Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les choix gagnants de Louisa Carberry

Courses / 29.04.2019

Les choix gagnants de Louisa Carberry

Par Christopher Galmiche

Partie de (quasiment) rien il y a cinq ans, Louisa Carberry a dans ses boxes un cheval capable d’obtenir un très bon résultat dans le Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Son nom ? Docteur de Ballon (Doctor Dino).

Jour de Galop. – Comment va Docteur de Ballon ?

Louisa Carberry. – Pour l’instant, nous avons l’impression que tout va bien. Il n’a pas encore été monté, faisant seulement du paddock. Mais il a l’air d’être souple et pour le moment, tout va bien.

Comment avez-vous vécu sa course dans le Prix Ingré ? Il était assez loin mais il a toujours galopé avec des ressources avant de bien finir…

J’ai toujours été très confiante dans le fait d’avoir un très bon cheval. Mais lorsqu’il court contre des chevaux confirmés, et de la valeur de ceux qui ont participé au Prix Ingré, rien n’est sûr ! Nous ne nous étions pas mis la pression pour cette course. Nous voulions juste qu’il revoie les gros obstacles. J’ai demandé à Felix [de Giles, son jockey, ndlr] de le monter à l’arrière-garde, puis de voir ce qu’il avait pour finir. Je voulais juste que ça se passe bien, qu’il ne prenne pas trop dur. Mais avec son très bon finish, cela a fait tilt !

Pensez-vous que les 6.000m du Grand Steeple puissent-être un souci ?

Tant que nous n’aurons pas essayé la distance, nous ne saurons pas. Mais à part ceux qui ont déjà couru le Grand Steeple, nous sommes tous dans la même situation ! C’est un grand bonus qu’il puisse être monté comme samedi et venir en progression. Il est vraiment très maniable et très facile ; il s’agit d’un vrai atout pour le jour J. Dalia Grandchamp ** (Kapgarde) et lui ont été les deux meilleurs finisseurs.

À partir de quel moment vous êtes-vous dit que vous aviez un cheval qui sortait de l’ordinaire ?

Dès qu’il est arrivé à la maison, j’ai trouvé qu’il était très souple, très athlétique. Tout était naturel pour lui, mais nous n’aurions jamais pu imaginer que nous avions un cheval de sa qualité à cette époque. Lors de sa première course, il a fini septième à Auteuil, mais en étant très vert et en sautant très gros. À 4ans, il s’est fait mal, ce qui est dommage car il aurait couru en steeple en fin de saison. À 5ans lorsqu’il a commencé à courir en steeple, nous avons vu qu’il avait vraiment beaucoup de marge sur les autres. À ce moment-là, nous avons commencé à rêver. Dès le début, il a toujours adoré son travail. Il a du caractère, mais du bon caractère. Il est heureux de vivre !

Comment se passe le travail le matin avec Philip ?

Nous sommes tous les deux à cheval. Nous montons entre quatre et cinq lots le matin. Philip aime beaucoup Docteur de Ballon. Nous ne prenons pas de risques en mettant quelqu’un d'autre le matin. De mon côté, je monte Célèbre d’Allen (Network) et nous sommes concurrents (rires). Il vaut mieux garder la même personne lorsqu’un feeling s’établit entre le cavalier et son cheval…

Quels sont vos objectifs cette année ?

Le Grand Steeple bien sûr. Et si nous pouvons amener Célèbre d’Allen dans une bonne course, ce sera sympathique, notamment pour son propriétaire. Il va courir le 6 mai dans le Prix Andrea, à Auteuil. Et si tout se passe bien, il devrait aller sur le Prix des Drags (Gr2). J’ai aussi It’s Jennifer (Martaline) qui a mal couru dans le Prix du Président de la République (Gr3), mais elle avait un petit souci. Nous sommes en train de la soigner et j’aimerais bien remettre les pendules à l’heure avec elle dans un bon handicap à Auteuil, ce printemps. Ensuite, nous avons de jeunes chevaux avec lesquels il faut faire du bon boulot.

Vous laissez du temps à vos chevaux, à la manière anglaise, pour les faire venir. Pour quelles raisons ?

Nous essayons de laisser les chevaux nous dire lorsqu’ils sont prêts. S’ils ont besoin de temps, nous le leur laissons, mais s’ils sont prêts à courir, nous pouvons le faire. Souvent, je dis que nous ne regretterons jamais de leur laisser un peu plus de temps. Mais on regrette souvent de les courir trop tôt. Pour débuter et courir, il est important que le cheval soit prêt à encaisser la course.

Dans votre "équipe" de propriétaires, vous avez de nombreux Britanniques. Comment les avez-vous convaincus de faire venir leurs chevaux en France ?

Nous avons quelques Français aussi… Je n’ai jamais fait de publicité en Angleterre. Mais je pense que les entraîneurs français devraient en faire pour ramener plus de propriétaires britanniques. Nous voyons beaucoup de chevaux partir de France. Les propriétaires britanniques ne sont pas vraiment au courant des belles courses que nous avons et ce serait bien que les chevaux qu’ils achètent soient exploités en France. Ensuite, il est toujours possible de courir en Angleterre si on a le cheval pour ! Il y a plein de choses positives en France. Il faut vraiment qu’on le fasse savoir. Ce sera bien pour tout le monde.

