Le carnet de voyage de Philipp Collington en Arabie Saoudite

04.03.2019

Le carnet de voyage de Philipp Collington en Arabie Saoudite

Philipp Collington a décroché à cinq reprises la Cravache d’or anglaise des pur-sang arabes, lorsqu’il montait pour le compte du cheikh Hamdan bin Rashid Al Maktoum. À la fin de sa carrière de jockey, il est devenu l’assistant de Gill Duffield, entraîneur tête de liste à de multiples reprises outre-Manche. Lorsque cette dernière a pris sa retraite, à la fin de la saison 2015, il a pris sa succession avec l’effectif du cheikh Hamdan en Grande-Bretagne. À cette occasion, il a aussi hérité d’un certain nombre de chevaux d’Athbah Stud qui étaient jusqu’alors sous la férule de Gill Duffield.

Un succès rapide. Philipp Collington n’a pas tardé à faire parler de lui. En 2016, il a remporté trois Groupes en France et en Grande-Bretagne pour le cheikh Hamdan. Après la victoire de Jamaayil (Al Jakbar) à Toulouse, dans le French Arabian Breeders’ Challenge Sprint (Gr2 PA), le Britannique a passé trois semaines chez François Rohaut à Pau, grâce à la recommandation de Shadwell Stud. Bien qu'une grande partie de ses connaissances lui vienne de Gill Duffield, il déclare avoir énormément appris lors de cette brève période paloise, ayant intégré, depuis, dans son quotidien, plusieurs éléments inculqués par François Rohaut. La saison suivante, Mith’haf Athbah (Amer) lui a offert un succès sur le mile dans la H.H. Sheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Cup (Gr1 PA), avant de se déplacer victorieusement à Toulouse pour le French Arabian Breeders’ Challenge Sprint (Gr2 PA). L’entraîneur a alors pris la direction de l’Arabie Saoudite afin de faire courir deux représentants d’Athbah Stud dans la Prince Sultan bin Abdul Aziz International Cup. Muntaser Al Khalediah (Tiwaiq) s’est classé troisième, alors que Mith’haf Athbah ne s’est pas adapté à la piste. Cette épreuve fait partie du Prince Sultan bin Abdul Aziz International Arabian Horse Festival, un événement annuel, sur cinq jours, qui rassemble des courses et du show. L’ambition est de développer ces épreuves pour leur permettre d’obtenir le label Groupe. Suite à cette première expérience saoudienne, forcément différente de son séjour à Dubaï quinze années auparavant, il a déclaré : « Les champs de course sont de bonne qualité et on parle d’y ajouter une piste en gazon. L’objectif serait de développer le Festival et d’encourager plus de concurrents internationaux à effectuer le déplacement. »

L’élevage a été relocalisé en France. L’année 2018 fut celle de son premier titre chez les entraîneurs anglais, notamment grâce aux deux victoires de Gr3 de Mith’haf Athbah et de Shomoos Athbah (Burning Sand). Ces deux chevaux, ainsi que Mehdaaf Athbah (Amer), ont pris part au meeting du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Les chevaux d’Athbah ont alors pris la direction de l’Arabie Saoudite afin d’y préparer les échéances hivernales, alors que l’entraîneur s’envolait pour la Normandie, où les chevaux d’élevage sont désormais basés. Précédemment installées en Grande-Bretagne, les juments et leur progéniture sont en pension au haras de Gouffern et de La Genevraye depuis juillet 2018. Ce fut l’occasion de voir les 2ans qui vont partir au débourrage cet hiver, dont Jamrah Athbah (sœur de Shomoos Athbah, par Burning Sand) et Bayan Athbah (sœur de Mehdaaf Athbah, par AF Albahar). Athbah Stud a été fondé par son propriétaire, Son Altesse Royale le prince Abdul Aziz bin Ahmed bin Abdul Aziz Al Saud. Le directeur technique du haras, Abdul Moniem Ahmed, nous a confié : « L’objectif est de faire un jour partie des propriétaires têtes de liste en Europe chez les pur-sang arabes. Au quotidien, le prince s’intéresse de près au bien-être et au programme de ses chevaux. Nos réunions durent souvent deux ou trois heures. C’est un homme de cheval et il aime les siens, si bien qu’il veut être partie prenante de toutes les décisions les concernant. Chaque année, notre élevage progresse. Je pense que nous allons dans la bonne direction. »

