Le Prix Rose de Mai de Phocéene, une édition qui compte double

Courses / 12.03.2019

Le Prix Rose de Mai de Phocéene, une édition qui compte double

Ce dimanche, Phocéene a remporté le Prix Rose de Mai (L) en laissant une très belle impression, posant ainsi un premier jalon vers les classiques. Nous vous proposons de revenir sur sa genèse, une histoire où tout le monde gagne (deux fois).

Par Adrien Cugnasse

Il s’agit de la deuxième victoire de Frédéric Rossi dans le Prix Rose de Mai (L). La première remonte en 2012, avec La Peinture (Muhtathir). Autre temps, autre mœurs, cette pouliche avait rejoint une écurie cantilienne à mi-saison, alors que l’avenir de Phocéene (Olympic Glory) se dessine bel et bien chez le Marseillais. Frédéric Rossi a déclaré dimanche : « Elle devrait aller sur le Prix Pénélope (Gr3) et nous verrons ensuite si elle peut aller sur le Prix de Diane (Gr1). Mais je pense que c'est une bonne pouliche. Phocéene ne dispose pas d'engagements classiques, mais les supplémentations existent ! »

Olympic Glory voit double. Avec Phocéene et Grand Glory (Olympic Glory), Olympic Glory (Choisir) a décroché deux black types supplémentaires. En 2019, l’étalon du haras de Bouquetot est pour le moment le seul second crop sire européen avec deux produits ayant pris du caractère gras. En tenant compte de la saison 2018, il compte déjà cinq black types. Selon ce critère, il est dans le top cinq européen des sires ayant leurs premiers 3ans en piste, à égalité avec son voisin de box Toronado (High Chaparral). Nous sommes remontés aussi loin que possible dans le palmarès du Prix Rose de Mai. Et depuis 1989, aucun étalon n’avait donné les deux premiers de cette épreuve. Quatre de ses cinq black types issus d’Olympic Glory ont pour père de mère un vecteur de tenue. C’est le cas de Phocéene (mère par Helissio) mais également de Watch Me (mère par Galileo), Got Wind (mère par Dubai Destination) et Grand Glory (mère par Daylami).

La joie de deux éleveurs. Élise Drouet, coéleveur de Phocéene, nous a expliqué : « Ce fut vraiment un grand moment. Elle fait partie des premiers chevaux élevés pour notre compte au domaine de l'Étang. Phocéene a été élevée en association avec le haras du Mâ, qui a gardé la pouliche, alors que nous avons conservé la mère. Le produit suivant a donc été élevé par David Salmon et moi-même. Il se nomme Ocean Slew (Galiway) et il est à l’entraînement chez Fabrice Chappet pour le compte de Guy Pariente. Atlantic Slew est une grande et belle jument. Elle a été saillie par Doctor Dino (Muhtathir) en 2018 et va revenir à ce même étalon cette année. C’est un sire que nous aimons beaucoup et qui prouve chaque jour un peu plus sa valeur. » Pascale Menard, l’autre coéleveur de Phocéene, nous a confié : « Si on mise sur la qualité, en s’entourant bien, on peut obtenir des résultats. C'est une famille O'Reilly que j’ai toujours suivie et appréciée. J’avais déjà pu y entrer, par la petite porte, en achetant Algoa (Common Grounds), pleine de Mambia (Aldebaran), future lauréate du Prix du Calvados (Gr3). Ceci étant dit, Algoa et Atlantic Slew sont deux juments différentes. La première est petite alors que la deuxième est grande et costaud. J’ai choisi de la croiser avec Olympic Glory (Choisir) car c’est un bon et beau cheval, avec une belle locomotion, un vrai palmarès et un prix de saillie correct. Nous n’avions pas ce type de reproducteur il y a encore quelques années en France, alors autant en profiter. Je voulais apporter un peu de vitesse et de précocité à cette famille qui en a besoin, sans totalement faire une croix sur sa tenue. Lors de son passage à la vente d’août, où elle était présentée par le haras du Cadran, Phocéene avait la chance d’avoir un frère black type avec Phocéen (Myboycharlie). Les deux ont été acquis par Paul Nataf pour le compte de Kamel Chehboub et je souhaite les remercier pour leur fidélité. Ces deux chevaux ont eu la chance d’arriver entre de bonnes mains avant d’être confiés à de bons entraîneurs, Fabrice Chappet et Frédéric Rossi. Phocéene est une pouliche dotée d’un modèle imposant qui s’exprime bien sur un hippodrome comme Saint-Cloud où elle a de la place pour galoper. »

La dernière génération du haras du Mâ. Pascale Menard poursuit : « Sa victoire compte d’autant plus qu’elle est issue de la dernière génération née au haras du Mâ,  avant que nous le vendions, et préalablement au départ de la jument chez Élise Drouet. La marque "du Mâ" existe donc toujours d’un point de vue économique, mais plus en tant que structure. Étant à présent éleveur hors sol, j’ai fortement réduit mon effectif. Atlantic Slew avait parfois des difficultés à prendre. Il faut faire des choix et j’ai décidé de la céder au domaine de l'Étang. Pour garder un lien avec cette lignée, je suis associé sur le produit à naître de Dreamtic (Hernando), la sœur de Phocéene, et de The Grey Gatsby (Mastercraftsman). Si Phocéene venait à confirmer au niveau classique, l’histoire serait belle. J’espère que cela incitera plus de gens de la région de Marseille à investir dans les courses. C’est une région de passionnés. Et le rêve, c’est le moteur de la passion. »

Le coup de deux de Paul Nataf. Deux des meilleurs chevaux acquis par Paul Nataf ces dernières années – les classiques Lawman et Latice – sont issus de souches O'Reilly… comme Phocéene. Cette dernière avait fait monter les enchères jusqu’à 47.000 €. En août 2017, le courtier avait acquis six yearlings, dont la lauréate du Prix Rose de Mai (L) et We Go (No Nay Never), troisième du Darley Prix de Cabourg (Gr3), qui prend la route du Prix Djebel (Gr3). Paul Nataf nous a expliqué : « Le jour où j’ai inspecté Phocéene, j’avais noté sur mon catalogue "Alezane clair. Grande pouliche. Très profonde. Beau passage de sangle. Marche bien". Je n’ai jamais eu peur d’acheter des chevaux de grande taille. Et le fait d’avoir acquis avant elle son frère Phocéen (Myboycharlie), deuxième du Prix Maurice Caillault et troisième du Prix de Suresnes (Ls), était bien sûr un vrai plus. Dans cette souche, j’avais aussi acheté Anco Marzio (American Post), qui était monté en valeur 45, pour le compte de messieurs Ciampi et Laboureau. L’histoire autour de Phocéene est belle. Si elle va jusqu’au Diane, elle sera grande. C’est une récompense de plus pour Kamel Chehboub qui est actuellement deuxième au classement provisoire des propriétaires. Il n’a jamais nourri de complexes lorsqu’il avait Spirit One (Anabaa Blue), allant jusqu’aux États-Unis pour gagner son Gr1. Et si Phocéene poursuit sa progression, il n’aura probablement pas non plus peur de la supplémenter dans le Prix de Diane. Ce genre de belles histoires, cela donne de l’espoir à beaucoup de gens. Pour 50.000 € ou moins, on peut trouver des bons chevaux. Mais il ne faut nourrir aucun complexe, que ce soit au niveau des achats ou des engagements, mais aussi des choix d’entraîneurs et de jockeys. »