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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Persian King ** est-il vraiment un crack ?

Courses / 16.04.2019

Persian King ** est-il vraiment un crack ?

Persian King ** (Kingman) a pulvérisé l’opposition dans le Prix de Fontainebleau (Gr3). Nous l’avons qualifié de crack. Mérite-t-il vraiment ce qualificatif ? Élément de réponse…

Un temps de gagnant de Poule !

Le Prix de Fontainebleau est une préparatoire pour The Emirates Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Il est donc fréquent que les 3ans les plus en vue pour le classique y effectuent leur rentrée, sans être encore à 100 %, et que leurs jockeys ne leur demandent pas tout avant le grand objectif. Or, dans le cas de Persian King, Bruno Barbereau, animateur de Horse Racing Chrono, est formel : les temps du Prix de Fontainebleau ne sont pas ceux d’une préparatoire. Mieux encore, un bon gagnant de Poule d’Essai dans des conditions de terrain semblables à celles de dimanche parcourt les 1.600m de la grande piste en 1’35’’50. Persian King s’est imposé en 1’36’’41, mais avec une lice à 12m dans la ligne droite et à 5m du départ à la fausse ligne droite. Avec une lice à zéro, il aurait été dans les standards d’un lauréat de Poule, sans avoir dû lutter à la fin. Dès lors, il n’est pas surprenant qu’il ait établi le record de la course. Passons aux temps partiels : des 600 aux 400m, Persian King a réalisé 11’’45, puis 11’’41 des 400 aux 200m. C’est très, très bien ! Les 11’’97 des derniers 200m sont moins parlants, mais Persian King aurait sans doute pu aller plus vite si Pierre-Charles Boudot le lui avait demandé. À titre de comparaison, les pouliches de la Grotte ont mis près de deux secondes de plus pour boucler le parcours. Comme souvent dans une préparatoire, la course s’est jouée sur un déboulé de 400m, alors que Persian King, très allant pour sa rentrée, n’a eu besoin de personne pour faire le travail à sa place…

LES TEMPS PARTIELS DU PRIX DE FONTAINEBLEAU

De 600m à 400m : 11’’45

De 400m à 200m : 11’’41

De 200m à l’arrivée : 11’’97

Temps total : 1’36’’41

LES TEMPS PARTIELS DU PRIX DE LA GROTTE

De 600m à 400m : 12’’23

De 400m à 200m : 11’’26

De 200m à l’arrivée : 11’’96

Temps total : 1’38’’39

André Fabre dans l’attente des Craven Stakes

Poule d’Essai ou Guinées ? Rien n’est encore arrêté dans le clan de Persian King, et André Fabre, après la démonstration du poulain, a confié à nos confrères du Racing Post : « Rien n’est encore décidé à l’heure actuelle. L’un des facteurs à prendre en compte est le résultat des Craven Stakes, mercredi à Newmarket. L’état du terrain jouera aussi un rôle clé. Imaginons qu’il se mette à pleuvoir ici. Dans ce cas, je préfèrerais aller à Newmarket. Nous verrons ce qu'il se passe dans les jours à venir, mais il n’est pas impossible qu’il aille à Newmarket. C’est une option. »

Pierre-Charles Boudot : « Il avait juste envie d’en découdre »

Pour certains observateurs, le seul point d’interrogation de la démonstration de Persian King a été son comportement en course. À pied, on a pu avoir l’impression que le poulain se dépensait beaucoup sur la main de son jockey. Ce qui n’a pas été gênant dans une course à cinq partants pourrait l’être dans un peloton plus fourni… Mais Pierre-Charles Boudot, qui montait le poulain dimanche comme lors de toutes ses autres sorties, a un avis différent : « Pour moi, il n'a pas tiré. Il faisait sa rentrée et avait un peu de fraîcheur, c'est tout. Tirer n'est pas le bon terme, il avait juste envie d'en découdre. Il a une bonne vitesse de base et beaucoup d'action, il n'y a que des points positifs. C'est un cheval complet. Son comportement en course est exactement le même que l'année dernière. »

Il a déjà battu un gagnant de Gr1 !

Persian King était le cheval du "Crèvecœur" d’André Fabre. Il ne s’est pas imposé ce jour-là, concluant deuxième (à deux longueurs) d’un poulain beaucoup plus mécanisé que lui, Anodor ** (Anodin). Le poulain, hésitant au départ, s’était retrouvé dans la seconde moitié du peloton. "Sorti" par un adversaire dans le tournant, il n’avait pas eu le meilleur des parcours, en épaisseur, mais avait déjà effectué une ligne droite prometteuse, uniquement cadencé aux bras par Pierre-Charles Boudot. Logiquement, il a ouvert son palmarès dès sa sortie suivante, un mois plus tard, dans un lot qui ne restera pas dans les annales mais en laissant son plus proche poursuivant à six longueurs. Il avait pris ses responsabilités dès le départ et avait passé la montée de Chantilly avec une facilité qui ne trompait pas sur ses moyens. Cinq longueurs ont sanctionné sa supériorité lors de sa troisième sortie, toujours à Chantilly. Ce jour-là, il a suivi Lone Peak (Lope de Vega) qui menait détaché, mais il allait au-dessus de lui dans le tournant. La ligne droite ne fut qu’une formalité, et pas besoin de la cravache pour l’accompagner dans son effort. Ce n’est qu’à Newmarket que le poulain a dû lutter. Sur le Rowley Mile, si particulier pour les poulains manquant de maturité, Persian King a dominé Magna Grecia (Invincible Spirit), qui n’était à l’époque "qu’un" gagnant de maiden. Mais depuis, le poulain de Coolmore a remporté les Futurity Trophy Stakes (Gr1).

Alors, est-ce un crack ?

Les "pour" : 

- Il a gagné en rigolant alors qu’il a beaucoup déroulé devant

- Son temps est celui d’un gagnant de Poule d’Essai

- Physiquement, il domine ses adversaires de la tête et des épaules

- André Fabre n’a pas exclu les Guinées avec lui

Les "contre" :

- A-t-il fait sa course dans la préparatoire ?

- Ses rivaux de dimanche n’étaient pas encore à 100 % (ni sur leur distance de prédilection, Epic Hero étant sûrement plutôt un poulain de 1.400m)

- Sa maniabilité dans un peloton de vingt partants soulève des questions

- Il n’a pas encore affronté un adversaire de la trempe de Too Darn Hot