Maxime Tissier, un Frenchie à la conquête de l’obstacle anglais

International / 02.03.2019

Maxime Tissier, un Frenchie à la conquête de l’obstacle anglais

Maxime Tissier, un Frenchie à la conquête de l’obstacle anglais

Jockey d’obstacle français, Maxime Tissier est parti à la découverte de l’Angleterre il y a trois ans, chez Lucy Wadham à Newmarket. Après Joffret Huet, il est seulement le deuxième pilote à oser tenter sa chance pour faire carrière outre-Manche. Au cours d’un entretien sympathique, il nous a raconté sa nouvelle vie, les différences entre les courses et l’entraînement avec la France et ses objectifs pour 2019.

Par Christopher Galmiche

Au fil des mois, Maxime Tissier a décroché plusieurs victoires dans un univers hyper concurrentiel. Le 18 février à Lingfield, il a enlevé le Surrey National Handicap Chase avec Le Rêve (Milan), un cheval qui a participé au Grand National (Gr3).

Jour de Galop. - Pourquoi êtes-vous parti en Angleterre en tant que jockey d’obstacle ?

Maxime Tissier. - Avant de partir en France, je ne montais pas énormément et l’Angleterre m’a toujours tenté. Je m’étais dit que je partirais un an pour voir, même sans monter en courses. Finalement, au bout de trois mois, ma patronne Lucy Wadham m’a proposé de monter en course. J’ai dû prendre ma licence anglaise. Dès ma première saison, j’ai monté deux gagnants. Maintenant, cela fait trois ans que je suis en Angleterre et je n’ai plus envie de partir !

Qu’est-ce qui vous plaît en Angleterre ?

La vie est agréable et l’ambiance des écuries est complètement différente tout comme la façon de travailler des Anglais. En France, nous sommes dans le rush avec les chevaux, alors que pour les Anglais, à 6ans, ils sont encore des bébés. Ils prennent leur temps et les laissent mûrir. Si le cheval ne court pas tout de suite, il courra un an plus tard, ce n’est pas grave. Lucy Wadham a vraiment pris son temps avec moi car lorsque je suis arrivé je ne parlais quasiment pas anglais. J’ai une qualité de relation avec ma patronne que je n’avais jusqu’alors jamais connue.

Comment fonctionne l’entraînement ?

Les chevaux sautent beaucoup moins le matin qu’en France. En Angleterre, on saute une fois dans le mois, six haies ou six fences et c’est tout ! Ensuite, nous travaillons sur le plat, en fractionné. Même les chevaux d’obstacle qui courent 4.000m s’entraînent lors de canters de 1.000 ou 1.200m en montée. Ils vont en faire deux et voilà. Quelques entraîneurs commencent à travailler en fractionné en France également.

En matière de rythme, l’Angleterre est aussi assez différente…

Les courses y sont complètement l’opposé des françaises où l’on part lentement pour finir vite. En Angleterre, c’est sélectif. Mais déjà, les hippodromes sont différents. En France, ce ne sont que des pistes plates. En Angleterre, c’est vallonné, ça monte et ça descend et l’on part tout de suite dans la bonne foulée. C’est moins tactique. Il faut avoir de la vitesse et de la tenue. Les claies sont différentes, car il faut toucher fort pour que ça tombe. Les fences sont gros et il faut vraiment les respecter. Mais vu la manière de travailler, en montée, les chevaux sont endurcis. En revanche, ils courent beaucoup moins, car la saison dure entre six et sept mois et ils vont courir entre six et sept fois. Ils prennent des courses dures à chaque fois.

Avez-vous déjà des souvenirs marquants depuis votre installation en Angleterre ?

Le jour où je suis arrivé à l’écurie, Le Rêve (Milan) courait un Gr3 et il avait fini deuxième. Il fait partie des murs ici d’autant qu’il a participé au Grand National (Gr3). En arrivant là-bas, jamais je n’aurais pensé que j’allais le monter en course. Après le Grand National, il a perdu un peu confiance et ma patronne m’a engagé dans une course où il y avait besoin de mettre la décharge. Étant donné que je m’en occupais le matin et que ça se passait bien, elle m’a mis dessus. Cela s’est vraiment bien passé. Il a repris confiance en lui. C’était vraiment agréable de gagner le Surrey National Handicap Chase à Lingfield avec lui. J’ai eu d’autres victoires sympathiques comme la première. C’était ma deuxième monte en Angleterre avec Banjo Girl (Presenting) à Fakenham. Je devais aller devant et je m’y suis mis pour faire le même train qu’en France, mais ils m’ont engueulé ! De ce fait, j’ai été à fond devant, j’avais gagné facilement, mais la jument est bonne. J’ai eu ma licence, j’ai débuté rapidement après et j’ai gagné tout aussi vite ! J’ai eu également la chance que ma patronne me fasse confiance et me mette sur de bons chevaux.

