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Persian King, le dernier coup d’éclat des Wildenstein - Par Adrien Cugnasse

Élevage / 20.04.2019

Persian King, le dernier coup d’éclat des Wildenstein - Par Adrien Cugnasse

Persian King, le dernier coup d’éclat des Wildenstein

Par Adrien Cugnasse

Produire le meilleur 3ans français, qui est aussi l’un des meilleurs européens, avec moins de trente poulinières, c’est un tour de force. Parmi les coups d’éclat des Wildenstein, Persian King est le donc dernier en date, mais il est assurément loin d’être l’ultime…

Après le tourbillon médiatique qui s’est abattu ces dernières années sur la famille Wildenstein, il n’est jamais évident d’écrire à leur sujet, même sous un angle hippique. Dans notre microcosme, ce nom est un mythe. Celui d’une casaque aux près de cent victoires de Gr1, avec son lot d’histoires et de légendes. L’entité d’élevage dirigée à l’heure actuelle par Diane Wildenstein est très différente de celle des années 1990. Avec un total de vingt-huit poulinières, dont treize n’ont pas été saillies en 2018, l’effectif est beaucoup moins important que celui de ses aïeux. Dans les années 1990, Daniel Wildenstein revendiquait une cinquantaine de mères et il avait confié à Pacemaker & Thoroughbred Breeder : « Notre fonctionnement est très simple. Nous n’utilisons à l’élevage que des gagnantes de Groupe ou des juments ayant produit des gagnants de Groupe. » Rassembler une telle jumenterie serait très difficile en 2019, même si la liste que nous publions dans cet article témoigne de la très grande qualité de celle de Diane Wildenstein.

Des changements majeurs. Anthony Stroud, le racing manager et le breeding manager des effectifs, nous a confié ce jeudi : « Les vingt-cinq poulinières sont réparties entre la France, à l’écurie des Monceaux et au haras de la Motteraye, et l’Irlande, à Coolmore et à Ballylinch. Nous n’avons plus de lien avec le haras de Bois Roussel. » L’un des grands changements réside aussi dans le passage du statut d’éleveur-propriétaire à celui d’acteur présent sur le marché des yearlings. À ce sujet, Anthony Stroud précise : « Il faut savoir vendre quelques yearlings pour financier le budget des saillies et le fonctionnement de l’élevage. Avec moins de trente juments, l’accent est mis sur la qualité plutôt que sur la quantité. » Les yearlings sont vendus par la Motteraye Consignment.

Le croisement qui a donné Persian King. Anthony Stroud nous a confié au sujet du croisement qui a donné Persian King : « La mère n’a pas été saillie l’année dernière. Mais elle va bien sûr l’être par Kingman en 2019. Diane Wildenstein et moi-même avions réalisé ce croisement. Kingman était vraiment un très bon cheval de course. Il y a de la tenue du côté maternel, car Pretty Please est une fille de Dylan Thomas (Danehill) issue d’une souche bien connue pour cette qualité, celle de Pétroleuse (Habitat). Ce n’est pas une jument très facile à croiser et Kingman nous paraissait représenter une opportunité de premier plan. Outre ses grandes qualités de compétiteur, il a aussi un pedigree remarquable. Je l’ai toujours beaucoup admiré et un apport de vitesse sur cette famille est toujours le bienvenu. »

La parfaite imperfection de son pedigree. Sur le papier, Persian King est loin d’être le mieux né de la génération 2016 de l’élevage Wildenstein. Issu d’un bon mais jeune étalon, il est le produit d’une jument qui n’est pas black type, même si elle a remporté le Prix de la Croix de Pontarmé (B) pour ses débuts. Cette dernière est une fille de Dylan Thomas (Danehill), un sextuple lauréat de Gr1 – de 1.600 à 2.400m – dont le prix de saillie est passé de 50.000 à 4.000 € en l’espace de douze saisons de monte. Persian King n’est pas le premier dans ce cas au sein de cet élevage. Manila (Lyphard), le père de mère d’Aquarelliste (Prix Ganay de Diane & Vermeille, Grs1), avait couru dix fois à 3ans et il est considéré par le Daily Racing Form comme l’un des meilleurs chevaux de 2.000/2.400m de l’histoire des courses américaines. Pourtant, il a terminé sa carrière d’étalon en Turquie. Tirol (Thatching), le père de Miss Tahiti (Prix Marcel Boussac, Gr1, deuxième du Prix de Diane, Gr1) a effectué ses dernières années de monte en Inde. Steinlen (Habitat), quadruple vainqueur de Gr1 aux États-Unis, dont la Breeders’ Cup Mile et l’Arlington Million, était issu de Southern Seas (Jim French), une jument dont on connaît l’excellence de la descendance (Stacelita, Olmedo...). Pourtant son père de mère, Jim French (Graustark), a quitté la France pour l’Asie, dans l’anonymat, après trois saisons de monte. Ce sujet, capable d’aller sur toutes les distances, avait couru onze fois en quatre mois, dans la période à cheval entre la saison de 2 et 3ans, avant de s’attaquer à la triple couronne américaine. Daniel Wildenstein avait confié à Pacemaker & Thoroughbred Breeder : « Le comportement et la manière de courir d’un étalon sont aussi importants que son palmarès et son niveau de compétition. »

