LE MAGAZINE - La réussite des croisements franco-américains

04.03.2019

LE MAGAZINE - La réussite des croisements franco-américains

En 2018, pour la première fois, le meilleur 3ans français est issu d’un étalon américain. Marid est en effet un fils de TM Fred Texas. Depuis Munjiz, meilleur 4ans de la saison 2005, aucun cheval issu d’un géniteur né aux États-Unis n’avait dominé sa génération en France.

Omniprésent chez les pur-sang anglais du vieux continent jusqu’aux années 1990, le sang américain s’est ensuite raréfié dans les pedigrees européens. Mais depuis quelques années, il marque un retour progressif grâce à la réussite sur le gazon d’étalons américains comme Scat Daddy (Johannesburg), Medaglia d’Oro (El Prado) ou Kitten’s Joy (El Prado). Chez les pur-sang arabes, le sang de Burning Sand (San Lou Romirz), treize fois tête de liste des pères de gagnants aux États-Unis, semble très bien fonctionner avec les lignées françaises. Ce phénomène, observé dans un premier temps outre-Atlantique, est certainement en cours de banalisation à travers le monde.

Leur royaume, c’est le dirt. Comme tous les ans sur les pistes en sable des Émirats, les chevaux américains se distinguent. C’est actuellement le cas de Goshawke (Thoroughbred), honnête cheval sur le gazon, qui révèle un tout autre visage sur le dirt. Il s’est notamment imposé de manière impressionnante dans l’Al Maktoum Challenge Round 2 Sponsored By Mina Hamriya (Gr1 PA, 2.200m). Ses deux grand-mères sont françaises et ses deux parents sont le produit de la même formule : un père américain sur une mère de la famille de Nevada II (Djanor) issue de l’élevage français de Jean-Marc Saphores. La mère de Goshawke, Sand Witchh – deux fois cheval de l’année aux États-Unis –, est elle aussi le résultat d’une formule qui a fait miracle outre-Atlantique : la rencontre de Burning Sand avec le sang de Nevada II. Ce nick est celui de deux lauréats de la Dubai Kahayla Classic : Reda (Burning Sand x Barour de Cardonne) et TM Fred Texas (Burning Sand x Kong x Ala Croixnoire). C’est aussi le croisement qui a donné le meilleur arabe américain vu depuis très longtemps, à savoir Paddy’s Day (Burning Sand x Virgule Al Maury). Celui qui fut le premier pur-sang arabe né aux États-Unis à dépasser le million de dollars de gains et qui a remporté un total de huit Grs1 PA. Trois fois élu cheval de l’année dans son pays de naissance, Paddy’s Day ne s’est jamais véritablement adapté au gazon. Sur le parcours des 1.600m en dirt de Meydan, il a remporté l’Al Maktoum Challenge Round 1 (Gr1 PA). Mais sur 2.000m, dans l’Al Maktoum Challenge Round 2 (Gr1 PA), il a été dominé par deux français de naissance, Ziyadd (Bibi de Carrère) et Barnamaj (No Risk Al Maury). Lors du Round 3, sur 2.200m, il a encore une fois été battu par Barnamaj. À sa décharge, il faut savoir que le champion américain avait enchaîné, presque sans pause, une éprouvante saison américaine avec neuf sorties aux Émirats…

L’influence française aux États-Unis. La réussite de ce croisement est aussi en partie le résultat de l’exportation de nombreux étalons français porteurs du sang de Nevada II aux États-Unis, où ils ont fait la monte avec succès. On peut citer Virgule Al Maury (Kesberoy), deux fois tête de liste des pères de gagnants aux États-Unis, Falina des Fabries (Dormane), Câlin de Louve (Djelfor), Nivour de Cardonne (Manganate), Kong (Djouras Tu), Ala Croixnoire (Tidjani), Câlin du Loup (Manganate)… Cette réussite du sang français outre-Atlantique a été facilitée par le fait que certains "FR", bien que sélectionnés uniquement sur le gazon, ont connu une très belle réussite sur le sable. L’exemple le plus récent vient probablement de Valiant Boy (Darweesh), deux fois cheval de l’année aux États-Unis. Sur les treize dernières saisons, c’est un sujet ayant du sang français dans les deux premières générations de son pedigree qui, à onze reprises, a été élu horse of the year, et pour sept d’entre eux, un de leurs deux géniteurs portait le label "FR". Les médias américains annoncent que les premiers pur-sang arabes français ont débarqué aux États-Unis en 1921, sous l’impulsion de William Robinson Brown. L’objectif était alors de remonter les troupes de l’armée américaine. Même s’il existe encore des descendants de ces premières importations, c’est véritablement à partir des années 1990 que la vague française est née. La réussite du "FR" Câlin de Louve – meilleur 4ans de la saison 1993 aux États-Unis – y a beaucoup contribué. Quelques années plus tard, TH Richie – par le "FR" Câlin du Loup et une américaine par ZT Ali Baba – est devenu le premier cheval à remporter la Triple couronne américaine des pur-sang arabes. Aux États-Unis, Dormane (Manganate) a par exemple donné Fryvolous (Dormane sur une mère américaine), gagnant de deux Grs1 dans son pays de naissance, puis de la Dubai Kahayla Classic (Gr1 PA) sur le dirt de Nad Al Sheba et la National Day Cup (Gr1 PA) sur le gazon d’Abu Dhabi.

