. Revu en mars, il affrontait le multiple gagnant de Groupe Trincot (Peintre Célèbre) dans une course D à Compiègne. Il a ouvert son palmarès à Longchamp et s’est offert un ticket dans la Poule d’Essai des Poulains.

Un seul des quinze derniers gagnants du Jockey Club avait couru sans gagner à 2ans. Il s’agit de New Bay (Dubawi), deuxième lors de ses débuts fin novembre en terrain collant. Il a fait une rentrée gagnante et, après le premier accessit dans la Poule d’Essai, il a triomphé à Chantilly. Il nous reste deux lauréats du Grand Prix de Paris. Shakeel (Dalakhani) a été géré par Alain de Royer Dupré comme un vrai cheval de 2.400m. Il a fait ses débuts sur 2.000m à 2ans, il a ouvert son palmarès à sa troisième sortie et ensuite il est allé dans les Groupes sur la distance classique. Il courait dans le Jockey Club mais son objectif était davantage le St Leger, pour lequel il avait d’ailleurs obtenu son ticket. Le cas de Méandre (Slickly) est encore différent. Le 16 février 2011, à la clôture des engagements, il comptait quatre courses et aucune victoire à 2ans. André Fabre l’avait inscrit pour le Grand Prix de Paris mais pas dans le Jockey Club. Il a dû attendre trois sorties à 3ans avant de gagner.

Une victoire à 2ans n’est pas une condition indispensable pour devenir classique. Il faut avoir 3ans, être mâle ou femelle et posséder l’engagement ou payer la supplémentation. Je vous propose la liste des 93 maidens mais sachez que, d’ici une semaine, une demi-douzaine de ces poulains et pouliches seront déjà passés dans la catégorie "gagnants"… Pour la consulter, cliquez ici http://www.jourdegalop.com/Media/Jdg/Documents/Maidens-classiques.pdf