TOUR DE COUR DU TOP 10 FRANÇAIS - Les entraîneurs français préparent 2019

29.03.2019

TOUR DE COUR DU TOP 10 FRANÇAIS - Les entraîneurs français préparent 2019

Pas moins de trente-cinq entraîneurs ont décroché au moins une allocation dans une course pour pur-sang arabes lors de la saison 2018 en France. Nous vous proposons d’aller à la rencontre de cinq des dix premiers du classement de la saison passée selon les gains dans l’Hexagone. Retrouvez la suite dans notre prochaine édition. [Partie 1 sur 2]

ÉLISABETH BERNARD [La Teste-de-Buch]

L’année 2018 a été plus calme que d’habitude, malgré quelques éclairs de classe. Avec un effectif renouvelé, la saison 2019 sera celle du rebond.

The French Purebred Arabian. – L’année écoulée a-t-elle été plus compliquée pour vous ?

Élisabeth Bernard. – Dès le mois de mars, je savais que je n’avais pas grand-chose dans les boxes. Mais un miracle s’est produit avec un 3ans, Fettah du Loup (Kerbella), qui a gagné le Prix Tidjani (Gr3 PA). Ensuite Hajres (Nizam) s’est imposé dans le Prix Dormane (Gr3 PA).  Cela m’a fait du bien au moral, mais hormis ces deux victoires, rien.

Cette saison s’annonce-t-elle sous de meilleurs auspices ?

C’est un miracle d’avoir des boxes pleins après une année catastrophique. J’ai certes perdu quelques propriétaires et c’est quelque chose de frustrant, surtout quand ils vous ont accompagné depuis quelques années. Le métier est ainsi fait.

Quelles sont les nouvelles casaques de votre effectif ?

Al Asayl revient. Cela a été une grande joie car c’est une casaque de cœur, celle du président des Émirats Arabes Unis et de Sir Bani Yas (Amer). Les musulmans ne font pas de différence entre un homme et une femme quand il faut choisir un professionnel. Alors que les Occidentaux le font encore, me semble-t-il. Je pense également à Al Shaqab qui m’a confié des chevaux. C’était une promesse du manager de l’écurie, effectuée lors de la disparition de Jean-François. Ils ont tenu leur parole et ont eu l’intelligence de me placer un produit d’Al Mamun Monlau (Munjiz) et une pouliche par Dahor de Brugère (Dahess). C’est un vrai fil conducteur car nous avions entraîné leurs pères. Je suis allé chez M’Hammed Karimine pour choisir des chevaux. Ce grand éleveur marocain sort de l’ordinaire. Il se donne les moyens de réussir. Il est passionné et sa casaque brille de mille feux.

Qui sont vos espoirs ?

Hajres a connu quelques problèmes de santé. Une expertise va être effectuée et s’il arrive à s’en remettre, je suis convaincue qu’il peut faire une excellente saison. Dans le cas contraire, il ne restera pas en France. J’ai des 3ans supérieurs à ceux de l’an passé, tant dans le modèle que dans les origines. J’aime énormément Jarif (Dahess), un fils de Kiss de Ghazal (Dormane). Il est magnifique. C’est un poulain d’avenir mais pas précoce. Je suis persuadé que ce sera un très bon cheval. Comme sa mère, il va porter la casaque d’Haif Al Ghatani. Loubana de Grine (Af Albahar), à monsieur Karimine, est mon autre coup de cœur. Je ne l’ai pas encore travaillée mais je suis sûre qu’elle va être bonne.

D’autres jeunes chevaux qui méritent d’être cités ?

J’aime bien Jaazmah Athbah (Jalnar Al Khalidiah) qui était précédemment chez Philippe Sogorb. J’ai le frère utérin d’Easter de Faust (Mahabb), Battash de Faust (Af Albahar). J’apprécie son père, qui est celui d’Alsaker. C’est un beau poulain, très différent de sa sœur : compact, épais et vite. Abdullah Al Attiyah fait partie de nos nouveaux propriétaires. Al Asayl nous a confié deux mâles qui sortent de l’ordinaire : Gurm (Dahess), frère de Mahbooba (Bibi de Carrère), et Mirzam (TH Richie), que j’aime beaucoup. Il est magnifique.

CHARLES GOURDAIN [Pau]

Le Palois a réalisé une superbe saison 2018, avec cinq Grs1 de plus à son palmarès, dont la victoire d’Al Shamoos dans l’épreuve la plus richement dotée au monde pour les pur-sang arabes, la Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Gr1 PA).

The French Purebred Arabian. – Quel bilan tirez-vous de 2018 ?

