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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le cavalier du meilleur miler du monde est français !

International / 24.04.2019

Le cavalier du meilleur miler du monde est français !

Dimanche, à Sha Tin, Beauty Generation va tenter de décrocher son neuvième succès consécutif dans le Champions Mile (Gr1). Le pensionnaire de John Moore était, en 2018, le meilleur miler du monde aux ratings internationaux et il n’a pas volé ce titre ! Il y a un peu de France chez ce néo-zélandais d’origine : tous les matins, il est monté par Romain Clavreul, ancien jockey français. Il a raconté son histoire à David Morgan, journaliste pour le Hong Kong Jockey Club.

Originaire de la Mayenne, région de trotteurs et d’Olivier Peslier, Romain Clavreul a découvert les chevaux par punition ! Nos parents nous ont tous dit de ne pas jouer avec des allumettes… Romain et son frère, tout gamins, avaient poussé l’idée plus loin en s’amusant avec des feux d’artifice, un 14 juillet. Résultat des courses : un garage en feu ! La punition a été plutôt sympa : les deux garçons ont été envoyés voir du pays durant l’été et le jeune Romain a alors découvert les chevaux. Coup de foudre. Courses de poneys, Afasec… Il trace sa route. « Pas assez bon » et trop lourd pour être jockey de plat, explique-t-il. Il se tourne vers l’obstacle et apprend son métier chez Jean-Paul Gallorini : « Il m’a tout appris. »

Le 21 décembre 2012, Cagnes-sur-Mer. La dernière performance comme jockey en France de Romain Clavreul est : 21 décembre 2012, réclamer à Cagnes-sur-Mer sur les haies, tombé. Une bien mauvaise chute, comme l’explique l’intéressé, qui avait alors dix-sept ans : « J’ai eu toutes mes dents cassées. Celles du haut sont toutes fausses ! J’ai sauté l’obstacle, je suis tombé mais j’allais bien. Je me suis relevé et le cheval derrière moi m’a percuté : la tête du cheval est rentrée dans la mienne. Je me suis cassé les deux clavicules, les côtes, ma cheville. Il m’a fallu huit ou neuf mois pour me remettre. Je me souviens juste de me réveiller et de ne plus avoir de dents. J’avais soixante-neuf points de suture dans la bouche et ils avaient cousu mes lèvres car ils ne voulaient pas que je puisse ouvrir la bouche. J’ai passé trois semaines sans dents, à manger avec une paille. J’ai perdu 11 kilos, ce fut un moment difficile. »

Un accident qui aurait découragé plus d’une personne à remonter. Mais, la passion chevillée au corps, Romain Clavreul ne voulait qu’une seule chose : se remettre à cheval. « Après l’accident, ma famille m’a dit : "C’est fini, il faut que tu arrêtes tout". J’ai dit : "Non, cela n’arrivera pas". Je comprends leur réaction. Ma mère pleurait plus que moi. Ce n’était pas un bon moment. » Mais ce fut un moment charnière, qui l’amènera, étape par étape, à Hongkong, à la rencontre de Beauty Generation (Road to Rock).

Promis, maman, je vais juste apprendre l’anglais. Après sa chute, Romain Clavreul prend la direction de l’Angleterre et devient un boys in blue. « J’ai menti à ma mère : je lui ai dit que je partais en Angleterre pour apprendre l’anglais mais j’y allais pour monter des chevaux. J’ai rejoint Godolphin pendant trois ans. » Romain Clavreul est associé à des chevaux comme Outstrip, gagnant du Breeders’ Cup Juvenile Turf, ou encore Blue Bunting, lauréate des 1.000 Guinées. Il monte aussi en amateur en obstacle, avant de partir pour l’Australie où il fait la rencontre de la famille Moore. Romain Clavreul travaille d’abord à Rosehill, chez Gary Moore. Ce dernier l’encourage à rejoindre Hongkong, où est basé son frère, John Moore : « J’ai vu une annonce sur internet, j’ai envoyé mon C.V. et le Jockey Club m’a appelé quelques jours plus tard et m’a demandé si je voulais venir. C’est une opportunité exceptionnelle et je remercie le Hong Kong Jockey Club. C’est génial. »

Avec Beauty Generation, l’amour vache. Romain Clavreul adore son champion Beauty Generation ; cela transpire à travers ses propos. Le cheval n’est pourtant pas simple : les observateurs de Hongkong racontent qu’il n’est pas inhabituel de le voir passer sans cavalier le matin. Beauty Generation est un blagueur : « Le matin, quand je le monte, c’est comme s’il parlait. Il fait toujours de drôles de bruits. Il m’a jeté à terre plusieurs fois mais il revient toujours, comme s’il se moquait de moi. C’est un animal incroyable ! Plus tôt dans le mois, il a fait un demi-tour, m’a fait tomber et a couru pendant 20 mètres dans la direction opposée. Je me suis relevé, j’ai lancé quelques jurons mais je lui ai dit : "Beauty, veux-tu bien revenir ?" Et il est revenu en trottant pour s’arrêter juste en face de moi. Il faisait des bruits, comme s’il était content de lui. »

Pourri gâté, mais il le mérite ! Le lien entre Romain Clavreul et Beauty Generation est spécial. Le cavalier d’entraînement a pour son champion un traitement spécial : tout pour le rendre heureux. Et Beauty Generation – malgré ses facéties le matin – le lui rend bien ! « Je le gâte : je lui donne des carottes avant de le monter et, après, je le laisse marcher vingt minutes puis je lui donne encore d’autres carottes dans son box. Il est pourri gâté, mais il le mérite ! (…) Il aime tellement cela qu’il nous le rend sur la piste. Il est fantastique. Jamais de ma vie je ne le taperai, même quand il n’est pas sage. Il a tellement de caractère et je ne veux pas le briser. Je n’ai jamais eu une telle connexion avec un cheval. C’est quelque chose de spécial, de vraiment à part. Ce matin [lire mercredi, ndlr], je montais un autre cheval et je suis passé à côté de lui alors qu’il était dans la piscine. Je l’ai appelé : "Champ ! Champ !" et il s’est arrêté pour tout de suite me regarder. Il connaît ma voix, il me reconnaît. Il faut le voir pour le croire. »