Gazon béni

Courses / 02.03.2019

Gazon béni

Gazon béni

La New York Racing Association a récemment annoncé la création de deux triples couronnes sur le gazon qui vont se courir à Belmont Park et Saratoga. Quel rapport avec la France ? Les ex-françaises et français sont excellents sur le gazon américain et cet afflux d’allocations vers le turf ne pourra que renforcer le commerce transatlantique.

Par Adrien Cugnasse

La réussite des Belmont Derby Invitational Stakes et des Belmont Oaks Invitational Stakes, deux Gr1 sur le gazon qui attirent une concurrence internationale, a poussé la NYRA (New York Racing Association) à aller plus loin dans le développement des grandes courses sur le turf. Pour les mâles, la Turf Trinity sera composée de trois manches dotées d’un million de dollars : le Belmont Derby (2.000m, 6 juillet, Belmont Park), le Saratoga Derby (1.900m, 4 août, Saratoga) et le Jockey Club Derby (2.400m, 7 septembre, Belmont Park). Il s’agit exactement du même enchaînement de distance que la Triple Couronne américaine courue sur le dirt. Martin Panza, de la NYRA, a déclaré à Bloodhose : « Ces épreuves, avec un total de 3 millions de dollars d’allocations, devraient constituer des opportunités pour les chevaux de pointure internationale après la saison classique européenne. » Les femelles ne sont pas en reste avec la Triple Tiara et ses trois courses à 750.000 $ : Belmont Oaks (2.000m, 6 juillet, Belmont), Saratoga Oaks (1.900m, 2 août, Saratoga) et Jockey Club Oaks (2.200m, 7 septembre, Belmont). Ryota Sensui, de la Japan Racing Association, a déclaré que des professionnels japonais avaient déjà manifesté leur intérêt pour y prendre part.

Plus de turf au royaume du dirt. Garrett O’Rourke, qui dirige la partie américaine de Juddmonte, a déclaré à Bloodhorse : « Les entraîneurs ont dernièrement été grandement encouragés à renforcer leurs effectifs pour courir sur le gazon, même si le changement a mis du temps à se mettre en place. Créer de telles courses, cela donne aussi un objectif aux éleveurs. Les Américains vont être encouragés à investir pour élever des chevaux de gazon à nouveau. Ils le faisaient plus souvent il y a trois décennies. Mais le manque d’opportunités au niveau black type avait stoppé cette tendance. Cela va aussi inciter de très bons européens à venir courir ici. Surtout qu’il est facile de voyager jusqu’à New York. » En octobre 2019, le Thoroughbred Daily News a publié une étude sur l’évolution du nombre de courses sur gazon aux États-Unis. En 1991, 5 % des 71.454 épreuves du pays étaient organisées sur le turf (environ 3.500 compétitions) contre 17 % des 37.483 courses programmé en 2017 (soit près de 6.400 compétitions). Toujours en 2017, 39 % des courses black types organisées outre-Atlantique l’étaient sur le turf. Les médias américains notent aussi le fait que ces épreuves rassemblement régulièrement des lots plus fournis que leur équivalent sur le dirt.

Ces françaises qui réussissent outre-Atlantique. Née en France où elle a démarré sa carrière, Sistercharlie (Myboycharlie) a reçu l’Eclipse Award de Champion Female Turf Horse pour ses remarquables performances en 2018 (Beverly D Stakes, Breeders' Cup Filly and Mare Turf, Coolmore Jenny Wiley Stakes & Diana Stakes, Grs1). Et ce n’est pas un cas isolé. Les femelles entraînées en France, ou acquises dans l’Hexagone, ont toujours été très performantes sur le gazon américain (Zagora, Stacelita, Goldikova, Intercontinental, Miesque, Hatoof, Miss Alleged, April Run, Trillion, All Along…). Cette réussite stimule le commerce. Surtout que la génération 2018 est la moins fournie de ces 50 dernières années aux États-Unis, avec seulement 19.925 naissances, contre 51.000 foals en 1986Nous avons réalisé un rapide pointage parmi les 150 meilleurs chevaux vus en France au sein des générations 2013, 2014 et 2015. Dans chaque génération, environ 25 ont été exportés outre-Atlantique, que ce soit pour leur propriétaire ou pour un nouvel entourage. Déjà très soutenu (d’où les ventes de Chipolata, Uni, Précieuse, Fatale Béré, Onthemoonagain, Cavale Dorée, Rymska, Précieuse, Barkaa, Pollarra…), ce commerce ne peut que se renforcer avec la création de ces deux triples couronnes. Les acheteurs américains, à la recherche de pedigree pour le turf, étaient plus actifs lors des dernières belles vacations européennes de yearlings qu’il y a quelques années. C’est aussi un signal fort pour les pays émergents du galop : il faut miser sur le gazon, car même les Américains le font !