Charles Gourdain. – Gagner cinq Grs1 PA avec cinq chevaux différents, dont la belle course d’Abu Dhabi, ce n’est pas donné à tout le monde. C’est vraiment sympa et cela montre que vous savez faire votre métier. En effet, il y a toujours des gens pour penser que vous avez eu un coup de chance (rires). On entend un peu de tout dans ce métier mais, trêve de plaisanterie, il faut un peu de chance malgré tout pour avoir de bons chevaux, mais aussi qu'ils soient performants durant la saison. Il est vrai que nous avons quelques sujets hors norme à l’écurie.

Seront-ils les fers de lance de l’écurie cette saison ?

On peut penser à Rodess du Loup (Dahess) qui "pète le feu". C’est un cheval fier et qui va très bien. Nafees (Azadi) revient bien également. Tout comme Rodess, ils devraient courir les bonnes courses en Angleterre et également en France. Si des opportunités se présentent, ils pourraient également tenter l’aventure dans des pays plus "exotiques", ayant dépassé l’âge de 4ans. Al Shamoos (No Risk Al Maury) se prépare pour la Dubai Kahayla Classic (Gr1 PA). Son propriétaire est satisfait de son parcours La pouliche est bien, même si cette course reste spéciale puisqu’elle se déroule sur le dirt.

Ce n’est pas une surface qui convient à tous les chevaux

En effet, il y a beaucoup de projections. Néanmoins, ce qui peut aller en faveur d'Al Shamoos, c’est le rythme dans la course. La pouliche devrait pouvoir se trouver parmi les chevaux de tête dès le départ. Toutefois, découvrir cette surface directement dans un Gr1 d’un tel niveau génère forcément une série de points d’interrogations. C’est dommage car le gazon de Meydan est magnifique et il serait parfait pour accueillir cette belle course de pur-sang arabes. Les organisateurs ont sûrement leurs raisons.

À l'avenir, Al Shamoos aura-t-elle des ambitions européennes ?

Oui, elle a plusieurs objectifs en France comme en Angleterre. Bien figurer dans la Qatar Arabian World Cup (Gr1 PA) à ParisLongchamp fait évidemment partie des plans.

Qui s’annonce comme la relève de l’écurie ?

Nous avons beaucoup de jeunes chevaux, comme Tiwi (Njewman) pour les écuries royales d'Oman. Je pense également au petit frère d’Al Zair (Madjani), Petit Princes (Josco du Cayrou), à la sœur de Nafees, Qamriyah (General), qui est une très belle pouliche âgée de 3ans. On peut citer également Hamiyat El Izz (Izza Al Khail) et Amir Al Zaman (Hilal Al Zaman), qui sont respectivement la sœur et le frère d’Al Shamoos. La pouliche âgée de 4ans est très belle et devrait débuter au mois d’avril. Le poulain de 3ans a beaucoup plus de modèle qu’Al Shamoos. C’est un très beau cheval, sans doute tardif, qui ne devrait pas débuter dans l’immédiat. Ces jeunes chevaux sont l’avenir de l’écurie.

DAMIEN DE WATRIGANT [Artassenx]

Installé à Artassenx, près de Mont-de-Marsan, Damien de Watrigant a développé le centre d’entraînement du haras de Mandore. Il bénéficie de la confiance de grands propriétaires comme Shadwell ou encore du docteur Mohammed Al-Nujaifi, et c’est notamment avec quelques jeunes éléments de ces deux casaques qu’il compte réaliser une belle saison 2019.

The French Purebred Arabian. – Quels souvenirs garderez-vous de 2018 ?

Damien de Watrigant. – Cela n’a pas été une grande saison, mais celle à venir sera beaucoup plus intéressante. L’année devrait être belle, avec les pur-sang anglais comme avec les chevaux arabes.

Quels sont vos atouts chez les chevaux d’âge ?

Il y a bien sûr Ahzar (Munjiz). Il a été un peu décevant à Abu Dhabi mais avait été malade pendant son séjour là-bas. Nous nous en étions rendu compte en rentrant. Cela explique qu’il ait été moins performant. Il effectuera sa rentrée le 4 mai prochain à Bordeaux-Le Bouscat, dans le Prix Damas (Gr3 PA). Il ira ensuite sur les belles épreuves. Parmi les chevaux sur lesquels nous comptons pour 2019, il faut aussi citer No and No Al Maury (Nizam), pour la casaque du cheikh Hamdan bin Rashid Al Maktoum. Cet élève de Renée-Laure Koch va courir les Groupes PA sur 2.000m.  Il avait d’ailleurs très bien gagné à Newbury l’an passé. C’est un cheval de bon terrain et on devrait voyager avec lui.

Avez-vous également des 4ans à suivre ?