Quel a été votre parcours avant de devenir entraîneur à Senonnes ?

J’ai commencé à monter à cheval en famille, pour la chasse à courre. Nous sortions une ou deux fois par semaine. J’ai monté à haut niveau en concours complet. Mais ce n’est pas facile de gagner sa vie dans ce sport. J’ai toujours adoré les courses et les origines. Je me suis dit que si je voulais continuer à travailler avec les chevaux, il valait mieux que ce soit dans les courses. Une amie m’a conseillé de prendre contact avec monsieur de Royer Dupré en 2010. J’ai eu la chance d’être cavalière chez lui pendant trois ans. C’est un entraîneur que je respecte énormément, qui entraîne aussi d’une façon assez patiente. Il sait attendre et courir quand ses chevaux sont prêts à le faire. À son contact, j’ai pu apprendre beaucoup de choses tout en découvrant la France. J’ai également pu voir les belles courses d’obstacle françaises. L’obstacle a toujours été ma discipline préférée. Puis j’ai rencontré Philip et, tous les deux, nous nous sommes dit que nous allions tenter de nous installer. Nous sommes partis de rien et n’avions rien à perdre !

De la rencontre avec les époux Gasche-Luc à l’installation à Senonnes

Il y a un an, nous avions demandé à Louisa Carberry comment elle avait rencontré les époux Gasche-Luc, propriétaires et coéleveurs de Docteur de Ballon (Doctor Dino). Elle nous avait expliqué : « J’ai rencontré madame Gasche-Luc et son mari par le biais de Dominique et Séverine Rétif, qui sont leurs voisins. Dominique Rétif possède un permis d’entraîner et il a eu des produits de l’élevage de madame Gasche-Luc à l’entraînement. Les Gasche-Luc sont des propriétaires fidèles, qui travaillent avec moi depuis le début de mon activité. Au début, ils m’ont confié deux ou trois "vieux", puis des poulains. Les Gasche-Luc ont un petit élevage, mais ils possèdent deux poulinières en or, Nile Breeze (Phantom Breeze), qui est la mère de Docteur de Ballon, et Nile Altesse (Turgeon), qui a donné Astre de Ballon (Astarabad), lequel a gagné le Prix Saint-Sauveur (L) sous mon entraînement. » Quant au choix de Senonnes, où elle s’est installée il y a cinq ans seulement, Louisa Carberry explique : « Nous avons choisi Senonnes car il y a beaucoup d’hippodromes proches de cette commune, et que ce n’est pas très loin de Paris. De plus, les pistes nous conviennent très bien et c’est un endroit très tranquille ! C’est un bon cadre pour les chevaux qui y sont détendus. Je ne comptais pas m’installer ailleurs qu’en France de toute façon. Il y a de meilleures allocations ici, mais ce n’est pas le seul avantage. Il y a beaucoup de bons élevages de chevaux d’obstacle, beaucoup de bonnes courses… »

Les Carberry, une vraie dynastie de l’obstacle

Louisa Carberry, née Brassey, est l’épouse de Philip Carberry, jockey irlandais connu pour avoir remporté deux fois le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), en selle sur Princesse d’Anjou (Nononito). Ils ont eu une fille en 2017, prénommée Sophie. Philip Carberry a cinq frères et sœur : Thomas, Paul, Mark, Nina et Peterjon. Mark est le seul à ne pas exercer un métier dans les courses hippiques. Thomas est installé entraîneur en Australie.

Paul était un crack-jockey, connu pour avoir gagné le Grand National de Liverpool en 1999, avec Bobbyjo (Bustineto), entraîné par son père, Tommy Carberry.

Nina Carberry est une femme jockey qui est connue pour avoir remporté le Grand National d’Irlande en 2011 avec Organisedconfusion (Laveron), entraîné par son oncle, Arthur Moore. Elle est devenue la deuxième femme à avoir décroché ce titre, après Ann Ferris en 1984. Quant à Peterjon, le plus jeune de la fratrie, il a monté en France, mais est actuellement sur la touche. Leur père, Tommy Carberry, est décédé en 2017 à l’âge de 75 ans. Il fut un crack-jockey, remportant le Grand National de Liverpool en 1975 avec L’Escargot (Escart), entraîné par son beau-père, Dan Moore. Tommy a ensuite connu une belle réussite en tant qu’entraîneur.

Leur mère, Pamela Carberry, est la sœur d’Arthur Moore. Ce dernier a gagné le Grand National Irlandais en 1971, en tant que jockey, avant d’être tête de liste des entraîneurs d’obstacle dans son pays durant la saison 1991-1992.

Le père de Pamela et d’Arthur, Dan Moore, a gagné deux fois le Grand National irlandais en tant que gentleman-rider et une fois en tant qu’entraîneur. Il est surtout connu pour avoir entraîné L’Escargot, avec lequel il a remporté la Gold Cup de Cheltenham en 1970 et 1971.