Plus de cinquante années de travail. En 2011, Tonny Morris, après quelques digressions sur l’excentricité de ses interlocuteurs, avait écrit dans le Racing Post : « J’ai beaucoup de respect pour Alec et Daniel Wildenstein, surtout pour leur immense palmarès en tant qu’éleveurs. Ils ont été capables de produire avec une grande régularité des chevaux de très haut niveau, sans avoir peur d’utiliser les étalons que leurs contemporains considéraient comme des échecs. Pawneese (Prix de Diane, Oaks d’Epsom, King George VI & Queen Elizabeth Stakes, Gr1, cheval de l’année 1976 outre-Manche) en est l’un des meilleurs exemples. Qui est capable de donner le nom d’un autre bon cheval issu de son père Carvin ? » Au haras, Pawneese a déçu. Mais sa sœur Pétroleuse (Habitat), qui était beaucoup moins bonne en compétition – mais tout de même lauréate des Princess Elizabeth Stakes (Gr3) – a fait souche. On trouve pas moins d’une quarantaine de black types dans sa descendance, la grande majorité pour les Wildenstein (dont le champion Peintre Célèbre). L’arrivée de cette famille dans l’effectif remonte à 1965. Daniel Wildenstein, qui rêvait de s’offrir une fille de Ballynash (Nasrullah), avait acquis Petite Saguenay (Nordiste)… Une jument qui n’avait pas couru. Dix des onze souches historiques sont encore actives dans cet élevage. Ce n’est plus le cas de celle d’Alyxia (Waya, Paiute, World Citizen, Westerner…).

Tesio, l’inspiration. Mais l’originalité des Wildenstein ne s’exprimait pas que dans leurs choix d’étalons, bien qu’ils aient aussi abondamment utilisé les piliers de Coolmore. À la fin des années 1990, Daniel Wildenstein (né en 1917) avait confié à Jacques Pauc au sujet de Federico Tesio (mort en 1954) : « Je l’ai très bien connu. C’était un homme (silence)... un éleveur extraordinaire. Mais c’était aussi un homme à préjugés. Il disait qu’il n’y avait qu’une seule manière de faire des chevaux : avec de vieilles poulinières ! Du moment qu’elles avaient été bonnes en course. Après 15 ou 16ans, les poulinières ne sont plus marquées par la compétition ou les traitements qu’elles ont parfois dû subir. Il les recherchait alors, les achetait et leur faisait faire deux ou trois produits, conservant leurs filles qu’il ne faisait pratiquement pas courir. Pour lui, la robe des chevaux avait une importance énorme. Il pensait qu’il fallait essayer de faire produire à chaque poulinière des poulains de la couleur du bon cheval de sa famille ! » En 1994, dans Pacemaker, Jocelyn de Moubray notait : « Alec Wildenstein est convaincu qu’il n’y a aucune raison pour laquelle une vieille jument ne pourrait pas produire un top cheval. Plus précisément, il pense que les grandes gagnantes ont tendance à produire de très bons chevaux plus tard dans leur carrière au haras. » C’est ainsi qu’il a obtenu Madelia (Prix de Diane, Poule d’Essai des Pouliches & Prix Saint-Alary, Grs1), Westerner (Ascot Gold Cup, Prix du Cadran, deux fois, Prix Royal Oak), All Along (Prix de l’Arc de Triomphe), Vallée Enchantée (Hong Kong Vase)…

Le regard tourné vers le Jockey Club. Ce jeudi, Anthony Stroud nous a expliqué : « À ce stade, il est difficile de se projeter vers l’avenir de manière certaine en disant que Persian King serait plus à l’aise à ParisLongchamp ou à Newmarket. Quoi qu’il en soit, l’objectif est le Derby français. » Le QIPCO Prix du Jockey Club, justement, est l’une des épreuves qui a le plus résisté aux Wildenstein. Avant la victoire de Peintre Célèbre (Nureyev), leur unique lauréat en un siècle de compétition, ils avaient terminé quatre fois deuxième de ce classique. Les esprits chagrins rétorqueront que Persian King porte les couleurs de Godolphin qui en a acquis 50 %. C’est oublier que dans certains cas, les Wildenstein ont su s’associer, comme au trot, où Daniel Wildentsein avait rapidement compris qu’il était impossible d’acheter les bons chevaux. En 1998, il déclarait : « Au galop, pendant soixante-dix ans, je me suis donné du mal. Pour y arriver, ce fut terrible. Ma réussite n’est que le résultat de beaucoup de travail. Au trot, elle vient de mon association avec les meilleurs. Et cela m’amuse profondément… » Beaucoup de légendes circulent autour de cette casaque et quand on demandait à Alec Wildenstein si Allez France (Sea Bird) et Goodbye Charlie (Prince O'pilsen) avaient été nommés, avec une certaine malice, il déclarait : « Je vais écorner le mythe. Pour Allez France, cela n’a rien à voir avec le plaisir d’entendre les parieurs anglais hurler son nom dans les tribunes. Nous le trouvions simplement superbe. Il a été inspiré par le film de Robert Dhéry qui était drôle, comme nous aimions en regarder après les courses. Goodbye Charlie, c’est le titre d’un autre film avec Tony Curtis. Nous l’avions vu avec mon père, il nous avait fait rigoler quelques mois auparavant. Par hasard, ce cheval est né le soir où le général de Gaulle est parti. On en a fait un signe, comme quoi nous étions anti-gaullistes. Ce n’était pas le cas. Ce sont les chevaux qui se fabriquent un nom. Même s’il est un peu idiot, la victoire lui donnera une aura» Persian King n’a pas été nommé pour être vendu à un prince arabe. Et c’est à lui d’écrire sa propre légende.