Après avoir gagné en débutant au mois de février, Aksinya (General) semble intéressante à suivre. Elle est assez tardive et devrait faire une belle saison. Nous lui avons donné du temps car elle n’était pas prête à courir à 3ans. Depuis quelques mois, elle a enclenché et ne fait que progresser. Également auteure de bons débuts, Jadeeda (Njewman) est une pouliche avec un certain potentiel. C’est la sœur de Jamaheer (Mahabb). Gérard Larrieu m’a confié Feria de Faust (Dahess), une pouliche que j’aime bien. Elle a eu un petit contretemps l’an passé qui nous a poussés à la renvoyer au haras. Mais elle revient très fort cette année. Enfin, il y a Bel’Izam (Nizam), celui qui sera sans doute le fer de lance de l’écurie cette année. Il appartient au cheikh Hamdan bin Rashid Al Maktoum. C’était un cheval tendre, issu d’une famille tardive. Mais à 4ans, il va atteindre son plein potentiel. Il travaille déjà très bien et va effectuer sa rentrée dans un maiden à Bordeaux-Le Bouscat le 13 avril, le Wathba Stallions Cup - Prix Al Sakbe. On ne devrait pas être loin.

Parmi les 3ans, lesquels pointent déjà le bout de leur nez ?

J’ai deux chics pouliches issues de notre élevage, Chafika (General), qui est tardive, et Faraj (Majd Al Arab). Elles viendront bien en fin d’année. J’ai reçu Ballerine Al Maury (Munjiz) qui est magnifique. Elle a vraiment quelque chose et me plaît beaucoup. C’est la souche maternelle de Boum de Ghazal (Zippy Al Maury) et de tous les bons "B" de Renée-Laure Koch. J’ai le frère d'Ahzar, Fawaaz (Munjiz), qui a l’air d’avoir un peu de qualité aussi. Forgehill Chinco (Hilal Al Zaman) travaille correctement. Nenawa (Dahess) est une belle pouliche un peu tardive, sœur de Ghazwa (Zawam).

DIDIER GUILLEMIN [Mont-de-Marsan]

Avec treize succès, le Montois est le professionnel qui a remporté le plus de courses de pur-sang arabes dans l’Hexagone en 2018. Dans le top 15 des entraîneurs français de pur-sang anglais, il est celui qui possède le meilleur taux de victoire par partant.

The French Purebred Arabian. – L’an dernier, Deryan a gagné la Qatar Coupe de France des Chevaux Arabes. Et il s’est classé deux fois deuxième de Gr1. Comment va-t-il ?

Didier Guillemin. – Il va très bien. C’est un cheval de classe et je pense qu’il peut faire à nouveau une bonne année en 2019. Il a été un peu malheureux à Saint-Cloud l’an dernier. Mais Marid, qui l’a dominé à deux reprises, est vraisemblablement un bon cheval. Deryan (Mahabb) pourrait effectuer sa rentrée à Toulouse avant de prendre la direction des Grs1, à Chantilly par exemple.

Dans la même génération, Neef a gagné le Prix Chéri Bibi (Gr3 PA).

C’est un cheval qui va certainement tirer profit du repos entre les deux saisons. Il est en dessous de Deryan. Mais cela reste un cheval très utile, agréable, qui peut certainement progresser car ses origines sont assez tardives. Il peut faire mieux cette année que la saison passée.

Joudh et Karabosse de Ghazal ont été très performantes. Les reverrons-nous chez nous cette année ?

Après sa troisième place dans la Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan Jewel Crown (Gr1), Joudh (Mahabb) est restée sur place, aux Émirats Arabes Unis. C’est une très bonne pouliche, performante dès l’âge de 3ans. À 4ans, le fait d’être brillante lui a joué des tours et elle a ensuite connu un passage à vide. Je ne sais pas encore quel sera le programme pour Karabosse de Ghazal (Munjiz). Peut-être le haras.

Adiba a beaucoup progressé au fil des sorties, concluant sa saison 2018 sur une victoire dans le French Arabian Breeders' Challenge (Gr2 PA)…

Là encore, il s’agit d’une bonne pouliche. Son pedigree est celui d’un sujet tardif capable de bien vieillir. De course en course, elle a accusé de grands progrès et peut poursuivre sa progression en 2019.

En 2009, vos 61 pensionnaires ont gagné 33 victoires et 794.843 € de gains. En 2018, vos 101 protégés – toutes races confondues – ont remporté 87 victoires et 2.184.933 € de gains. Comment expliquez-vous votre ascension ?

En ce qui concerne les pur-sang arabes, avoir la possibilité d’accueillir des jeunes chevaux bien nés est extrêmement important.  

