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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Didier Guillemin, en pleine ascension et sur tous les fronts

Courses / 11.03.2019

Didier Guillemin, en pleine ascension et sur tous les fronts

Sur la dernière décennie, la progression de Didier Guillemin est aussi spectaculaire que constante. En 2009, le Montois avait couru 61 chevaux pour 33 victoires et 794.843 € de gains. Dix saisons plus tard, en 2018, cet ancien jockey a fait courir 101 sujets pour 87 victoires et 2.184.933 € de gains. Didier Guillemin, c’est en quelque sorte le secret le mieux gardé du Sud-Ouest…

Par Adrien Cugnasse

À défaut d’avoir les faveurs des plus grandes casaques internationales, Didier Guillemin a celle des leaders du Sud-Ouest comme Renée-Laure Koch chez les pur-sang arabes, le haras du Bosquet et Francis Montauban pour les anglo-arabes, Mathieu Daguzan-Garros chez les pur-sang anglais… Ses statistiques sont excellentes. Dans le top 15 français, il présente le troisième meilleur taux de victoire par pensionnaire. Mais surtout, c’est lui qui domine, parmi les 15 premiers, selon le taux de victoire par partant. Et cette donnée n’a pas échappé à des casaques autres que régionales qui sont arrivées plus ou moins récemment dans l’effectif du Montois (comme Jean-Pierre Dubois, Guy Pariente cette année, le haras d’Étreham, Guillaume de Saint-Seine, Thierry Delègue, Newsells Park Stud, Gérard Augustin-Normand, l’écurie des Monceaux, Alain Jathière, l’écurie Ades Hazan…).

Peu de grands pedigrees chez les pur-sang. Pourtant, ce n’est que très progressivement et très récemment que Didier Guillemin a eu accès à des pedigrees « à la mode ». Parmi ses 16 derniers lauréats d’épreuves black-types en plat, 14 étaient issus d’étalons officiant entre 1.000 et 4.000 € lors de leur dernière saison de monte, dont 11 à 3.000 € ou moins. The Right Man (Lope de Vega) est la dernière exception. Acheté 32.000 € en octobre 2013 par Thierry Delègue, il a gagné l’Al Quoz Sprint (Gr1) et le Prix de Seine-et-Oise (Gr3) à deux reprises. Son père officie à 80.000 €. L’autre exception est aussi un achat de Thierry Delègue. Sagaroi (King’s Best), acquis 23.000 € en octobre 2014, a gagné le Derby du Midi (L). Son père faisait la monte à 12.000 € avant de partir au Japon. Même s’il a déjà gagné un Classique – la Poule d’Essai des Poulains – et sorti cinq pur-sang anglais black types l’année dernière, parmi les cinq chevaux les plus riches de Didier Guillemin en 2018, on trouve deux anglo-arabes, dont la championne Genmoss (Gentlewave) et un pur-sang arabe, le double placé de Gr1 PA Deryan (Mahabb). Pour accéder à la liste complète des 2ans de Didier Guillemin au 8 mars, cliquer ici https://docs.google.com/spreadsheets/d/1PO3jafTbwVRKOSTsYPjsibVXCuVkWuJ8GNS_vfmkm_0/edit?usp=sharing

Pas qu’en entraîneur de 2ans. Didier Guillemin a la réputation d’être un entraîneur de 2ans et il est vrai que, chaque saison, il obtient beaucoup de victoires avec cette catégorie. Mais le cantonner aux sujets précoces serait réducteur. Il sait aussi faire avec les races plus tardives, comme les pur-sang arabes et les anglo-arabes, qui ne courent pas à 2ans et avec lesquels il fait partie des tout meilleurs metteurs au point. C’est aussi un entraîneur qui fabrique des sauteurs. En 2018, il a remporté 16 victoires sur les obstacles avec 15 chevaux différents ! Enfin, ses deux gagnants de Gr1 – Tin Horse et The Right Man – étaient respectivement âgés de 3 et 5ans lors de leur plus belle victoire. À l’âge de 7ans, le sprinter est encore d’attaque et il était compétitif au niveau black type en 2018. Deuxième des Prix Jean-Luc Lagardère et Morny (Grs1), Tin Horse a gagné son dernier Groupe à l’âge de 4ans. 