Ces américains qui brillent aussi sur le gazon. TM Fred Texas – Burning Sand sur une mère trois quarts française – a fait une entrée fracassante en tant qu’étalon de classe internationale durant la saison 2018. Ce lauréat de la Dubai Kahayla Classic connaît une réussite absolument exceptionnelle avec les filles d’Amer (Wafi) : quatre produits de ce croisement ont été vus en France, trois ont gagné et deux sont black types ! Il s’agit de : Daloob (deuxième du Qatar Derby, Gr3 PA) et de Marid (Qatar Arabian Trophy des Poulains & Al Rayyan Cup - Prix Kesberoy, Grs1 PA), le meilleur mâle de sa génération. C’est avec une mère au pedigree franco-tunisien que TM Fred Texas a produit Amir Al Cham (Qatar Derby, Gr3 PA, troisième du French Arabian Breeders' Challenge - Poulains, Gr2 PA). Avant lui, Munjiz (Kesberoy) et Mahabb (Tahar de Candelon), issus de deux championnes américaines, avaient déjà largement prouvé l’intérêt de la vitesse et de l’influx des chevaux américains en croisement avec les juments françaises. Burning Sang a lui-même battu le record de l’hippodrome de Delaware Park pour un pur-sang arabe sur 1.200m.  Son fils TM Fred Texas a remporté ses trois Grs1 PA sur le dirt – un à Meydan et deux aux États-Unis – mais il avait aussi montré une certaine qualité sur le gazon en échouant de peu pour la victoire dans la Qatar Cup - Prix Dragon (Gr2 PA).

Le croisement à l’envers. Les étalons français, ou issus de lignées françaises, ont donc bien réussi aux États-Unis. Mais, bien que rare dans notre pays, le croisement inverse, c’est-à-dire une jument américaine saillie par un sire au pedigree tricolore, a aussi donné des résultats intéressants. Au point que certaines familles américaines ont fait souche en France. CR Samborsta (Sambor) avait remporté sept courses aux États-Unis, dont les AJC Delaware Oaks (Gr1). Elle a donné naissance à pas moins de cinq black types dans l’Hexagone, dont Dariya (Dormane), gagnante des Zaabeel International Stakes et de la Coupe de France à Chantilly (Grs1 PA), mais également Sahlambo (Munjiz), lauréate du Critérium des Pouliches (Gr2 PA). CR Samborsta est par ailleurs la deuxième mère de Tallaab Al Khalediah (Jalood Al Khalidiah). Ce "FR" a remporté d’impressionnants succès sur le dirt saoudien et s’est aussi imposé dans un style déconcertant à l’occasion de la Dubai Kahayla Classic (Gr1 PA).

Une filière en difficulté. En l’espace de trois décennies, les États-Unis ont vu le nombre de pur-sang arabes de course s’effondrer. Alors qu’ils étaient 1.200 à courir chaque saison dans les années 1980, ils n’étaient plus que 200 en 2016, lorsque Lynn Ashby, huit fois tête de liste des entraîneurs outre-Atlantique a accordé une interview à The Arabian Race Horse : « J’adore les courses européennes. Il est frustrant de ne pas avoir de courses sur le gazon ici. Nous avons tous des chevaux d’origine française, pourtant personne ne court sur le dirt en France ! Il n’y a que du gazon. Et on voit très bien pourquoi ces chevaux sont adaptés au turf, malheureusement nous n’avons pas l’opportunité de les faire s’exprimer sur cette surface ici. Nous aimerions vraiment avoir des courses sur le turf à Delaware Park. »

Édition  Lauréat (Pays de naissance) Ancêtres français à trois générations
2017  PADDY’S DAY (US) Deux sur huit
Burning Sand (US) & AK Loretta (US), par Virgule Al Maury (FR)
2016 PADDY’S DAY (US) -
2015 PADDY’S DAY (US) -
2014 VALIANT BOY (FR) Six sur huit
Darweesh (GB) & Thumb Print (FR), par Barour de Cardonne (FR)
2013 SO BIG IS BETTER (US) Zéro sur huit
Burning Sand (US) & WW Mirror Image (US), par ZT Ali Baba (US)
2012 VALIANT BOY (FR) Six sur huit
Darweesh (GB) & Thumb Print (FR), par Barour de Cardonne (FR)
2011 TM FRED TEXAS (US) Trois sur huit
Burning Sand (US) & Queen Kong (US), par Kong (FR)
2010 SAND WITCHH (US) Quatre sur huit
Burning Sand (US) & Tornade du Loup (FR), par Tornado de Syrah (FR)
2009 SAND WITCHH (US) -
2008 THOROUGHBRED (US) Quatre sur huit
TC Tomtyr (US) & Vanessa du Loup (FR), par Manganate (FR)
2007 FRYVOLOUS (US) Trois sur huit
Dormane (FR) & Fryga (US), par Wielki Raz (US)
2006 MD BLUE CHIP (US) Zéro sur huit
Patriot Missle (US) & Valours Golly G (US), par By Golly (US)
2005 TH RICHIE (US) Quatre sur huit
Câlin du Loup (FR) & Char Rich Louise (US), par ZT Ali Baba (US)
2004 DA ADIOS (US) Zéro sur huit
Wiking (US) & Sanibel IA (US), par Samtyr (US)
2003 RW COUNTRY GENT (US) Zéro sur huit
Wiking (US) & Dunasamba (US), par Dunajec (US)
Wiking (US) & Dunasamba (US), (Dunajec (US)