Chaque cheval, quelle que soit sa race, est différent. Il a ses qualités et sa discipline de prédilection. Il faut s'adapter, trouver des repères avec chaque type. Dans cet objectif, c'est aussi très important d'avoir une bonne équipe, fidèle et efficace. La clé de la réussite, c'est d'avoir des chevaux bien mis. Quand le cheval est maniable et quand il sait ce qu'on lui demande, vous gagnez des longueurs dans un parcours. Une course se gagne aussi à l'entraînement. À Mont-de-Marsan, nous avons un bon outil de travail, que ce soit au niveau des pistes d'entraînement ou des gazons. L'équipe d'entretien fait le maximum pour nous faciliter la vie. L'ambiance y est aussi très bonne. Jean-Pierre Capitaine, le président, n'hésite pas à mettre en avant notre réussite. Avec des pistes bien entretenues et bien arrosées, on ne casse pas les bons chevaux. Cela donne confiance aux clients.

XAVIER THOMAS-DEMEAULTE [Mont-de-Marsan]

Parmi les entraîneurs français, ce Montois est celui qui présente la moyenne de gains par pur-sang arabe la plus élevée pour la saison 2018. Quatre des six qu’on lui avait confiés ont décroché du caractère gras. Son effectif a brillé au meilleur niveau chez les pur-sang anglais, avec notamment Patascoy (deuxième du Qipco Prix du Jockey Club, Gr1).

The French Purebred Arabian. – Shahm a un destin atypique et c’est un cheval avec lequel vous avez dû pianoter. Quel est son programme pour 2019 ?

Xavier Thomas-Demeaulte. –Il n'est pas à l'entraînement en ce moment. Shahm (Mahabb) a eu quelques problèmes et c’est d’autant plus dommage qu’il avait suscité de réels espoirs. J'ignore ce qui est envisageable pour lui en 2019. Avec du recul, on peut dire que son parcours est remarquable car il a débuté à 4ans en petite province pour gagner un Gr1 à ParisLongchamp l'année suivante. C'est un très bon cheval, très attachant qui plus est.

À cette date, vous avez déjà Belqees dans votre effectif. Qu’envisagez-vous pour elle ?

Belqees (Mahabb) a gagné deux Groupes en 2018 et ils ne sont pas nombreux à avoir battu la championne Al Shamoos (No Risk Al Maury). Elle va effectuer sa rentrée le 15 avril à Toulouse, dans un Gr2 pour femelles. Elle voyagera peut-être cette année. C'est une option pour cette pouliche bien dans sa tête.

Avec Shahm (The President of the UAE Cup - Coupe d'Europe des Chevaux Arabes, Gr1 PA), Baseel (Prix Razzia III et Prix Nevada II, Grs3 PA), Belqees (Prix Nevadour, Gr3 PA, Shadwell - Critérium des Pouliches, Gr2 PA), Wadeeaa (troisième du Qatar Arabian Trophy des Juments, Gr1 PA)… vous avez réalisé une belle saison pour Yas Horse Racing Management. Pourtant, vous n’aviez pas de pur-sang arabes il y a encore peu de temps ?

Shahm est en fait seulement le deuxième pur-sang arabe à arriver chez moi. Avant lui, j’en avais déjà entraîné un autre : Dubai Heros (Amer) avait gagné la Coupe de France des Chevaux Arabes avant de se classer troisième du Prix Kesberoy (Grs1 PA). Je les entraîne normalement, comme les autres races. Néanmoins, avec eux, je pense qu’il est d’autant plus important d’avoir les bons pedigrees pour réussir.  Il est toujours agréable de voir que les pur-sang arabes que j'ai entraînés répètent après leur exportation. Wadeeaa (Mahabb) a par exemple remporté de bout en bout l'Al Maktoum Challenge Round I (Gr1 PA), pour ses débuts sur le dirt, en janvier. Cela signifie que nous leur laissons une certaine marge.

En 2009, vos 56 pensionnaires ont remporté 34 courses et 861.000 €. Une décennie plus tard, en 2018, l'effectif est numériquement comparable. Mais les résultats sont pourtant bien supérieurs : 63 chevaux de toutes races, 38 victoires et 1,7 million d'euros de gains. Comment expliquer une telle ascension ?

Avoir une bonne équipe, c'est le plus important dans ce métier. Il faut essayer de faire le maximum avec les chevaux que l'on vous confie. J'ai acheté Patascoy (Wootton Bassett) 40.000 € à Deauville. Son père, Wootton Bassett (Iffraaj), était moins coté à l'époque. J'essaye d'acheter un certain nombre de produits de jeunes étalons car on peut parfois trouver ainsi de bons chevaux à des tarifs raisonnables. Enfin Mont-de-Marsan offre d’excellentes conditions d’entraînement.