L’entraînement et les courses à Riyad. Après sa course de Longchamp, Shomoos Athbah visait une place dans la H.H. Sheikh Zayed bin Sultan Al Nayhan Jewel Crown (Gr1PA), à Abu Dhabi. Elle a déçu malgré un bon numéro à la corde et un bon début de course. Son entraîneur pense qu’elle a pu être perturbée par la succession des trajets d’Angleterre vers la France, puis l’Arabie Saoudite et enfin Abu Dhabi. Philipp Collington est ensuite revenu en Arabie Saoudite pour s’occuper de la préparation de son effectif dans le principal centre d’entraînement de Riyad. Bien que basé dans les installations de son propriétaire, il utilisait comme l’année passée ce complexe d’entraînement. Le Britannique juge que les conditions d’entraînement y sont correctes, même si elles doivent progresser pour attirer des compétiteurs internationaux. Les meilleures épreuves sont organisées sur l’hippodrome du prince Sultan bin Abdul Aziz à Riyad, avec dix réunions d’octobre à mars. En dehors de Riyad, Djeddah et Dammam accueillent aussi des courses, mais d’un niveau moindre. Dans la capitale, toutes les courses sont réservées aux pur-sang arabes, avec six épreuves par réunion,  à l’exception du Prince Sultan Festival. Selon les données disponibles à cette date, en tenant compte de quelques concurrents étrangers, environ 400 pur-sang arabes s’y produisent actuellement. Philipp Collington a précisé : « La piste est un mélange de sable et de copeaux. Elle est bien entretenue et travaillée, si bien qu’elle est parfaite au moment des courses. Parmi les sponsors des épreuves, on trouve The President of the UAE Cup et Shadwell Stud. » Lors du Festival, les courses sont ouvertes aux concurrents internationaux et, après examens de leurs ratings, certains reçoivent des invitations. Cette année, une nouvelle épreuve a été ajoutée, il s’agit de l’Al Khalediah International Cup, où Shomoos Athbah et Olivier Peslier ont été victimes de la chute d’un concurrent omanais.

Une performance de référence pour Mehdaaf Athbah. Suite à cet incident, le Français a tout de même été capable de se mettre en selle sur Muntaser Al Khalediah dans la Prince Sultan World Cup, récemment renommée, une course pour chevaux ayant un rating supérieur à 100 et dotée d’1,5 million de dollars. Le meilleur cheval local, Tallab Al Khalediah (Jalood Al Khalidiah), a dominé la course, prenant l’ascendant sur son leader dans le dernier tournant avant de s’imposer aisément.  Fazza Al Khalediah (Jalnar Al Khalidiah), lauréat de la Qatar Arabian World Cup, n’a pas pu le suivre et a dû batailler pour conserver la deuxième place face à Mehdaaf Athbah. Philipp Collington considère que cette troisième place est sa performance de référence, avec sa deuxième place dans la Qatar Arabian World d’Al Mourtajez (Amer). Muntaser Al Khalediah est revenu de cette course avec une déchirure musculaire et va probablement partir à la retraite. Une autre tentative de Mehdaaf Athbah dans la Qatar Arabian World Cup n’est pas exclue. Son entraîneur explique : « Il sera intéressant de suivre son comportement lorsqu’il va retrouver le gazon, compte tenu qu’il a terminé proche de Fazza Al Khalediah sur le dirt. » Depuis le début de sa carrière, Philipp Collington fait courir ses pensionnaires à l’international, où la compétition est riche d’enseignements. Ils ont pris l’avion pour l’Arabie Saoudite, Abu Dhabi, le Qatar, et la route pour le reste de l’Europe. De retour en Grande-Bretagne, Philipp Collington prépare son effectif pour la saison à venir, notamment plusieurs jeunes chevaux pleins d’avenir appartenant au cheikh Hamdan et à Athbah Stud. Son ambition est de courir aussi souvent que possible en Europe avec les chevaux d’âge d’Athbah Stud. La saison 2019 sera probablement la dernière pour Mith’haf Athbah. Son mentor a dit : « Il a prouvé qu’il était au mieux sur le mile. J’aimerais revenir à Toulouse avec lui pour le Breeders' Sprint. Je pense que le prince acquiescera car on sait à présent qu’il n’apprécie par les pistes saoudiennes. La ligne de son succès est bonne, compte tenu du fait que le deuxième, Barnamaj (No Risk Al Maury), a ensuite remporté un Gr1 à Dubaï. »