Avoir des chevaux bien mis. Au sujet de ses victoires tous azimuts – plat, obstacle, pur-sang anglais, pur-sang arabes et anglo-arabes – Didier Guillemin explique : « Chaque cheval est différent, chaque cheval a ses qualités et sa discipline de prédilection. Il faut s’adapter, trouver des repères avec chaque type. Et c’est aussi très important d’avoir une bonne équipe, fidèle et efficace. La clé de la réussite, c’est d’avoir des chevaux bien mis. Quand le cheval est maniable et quand il sait ce qu’on lui demande, vous gagnez des longueurs dans un parcours. Une course se gagne aussi à l’entraînement. En montant un 2ans, un jockey doit avoir l’impression d’être sur un vieux cheval. C’est encore un peu tôt pour évaluer mon lot de 2ans. Ils sont déjà bien au travail mais c’est surtout leur capacité de progression qui va faire la différence. De mon point de vue, en ce qui concerne la précocité, les origines sont intéressantes, mais c’est surtout une question d’individu, de morphologie… Cela étant dit, j’aime bien former les jeunes chevaux car c’est là que l’entraînement peut vraiment apporter le plus. Les poulains vous disent rapidement s’ils sont aptes ou non à courir à 2ans. Il faut simplement les écouter. Chaque saison, j’en ai un certain nombre qui ne courent pas à 2ans. » La semaine dernière, Didier Guillemin nous a aussi confié : « Aux côtés de certains clients fidèles, j’ai la chance d’accueillir de nouvelles casaques. M. Pariente m’a par exemple envoyé pour la première fois des poulains cette année. M. Pilarski fait aussi partie des nouveaux venus. C’est un très bon propriétaire et des clients comme lui, c’est vraiment parfait pour travailler. » Les entraîneurs de Mont-de-Marsan sont nombreux à avoir gagné des Groupes ces dernières années – Antoine de Watrigant, Bruno de Montzey, Philippe Sogorb, Xavier Thomas-Demeaulte… – et Didier Guillemin explique : « Nous avons un bon outil de travail, que ce soit au niveau des pistes d’entraînement ou des gazons. L’équipe d’entretien fait le maximum pour nous faciliter la vie. L’ambiance y est aussi très bonne. Jean-Pierre Capitaine, le président, n’hésite pas à mettre en avant notre réussite. Avec des pistes bien entretenues et bien arrosées, on ne casse pas les bons chevaux. Cela donne confiance aux clients. »

Photo : Didier Guillemin, ancien jockey, n’hésite pas à monter ses meilleurs pensionnaires à l’entraînement. Ici le classique Tin Horse. 

NOS CINQ COUPS DE CŒUR

N (F2)

Showcasing & Coyote par Indian Ridge

Propriétaires : écurie des Monceaux & Langlais Bloodstock

Éleveur : Crimbourne Bloodstock

Acquise 105.000 Gns à Tattersalls, cette pouliche n’a pas encore été nommée. Bien que fille de Showcasing (Oasis Dream), sa conformation et son origine maternelle sont pas celles d’une ultra-précoce. Sa mère, Coyote (Indian Ridge), est placée de Listed sur 1.600m à 3ans et elle a déjà donné trois black types. Oh Goodness Me (Galileo), deux fois placée de Listed à 2ans, s’est ensuite classée troisième des 1.000 Guinées d’Irlande (Gr1). Eradicate (Montjeu) n’a pas couru à 2ans et c’est à 4ans qu’il s’est classé troisième du Prix Gontaut-Biron (Gr3). Enfin, Colima (Authorized) a remporté sa seule sortie à 2ans et elle s’est classée deuxième des Oaks Trial Stakes (L) à 3ans. Au haras, Colima a déjà produit Brimham Rocks (Fastnet Rock), deuxième de The Heineken Metropolitan (Gr1) à 4ans.

SHINOBI (M2)

Kodiac & Silent Ninja, par Montjeu

Propriétaire : En instance

Éleveurs : écurie des Monceaux & écurie Skymarc Farm

Didier Guillemin était sous-enchérisseur sur ce poulain, qui a finalement été acheté 62.000 € par Nicolas Lefevre, en octobre à Deauville. Le courtier a ensuite monté un syndicat composé de l’entraîneur, mais aussi de Nicolas de Chambure, Jean-Louis Valérien-Perrin, Jacques Bacot, Karim Mezani et Guillaume de Saint-Seine. Shinobi (Kodiac) est le produit d’une mère qui n’a pas gagné et dont le premier poulain vu en piste n’a pas fait d’étincelles. Mais, en bon fils de Kodiac (Danehill), un roi de la précocité en Europe, Shinobi était un yearling qui semblait capable de devenir un bon 2ans. Farfala (Linamix), la deuxième mère, était une bonne 3ans, notamment troisième du Prix Cléopâtre (Gr3). Elle a donné trois black types, dont Under the Rainbow (Fantastic Light), gagnant de Listed à 2ans sur 2.000m, et Starfala (Galileo), deuxième des Park Hill Stakes (Gr2) à 4ans. Il s’agit d’une bonne famille Lagardère (Fragrant Mix, Alpine Rose…).