Est-ce que cela n’a pas été trop dur d’être le seul Français dans le vestiaire ?

Le matin, il y a pas mal de Français à Newmarket, mais dans les vestiaires, je suis le seul. Au début, c’était comme lorsque les Anglais viennent monter en France : on les regarde sans leur parler. Ce n’est pas que l’on n’en a pas envie, mais il y a la question de la langue. Mais je vais facilement vers les gens et je connaissais quelques jockeys avec lesquels je sautais le matin. Au fil des gagnants, les autres jockeys se sont intéressés à moi et maintenant, je me sens un peu comme à la maison. Ils n’ont juste pas voulu que je rentre dans les vestiaires après la victoire de la France en Coupe du Monde, mais c’est tout (rires) !

Vous êtes-vous fixé des objectifs pour les prochains mois ?

J’aimerais bien essayer de gagner une Listed cette saison. Je suis deuxième à ce niveau en fin d’année et j’aimerais bien en remporter une. Mais il faut les montes pour, car nous sommes une petite écurie qui a entre 30 et 40 chevaux. Nous avons de bons éléments, mais nous nous partageons les montes avec notre premier jockey Leighton Aspell. J’avais 3,5 kg de décharge, dorénavant, je n’en ai plus que 2,5 et j’aimerais finir l’année avec juste 1,5. Je dois encore faire 19 gagnants pour cela. C’est mon objectif. Pour perdre sa décharge en Angleterre, il faut un peu moins d’une centaine de gagnants. D’une manière générale, le code des courses est très strict. Vous êtes surveillé dès l’arrivée sur l’hippodrome. Nous n’avons pas droit au téléphone portable dans les vestiaires. Il y a un coin pour téléphoner, mais juste à l’entourage des chevaux. Si on se fait prendre en train de jouer aux courses, c’est entre 5 et 25 ans de suspension. Pour la cravache aussi, c’est très surveillé.

Il y a également un sponsoring plus important…

Il y a effectivement des sponsors pour les jockeys. Dès que nous prenons notre licence, nous sommes soutenus par Stobart, un groupe logistique, qui sponsorise tous les jockeys. Ils fournissent les breeches et une assurance. Beaucoup de jockeys ont leurs propres sponsors comme des marques de voiture. Toutes les courses sont diffusées en Angleterre et c’est très médiatisé. C’est vraiment considéré comme un sport ici.

Y a-t-il vraiment du monde sur des petits champs de courses en semaine ?

Oui, c’est d’ailleurs impressionnant. Je montais dernièrement à Fakenham qui doit faire la taille de Paray-le-Monial. Pourtant, même en semaine, pour un petit hippodrome, il doit y avoir facilement 1.000 personnes. Pour les week-ends, on dirait que c’est l’Arc de Triomphe ! L’ambiance n’est pas la même. Les gens y vont pour déconner, boire un coup, jouer un cheval… C’est vraiment détendu malgré le prix de l’entrée. Ils viennent pour s’amuser. En été, il y a beaucoup de réunions avec un concert après les courses. Ils font vraiment bien les choses. Je ne me suis jamais vu aller aux courses sans qu’il y ait du monde.

Quel a été votre parcours avant de venir en Angleterre ?

J’ai commencé à l’Afasec chez Stéphane Wattel. J’y ai fait trois ans d’apprentissage, mais j’étais trop lourd pour monter en plat. Je suis parti chez Yves Lalleman, qui avait des chevaux d’obstacle. Je n’ai pas pu monter pour lui car il nous a quittés. Yann Barberot a repris l’écurie et je suis resté chez lui. Ensuite, je suis parti à Saint-Voir au moment où Augustin Adeline de Boisbrunet y était. J’ai débuté en obstacle et j’ai monté quelques gagnants pour lui. Ensuite, je suis parti chez Emmanuel Clayeux, avec lequel j’ai vraiment appris, puis j’ai décidé d’aller en Angleterre, où tout le monde parle des courses d’obstacle, ne serait-ce qu’à travers le Festival de Cheltenham.