Vers la fin des courses à Rome

International / 02.03.2019

Vers la fin des courses à Rome

Vers la fin des courses à Rome

Le match de ping-pong que se livrent la ville de Rome et la société Hippogroup, gérante de l’hippodrome de Capannelle, continue. Ce dimanche, la première réunion de la saison qui conduit aux classiques était prévue. Pourtant, les portes de l’hippodrome de Rome resteront fermées. Le département du ministère de l’Agriculture qui s’occupe des courses a déjà changé le calendrier pour le mois de mars en déplaçant deux réunions de Capannelle à Tagliacozzo et deux Listeds, le Premio Circo Massimo et le Premio Natale di Roma, à l’affiche le 24 mars, à San Siro (Milan). Ce n’est qu’un début parce qu’il est fort probable que les classiques, c’est-à-dire les Premio Parioli et Premio Regina Elena (Grs3) et le Derby Italiano (Gr2) suivront le même sort. Une officialisation de ce Plan B est attendue la semaine prochaine puisque la clôture des engagements aux classiques est fixée le 29 mars.

Par Franco Raimondi

Les socioprofessionnels demandent un plan B. Isabella Bezzera, présidente de l’Associazione Nazionale Galoppo, le rassemblement de tous les socioprofessionnels du galop, nous a confié : « La bataille entre Hippogroup et la ville de Rome concerne deux entités privées et nous n’avons rien à voir là-dedans. La fermeture de l’hippodrome de Capannelle est une catastrophe pour les courses en Italie, mais nous ne pouvons pas permettre que cela entraîne un blocage de l’activité hippique. La filière doit continuer à travailler avec ou sans Capannelle. Il en va des emplois, des investissements, de l’histoire d’un sport, de sa culture et de son rôle dans l’Europe des courses. C’est pour cela qu’il faut déjà commencer à discuter d’un plan B, sans Capannelle. C’est triste, mais il faut avancer. »

Une réponse politique compliquée. Les socioprofessionnels ne peuvent pas intervenir dans la querelle qui oppose l’Hippogroup et la ville de Rome. Même le ministre de l’Agriculture Gian Marco Centinaio, tout en confirmant son engagement pour les courses, a déclaré samedi dans une interview qu’il ne pouvait pas à lui seul régler la question. C’est un problème sans solution. La ville de Rome est administrée par Virginia Raggi, du Mouvement Cinq Étoiles, alors que le ministre Centinaio est un fidèle de Matteo Salvini et de la Ligue. Les deux partis sont d’accord sur un seul point : maintenir leur gouvernement en place.

La querelle du loyer. Vendredi en fin d’après-midi, Hippogroup a frappé fort. Dans un très long communiqué, la société a annoncé qu’elle avait entamé le processus de licenciement de ses salariés et allait remettre à la ville de Rome les clés de l’hippodrome. La municipalité avait alors proposé une réponse à la question du prix du loyer de Capannelle. Pour une surface de 160 hectares, comprenant aussi les terrains d’entraînement, Hippogroup souhaite payer 66.000 € par an, soit le montant négocié en 2013 pour une période de quatre ans. Rappelons qu’à l’époque, le maire de Rome était l’ancien ministre de l’Agriculture Gianni Alemanno, condamné à six ans de prison en première instance pour corruption dans le cadre de l’affaire du Mondo di Mezzo. Le contrat original fixait à 2,4 millions d’euros par an le prix du loyer. Bien entendu, ce prix était devenu trop élevé après la crise qui a frappé les courses italiennes. Hippogroup a poursuivi la ville de Rome et la Cour civile a fixé le procès au mois d’avril 2020. La dernière proposition de la municipalité à Hippogroup était de maintenir le loyer à 66.000 € en guise d’acompte en attendant à la fois la décision de la Cour civile et que soit à nouveau lancé un appel d’offres pour la gestion de Capannelle. Hippogroup a refusé. En plus de l’annonce du processus de licenciement, Hippogroup a fixé à la ville de Rome un ultimatum au 8 mars : 66.000 € jusqu’au résultat de l’appel d’offres.

Milan faciliterait les choses… Le plan B évoqué, et qui sera soumis à l’agrément de l’European Pattern Commitee, est très simple. Si l’accord entre l’Hippogroup et la ville de Rome n’aboutit pas, il faudra envisager une saison 2019 sans Capannelle. Les Groupes seront presque tous déplacés à San Siro, d’autres hippodromes – Pise, Florence et Naples – hériteront de quelques Listeds du programme romain. Selon les spécialistes étrangers, il vaut mieux courir à Milan qu’à Rome. D’abord, le voyage est plus court, surtout en début de saison quand les entraîneurs se soucient des déplacements de leurs 3ans. Les courses peuvent alors devenir plus compétitives. Il faudra aussi beaucoup de travail pour harmoniser le parcours des préparatoires. Le programme italien a toujours eu deux pôles : San Siro et Capannelle. Chacun avait son cycle de trials et il faudra donc éviter des courses similaires sur le même hippodrome.

Une bombe sociale. Si avec quelques retouches le programme de sélection peut continuer, reste le problème des quatre cent cinquante chevaux qui sont encore à l’entraînement à Capannelle. Bon nombre sont de vieux serviteurs, gérés par de modestes entraîneurs qui en sont souvent eux-mêmes les propriétaires. Pour eux, il y aura les petits centres de province et ils pourront courir une fois par semaine sur le sable de Tagliacozzo qui se trouve à une heure en voiture. En revanche, ce sera un tout autre problème pour plusieurs professionnels de la nouvelle génération qui ont investi leur argent en achetant des yearlings l’année dernière. Il est bien possible que plusieurs entraîneurs quittent Capannelle pour s’installer à Milan ou à Pise. En ce qui concerne le personnel des écuries, il sera bien difficile pour eux de déménager et de refaire complètement leur vie.