Marcel Rolland, vingt ans après…

Courses / 08.04.2019

Marcel Rolland, vingt ans après…

Par Adeline Gombaud

Le Grand Steeple-Chase de Paris, Marcel Rolland connaît. Vingt ans après l’avoir remporté avec Mandarino, il a dans ses boxes un cheval capable de lui offrir un deuxième sacre. Dans un contexte qui a bien changé…

Jour de Galop. – Comment va Crystal Beach, deux jours après son succès dans le Prix Murat ?

Marcel Rolland. – Le cheval est très bien rentré. Il a perdu 7 kilos, alors qu’il en avait perdu 9 après l’Hypothèse et 12 lors du galop précédant sa rentrée. On va dans le bon sens ! Il n’est pas raide, ses jambes sont bien. Il ne semble donc pas avoir pris une course dure…

Le programme est-il toujours d’aller sur l'Ingré, le 27 avril prochain, avant le Grand Steeple ? N’avez-vous pas peur qu’il manque de fraîcheur le jour J ?

J’ai regardé les statistiques depuis 2009. Neuf des dix lauréats du Grand Steeple ont couru l'Ingré. C’est un passage obligé. La seule chose qui pourrait nous dissuader de courir, ce serait des fortes chaleurs, toujours dangereuses pour les chevaux ayant connu des problèmes de tendinite comme lui. Mais le laps de temps entre le Murat et le Grand Steeple est trop long pour ne pas courir dans l'intervalle. Et puis il ne faut pas oublier que Crystal Beach n’a couru que dix fois. Il doit apprendre à se mécaniser, il doit prendre du métier, et cela, il ne peut l’acquérir qu’en courant.

Vous a-t-il surpris samedi ?

Samedi, non, car j’y comptais vraiment. En revanche, il m’a surpris dans le Prix Hypothèse. Nous courions pour une quatrième ou une cinquième place. Quand je l’ai vu finir deuxième de De Bon Cœur, je me suis dit que face à des chevaux de steeple, à un train moins soutenu – même s’ils sont allés vite samedi –, ça irait ! C’est un cheval de 1,78m pour 510 kilos, et être capable d’accélérer comme il le fait avec cette carcasse à emmener, c’est assez fabuleux. Il m’épate aussi dans sa façon de sauter. Regardez comment il a franchi le rail ditch ! Il l’a à peine touché. C’est d’ailleurs sur ce genre de détails, en faisant peut-être un peu moins d’efforts, qu’il peut encore progresser…

Vous avez entraîné son frère, Questarabad. Existe-t-il des similitudes entre les deux chevaux ?

Physiquement, ils n’ont rien à voir. Questarabad, on pouvait croire que c’était un pur-sang. Crystal Beach est beaucoup plus "demi-sang". En revanche, ils se ressemblent le matin, dans le sens où ce sont deux chevaux très difficiles. Après le Prix Hypothèse, Crystal Beach a eu deux ou trois jours plus relax, et dès qu’il prend de la fraîcheur, il a tendance à monter aux arbres ! On ne peut pas lui faire confiance… L’après-midi, cela se passe de mieux en mieux et on a pu lui enlever le bonnet. Mais j’ai la chance que Ludovic Philipperon puisse lui être associé et qu’il s’entende bien avec. Car il aurait vite fait de dérouler devant et d'en faire beaucoup trop…

Son propriétaire, James Douglas Gordon, fait partie de vos clients les plus fidèles…

Le premier cheval que j’ai entraîné pour lui s’appelait Jondali. Je l’avais reçu en 2001, et il avait pris la troisième place du Président de la République en 2002. Cela fait donc 18 ans que nous nous connaissons, grâce à son courtier, Bertrand Le Métayer. C’est un propriétaire délicieux, avec lequel il n’y a jamais de problème. Un vrai gentleman, le propriétaire que tout entraîneur rêve d’avoir… Pour Crystal Beach, je sais qu’après ses problèmes de jambes, il a été question qu’il parte en Grande-Bretagne, car monsieur Gordon rêvait d’un cheval pour Cheltenham. Il est finalement resté en France, peut-être parce que nous avons la réputation de travailler les chevaux moins dur qu’en Angleterre. Et je crois que le fait que j’aie entraîné son frère a joué pour qu’il aille chez moi… Monsieur Gordon travaille avec d’autres entraîneurs car il aime s’associer sur ses chevaux. Crystal Beach, qu’il détient à 100 %, est un peu une exception. Et malheureusement, je ne peux pas lui proposer d’associés qui correspondent à ce qu’il recherche.

Votre effectif a considérablement diminué au fil des ans. Que représente un cheval comme Crystal Beach au sein d’un effectif comme le vôtre ?

C’est une vraie motivation, et ce pour toute l’équipe ! Comme d’autres, j’ai vu mon effectif diminuer en même temps que la majorité des sauteurs a émigré vers d’autres régions, comme Royan par exemple. J’ai 25 chevaux actuellement. Mes confrères royannais sont d’excellents professionnels, je ne mets pas cela en doute, et il s’agit du choix des propriétaires, qui font évidemment comme bon leur semble. Mais si ce choix est dicté par des raisons financières, je ne suis pas certain qu’à la fin de l’année, avec le coût des transports par exemple, l’écart avec la région parisienne soit si important que cela ! Surtout que beaucoup pensent, à tort, que nous pratiquons des tarifs bien plus élevés qu’ils ne le sont réellement… Je ne suis pas persuadé non plus que les longs déplacements soient sans conséquences sur les chevaux. Mais en tout état de cause, oui, je trouve cela dommage de voir les infrastructures d’obstacle de Chantilly si peu utilisées. Samedi matin, je suis allé sauter à Lamorlaye… et j’étais seul ! Quand on a connu les grandes heures de Chantilly, c’est triste. Quelques jeunes ont quand même eu le courage de s’installer ici pour entraîner des chevaux d’obstacle. Je pense notamment à Mickaël Seror, à qui j’ai vendu mon écurie. Je lui loue désormais la moitié de la cour et je dois dire que je n’aurais pas pu mieux tomber. Je lui souhaite de réussir et de prouver, comme d’autres, que l’on peut entraîner des bons chevaux d’obstacle à Chantilly !

Ce n’était donc pas un choix de votre part de réduire votre activité ?

Non, je n’ai jamais refusé aucun client ! Cela dit, je ne me plains pas. Dorénavant, je m’offre un luxe : celui d’avoir 9 salariés pour 25 chevaux. Cela veut dire que nous pouvons faire un travail à la carte. Nous avons trois lots, ou trois lots et demi quand un de mes salariés est aux courses. Nous pouvons vraiment faire du cas par cas, et avec un cheval comme Crystal Beach, c’est un plus énorme ! Si je fais encore ce métier-là, ce n’est pas par obligation financière. C’est parce que cela me procure toujours autant de plaisir… Et encore plus avec un Crystal Beach dans les boxes !