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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Beaucoup de tournants dans le chemin vers le Derby

International / 24.04.2019

Beaucoup de tournants dans le chemin vers le Derby

Par Franco Raimondi

Il reste trente-sept jours avant le Derby et un seul parmi les huit chevaux proposés à 25/1 ou moins dans l’ante-post betting a déjà effectué sa rentrée. Il s’agit de Broome (Australia), l’un des six pensionnaires d’Aidan O’Brien sur cette liste, qui a remporté les Ballysax Stakes (Gr3). Les deux autres sont Too Darn Hot (Dubawi) et Dubai Warrior (Dansili), entraînés par John Gosden. Les autres entraîneurs d’Angleterre et d’Irlande n’ont pas encore sorti leur cheval de Derby ou, s’ils l’on fait, les parieurs et les bookmakers ne l’ont pas vu…

Les 2.000 Guinées, une mine de gagnants. Il faut encore patienter : le circuit des trials n’a pas encore vraiment démarré. Vingt-huit parmi les trente gagnants du Derby depuis 1989 sont arrivés à Epsom avec une ou plusieurs courses dans les jambes et les cas de Lammtarra (Nijinsky) et Shaamit (Mtoto) sont les exceptions qui confirment la règle. Les deux courses qui ont fourni le plus de Derby winners sont les 2.000 Guinées et les Dante Stakes (Gr2). Un succès dans le classique sur le mile de Newmarket n’est pas une condition obligatoire pour rêver le Derby. En fait, sur sept poulains qui ont passé leur test dans les Guinées, trois ont réussi le coup de deux : Camelot (Montjeu), Sea the Stars (Cape Cross) et Nashwan (Blushing Groom). Les quatre autres se sont classés dans les quatre premiers, dont Masar (New Approach), troisième en 2018, mais un seul, Generous (Caerleon), a confirmé le vieux proverbe des turfistes anglais : quatrième dans les Guinées, premier dans le Derby.

Le samedi 4 mai à Newmarket, il faudra donc regarder parmi les poulains à la lutte pour une place si l’on veut dénicher le bon cheval de Derby. Parmi les vingt derniers gagnants des Guinées, six ont essayé les 2.400m et deux ont gagné. Golan (Spectrum) avait trouvé sur son chemin Galileo (Sadler’s Wells). Quatorze lauréats ont donc fait l’impasse sur Epsom : c’est un signe que le galop a beaucoup changé. Il y a quarante ans, même un pur miler avait le droit de s’essayer sur les 2.400m, alors que maintenant, on préfère le garder, pour des raisons commerciales, dans son jardin.

Dante Stakes : gardez le lauréat. Les Dante Stakes sont l’autre grand trial. Sept parmi les trente derniers Derby winners sont passés par le test des 2.100m de York. Le dernier est Golden Horn (Cape Cross), qui a réussi le coup de deux en 2015 quand le Derby était à l’affiche 23 jours après la préparatoire. Cette année, par le jeu du calendrier, l’intervalle entre les deux courses est réduit à 16 jours, c’est-à-dire une semaine de moins pour récupérer. Il faut faire attention quand on juge les Dante comme la clé du Derby : un seul parmi les battus de York, Workforce (King’s Best), a pris sa revanche à Epsom.

Chester, le jardin d’Aidan. Le chemin de Chester était très populaire chez les entraîneurs de l’ancienne école car le parcours qui tourne tout le temps, corde à gauche, donne aux poulains un bon apprentissage pour Epsom. Cinq parmi les trente derniers lauréats sont passés par ce joli hippodrome. Deux, Oath (Fairy King) et Kris Kin (Kris S), ont remporté les Dee Stakes (L) sur 2.075m, alors que trois ont décroché leur ticket dans le Chester Vase (Gr3) sur 2.472m. C’est Aidan O’Brien qui a remis à la mode les trials de Chester depuis quelques années. Deux de ses trois derniers gagnants d’Epsom, Ruler of the World (Galileo) et Wings of Eagles (Pour Moi) ont appris ce qu’il fallait pour gagner le Derby, et US Army Ranger (Galileo), lauréat du Chester Vase en 2016, s’était classé deuxième de Harzand (Sea the Stars).

Le chemin irlandais. Il faut remonter à 2002 pour trouver un poulain de Ballydoyle qui a suivi son apprentissage en Irlande : il s’agissait de High Chaparral (Sadler’s Wells), qui avait suivi le chemin Ballysax Stakes (Gr3) - Derby Trial (Gr3), tout comme Galileo (Sadler’s Wells) et Sinndar (Grand Lodge) avant lui. Harzand est le dernier irlandais qui a gagné à Epsom lors de ses débuts en Angleterre, alors que New Approach (Galileo) avait couru son trial dans les 2.000 Guinées irlandaises (Gr1) en 2008. Le dernier lauréat d’Epsom qui avait gagné le classique sur le mile du Curragh fut Grundy (Great Nephew) en 1975.

Les trials à la baisse. Les autres préparatoires ont perdu au fil du temps de leur importance. Le cas limite est celui du Blue Riband Trial (L) qui a fourni le dernier Derby winner en 1939, quand Blue Peter (Fairway) s’était imposé mais il faut dire que le poulain, après avoir découvert Epsom, avait remporté les 2.000 Guinées. Les Cocked Hat Stakes (L), ou les Predominate pour les plus âgés, ont donné le gagnant du Derby 1979 Troy (Petingo). Il avait fait une rentrée gagnante dans le Sandown Classic Trial (Gr3). Cette course a fourni son dernier lauréat d’Epsom en 1986, l’année de Shahrastani (Nijinsky), qui a ensuite disputé son trial final dans les Dante Stakes. Le Lingfield Derby Trial (Gr3) était la préparatoire fétiche de Luca Cumani qui l’a gagnée avec ses deux Derby winners : Kahyasi (Île de Bourbon) en 1988 et High Rise (High Estate) en 1998. En bon élève de mon professeur milanais, chaque année je fais tomber mes pièces sur le lauréat du Lingfield Derby Trial. Et je peux vous dire qu’il s’est passé beaucoup trop de temps depuis ma dernière occasion de fêter un succès !