LE MAGAZINE - La réussite des croisements franco-américains

29.03.2019

LE MAGAZINE - La réussite des croisements franco-américains

En 2018, pour la première fois, le meilleur 3ans français est issu d’un étalon américain. Marid est en effet un fils de TM Fred Texas. Depuis Munjiz, meilleur 4ans de la saison 2005, aucun cheval issu d’un géniteur né aux États-Unis n’avait dominé sa génération en France. [PARTIE 2 SUR 2]

Emmanuel Cessac, du haras de Thouars, nous a expliqué : « On voit bien l’intérêt de la rencontre de deux sangs différents, comme celui d’Amer avec les lignées françaises, qui peut générer de très bons résultats. Mais dans le contexte actuel, il n’existe pas beaucoup de solutions pour apporter de la nouveauté. Le sang américain est l’une de ces rares opportunités. En outre, c’est un apport appréciable de vitesse et de précocité. C’est l’une des raisons pour lesquelles le haras de Thouars accueille en son sein des étalons comme Aim South (Burning Sand) ou TM Fred Texas (Burning Sand). Nous distribuons aussi la semence de Big Easy (Burning Sand) et RB Burn (Majd Al Arab). La réussite des premiers produits de TM Fred Texas est remarquable et très encourageante. On aurait pu croire que ce cheval de dirt ne donnerait pas des chevaux de gazon. Or ce n’est pas le cas, ses produits connaissent une belle réussite sur le gazon, à commencer par Marid (TM Fred Texas), le meilleur 3ans de sa génération dans le monde en 2018. On voit aussi que le sang américain a été important dans l’histoire de l’élevage des pur-sang anglais et des trotteurs. »

La vitesse de Burning Sand. Todd Moak est l’éleveur de plusieurs chevaux bien connus en France, comme TM Fred Texas (Burning Sand sur une mère trois quarts française) ou TM Thunder Struck (Majd Al Arab x Burning Sand x ZT Ali Baba). Le premier nommé a remporté ses trois Grs1 PA sur le dirt – un à Meydan et deux aux États-Unis – mais il avait aussi montré une réelle aisance sur le gazon en échouant de peu pour la victoire dans la Qatar Cup - Prix Dragon (Gr1 PA) en France. TM Thunder Struck, deux fois troisième du Prix Dragon, s’est classé deuxième de la Dubai Kahayla Classic (Gr1 PA) sur le dirt de Meydan. Au Qatar, sur le gazon, il a gagné le Qatar National Day Trophy (Gr2 PA) et la Qatar International Cup (Gr1 PA). Todd Moak est aussi le propriétaire de l’étalon Burning Sand – un chef de race américain qui domine encore et toujours les courses de ce pays –  et il nous a expliqué : « Burning Sand transmet très fréquemment son mental de gagneur et un bon caractère. Mais aussi de la vitesse, aussi bien sur les courtes distances que les longues. Je l’ai utilisé avec succès sur des juments purement françaises ou issues de sang français. Son pedigree est outcross avec celui de beaucoup de juments. Je ne pense pas que l’on puisse dire que je suis un éleveur orienté sur le dirt. Simplement, il y a tellement peu de courses sur le gazon aux États-Unis qu’il est impossible de connaître l’aptitude des chevaux avant qu’ils ne soient exportés vers des pays où ils auront la possibilité de se produire sur cette surface. Les produits de Burning Sand aiment la compétition, aussi je ne suis pas surpris qu’ils se comportent bien sur n’importe quelle surface. J’essaye de mélanger les meilleurs sangs possible afin de produire des chevaux pour les grandes épreuves, aux États-Unis et dans le monde. La plupart de nos courses sont sur 1.600m ou moins. Mais les descendants de Burning Sand ont prouvé leur capacité à aller au-delà. Je ne sais pas si on peut faire des généralités sur la précocité de l’ensemble des chevaux américains. Cela dépend aussi des objectifs des propriétaires et des entraîneurs. Pour réussir aux États-Unis, il faut de la vitesse, des capacités athlétiques et une bonne préparation. Ce dernier point, surtout s’il est réalisé par des professionnels d’expérience, est de la plus haute importance. Avec les filles de Burning Sand, j’utilise Majd Al Arab – comme dans le cas de TM Thunder Struck. Il faut souligner qu’elles produisent de bons chevaux partout à travers le monde, avec des étalons issus de pedigrees très différents. Ce n’est pas rien ! Plus récemment, TM Fred Texas prouve, grâce à sa réussite, qu’il représente l’avenir de cette lignée mâle. »

L’influence française aux États-Unis. Dianne Waldron est l’éleveur de plusieurs chevaux qui ont brillé à l’international, sur le gazon. C’est le cas de Fryvolous (Dormane sur une mère américaine), gagnant de deux Grs1 dans son pays de naissance, puis de la Dubai Kahayla Classic sur le dirt de Nad Al Sheba et la National Day Cup (Grs1 PA) sur le gazon d'Abu Dhabi. C'est aussi celui de Rb Burn (Majd Al Arab), lauréat de son maiden aux États-Unis avant de briller en France chez Élisabeth Bernard, se classant deuxième de Muraaqib (Munjiz) dans le Qatar Total Arabian Trophy des Poulains (Gr1 PA) à Saint-Cloud. Envoyé aux Émirats Arabes Unis, il a remporté, sous l'entraînement d'Éric Lemartinel, la course la plus richement dotée (1.200.000 €) au monde pour les arabes purs, à Abu Dhabi, la cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Gr1 PA), en 2016, avant d'être distancé à la deuxième place pour interférence dans cette même épreuve l'an passé, aux dépens de Muraaqib. RB Torch (TH Richie) a remporté la Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Day Cup (Gr3 PA) sur le gazon d’Abu Dhabi. Sur le dirt de Meydan, il a gagné le Bani Yas (Gr2 PA). Dianne Waldron nous a confié : « Je pense que la vitesse est le principal apport que les chevaux américains peuvent transmettre à l’élevage européen. C’est un croisement qui marche très bien. J’ai obtenu de nombreux succès en croisant la tenue des chevaux français avec l’énergie des lignées américaines. De même je suis persuadé qu’il est plus facile, et plus naturel, de passer du dirt au turf que l’inverse. Mon élevage a pour ambition de produire l’excellence et cela surpasse l’ensemble des autres considérations relatives à ces activités. Mes élèves ont connu une réussite égale sur le dirt et sur le gazon à l’international. Aussi, je n’élève pas forcément pour courir aux États-Unis ou ailleurs dans le monde : j’élève pour produire des gagnants, c’est-à-dire des athlètes complets, avec de la vitesse. L’élevage américain est très largement dominé par le croisement de Burning Sand sur les juments locales. C’est plus le fait du hasard que le résultat d’un grand dessein. Mon objectif est d’obtenir des chevaux dotés de vitesse, mais capables d’aller sur 1.600m et au-delà. Et s’ils ont beaucoup de vitesse, ils peuvent aussi gagner sur 1.200m. Pour réussir aux États-Unis, un cheval doit posséder les mêmes qualités qu’ailleurs. Beaucoup de nos courses sont sur 1.200m et, dès lors, la capacité à sprinter est importante. Mais les grandes épreuves sont sur des distances plus longues. Nous voulons tous, comme je le disais précédemment, produire des sujets capables de faire durer leur vitesse. Les lignées françaises ont beaucoup influencé l’élevage américain. Mes meilleurs chevaux étaient issus de croisements avec du sang français, lesquels permettent d’aller sur le dirt comme sur le turf. »