SALERNE (F2)

Charm Spirit & Salicorne, par Aragorn

Propriétaire : Jean-Pierre Dubois

Éleveur : Jean-Pierre Dubois

Rachetée 120.000 Gns à Tattersalls, Salerne (Charm Spirit) est la sœur de deux gagnants, dont Santi del Mare (Lope de Vega). Au mois d’octobre de ses 2ans, ce dernier s’est imposé dans un bon style pour ses premiers pas à Marseille-Borély. Il n’a pas encore été revu en compétition. La deuxième mère, Soignée (Dashing Blade), a produit la championne Stacelita (Monsun). Cette élève de Jean-Pierre Dubois a gagné les Prix Jean Romanet, Saint-Alary, de Diane et Vermeille, mais également les Beverly D Stakes, l’Arlington International et les Flower Bowl Invitational Stakes (Grs1). Stacelita a réalisé de grands débuts au haras en donnant Soul Stirring (Frankel), gagnante des Hanshin Juvenile Fillies Stakes et des Oaks du Japon (Grs1). Il s’agit de la très grande famille de Schwarzgold (Alchimist), une des onze femelles ayant gagné le Derby allemand depuis 1896. Cette dernière est également l’ancêtre d’Olmedo (Poule d’Essai des Poulains), autre élève de Jean-Pierre Dubois, de Sagace (Prix de l’Arc de Triomphe), de Slip Anchor (Derby d’Epsom), de Steinlen (quatre Grs1 dont la Breeders’ Cup Mile)…

SARRIYA (F2)

Kendargent & Cherriya, par Montjeu

Propriétaire & éleveur : Guy Pariente

Sarriya (Kendargent) est la propre sœur de deux bonnes pouliches. Kenriya (Kendargent), avait débuté à 3ans et elle s’était classée deuxième du Prix de la Grotte (Gr3), entre Qemah (Danehill Dancer) et Antonoe (First Defence). Elle a ensuite été vendue aux États-Unis. Cheshmeh (Kendargent), vendue 150.000 € en août 2016, s’est classée troisième du Diana-Trial (Gr2), une préparatoire au Prix de Diane allemand. Issue du même croisement, Kenriyana (Kendargent) est à l’entraînement chez Henri-François Devin. La deuxième mère est une sœur de Cherry Mix (Linamix), gagnant au mois de septembre de ses 2ans, mais qui a pris son envol à partir de l’année suivante. Au cours de sa longue carrière, il a remporté le Gran Premio del Jockey Club e Coppa d’Oro (Gr1), le Premio Roma (Gr1), le Rheinland-Pokal der Sparkasse KölnBonn (Gr1) et le Grand Prix de Deauville (Gr.2). Il s’est aussi classé deuxième du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).

VENI VIDI VICI (F2)

Intello & Vermentina, par Darshaan

Propriétaire : écurie La Boétie

Éleveur : écurie La Boétie & Christopher Hogg

 

Cette pouliche au nom très prometteur n’est pas née pour être précoce, tant du côté paternel, que du côté maternel. Son père, Intello (Galileo), avait ses premiers 3ans en piste en 2018 et ses statistiques le placent dans le trio de tête des second crop sires (13 black types, 6 % de black types par partant). Sa mère, Vermentina (Darshaan), n’a pas couru. Elle a déjà trois partants, dont un seul gagnant. Il s’agit de Verema (Barathea), une pensionnaire d’Alain de Royer Dupré. Après avoir débuté au mois de mai de ses 3ans, cette dernière était venue en progression se forger un palmarès riche de trois Groupes, les Prix Maurice de Nieuil (Gr2), Kergorlay (Gr2) et de Lutèce (Gr3). La deuxième mère, Verava (Kahyasi), a gagné le Prix de Diane (Gr1). Quatre de ses 11 produits ont gagné, dont Virana (King’s Best), troisième du Prix Occitanie (L). C’est la famille de Valanour (Grand Prix de Paris et Prix Ganay, Grs1).