LES POULINIÈRES DE DIANE WILDENSTEIN

Poulinière Naissance Performances Production black type Origines Foal 2019 (Sexe) Saillie 2019 Jument de base

ABOVE THE CLOUDS (FR) 2014 1 victoire - High Chapparal x Airline Iffraaj (M) Mastercraftsman Allez France (1970)

AFRICAINE (GB) 2012 1 victoire - Oasis Dream x Article Rare Repos Awtaad Allez France (1970)

ADJA (IRE) 2007 2e du Prix la Troienne (B) - Rock of Gibraltar x Ange Bleu Churchill (F) Highland Reel Almyre (1964)

AGATHE RARE (IRE) 2006 Pas de course Apache Spirit (Prix de Saint Patrick, L) Sadler’s Wells x Agathe pleine de Shalaa Anodin Almyre (1964)

ÂME BLEUE (GB) 2012 2e Prix Jean Romanet (Gr1) - Dubawi x Aquarelliste Australia (M) Sea the Stars Almyre (1964)

ANGELITA (IRE) 2003 Inédite Deux produits BT, Aquamarine (Prix Allez France, Gr3) Alzao x Ange Bleu Repos Saxon Warrior Almyre (1964)

AQUAMARINE (JPN) 2008 Prix Allez France (Gr3) - Deep Impact x Angelita Repos Teofilo Almyre (1964)

AQUARELLISTE (FR) 1998 Prix de Diane, Ganay & Vermeille (Grs1) Trois produits BT, dont Âme Bleue (2e Prix Jean Romanet, Gr1) Danehill x Agathe Tamayuz (F) Australia Almyre (1964)

AMBERITA (GB) 2013 1 victoire - Shamardal x American Adventure Repos Kodiac Argosy (1950)

AMERICAN ADVENTURE (USA) 2000 5 places Deux produits BT, dont Adventure Seeker (2e Prix Cléopâtre, Gr3) Miswaki x All Along Repos Zoustar Argosy (1950)

BLUE PICTURE (IRE) 2008 2 places - Peintre Célèbre x Bright Sky Authorized (F) Reliable Man Bonshamile (1983)

BOARD MEETING (IRE) 2006 Prix de Psyché & de Flore (Grs3) Big Blue (3e Critérium de Saint-Cloud, Gr1) Anabaa x Bright Moon Repos Camelot Bonshamile (1983)

VENDETTTA (IRE) 2013 1 victoire - Fastnet Rock x Vologda Dabirsim (F) Cloth of Stars Calliopsis (1954)

VENTUROUS SPIRIT (GB) 2010 2e Prix Madame Jean Couturie (L) - Arch x Vatrouchka Dark Angel (M) Siyouni Calliopsis (1954)

LÉGENDE BLEUE (GB) 2011 1 victoire - Galileo x Louve Fastnet Rock (M) Kingman Lupe (1967)

LIL'WING (IRE) 2009 Prix de Flore (Gr3) - Galileo x Louve Siyouni (M) Kingman Lupe (1967)

LITTLE ILLUSION (GB) 2015 1 place - Dansili x Lil wing Maiden Anodin Lupe (1967)

LOLLDAIGA (GB) 2015 2 victoires - Teofilo x Louve Rare Maiden Wootton Bassett Lupe (1967)

LOUVE NATIONALE (IRE) 2010 1 victoire Ligne d’Or (Prix de Flore, Gr3) Galileo x Louve Iffraaj (M) Dubawi Lupe (1967)

MISS FRANCE (GB) 2011 1.000 Guinées (Gr1) - Dansili x Miss Tahiti Repos Galileo Mini Luthe (1982)

MISSION SECRÈTE (IRE) 2005 1 victoire Deux produits black types Galileo x Miss Tahiti Repos Muhaarar Mini Luthe (1982)

MILLIONAIA (IRE) 2001 2e du Prix de Diane (Gr1) Modern Eagle (Prix Belle de Nuit, L) Peintre Célèbre x Moonlight Dance pleine de Le Havre Retire Moonmadness (1963)

MODERN EAGLE (GER) 2010 Prix Belle de Nuit (L) Masterpiece (3e Prix Francois Mathet, L) Montjeu x Millionaia Pas de foal Siyouni Moonmadness (1963)

PACIFIC ANGEL (IRE) 2012 Prix de la Pépinière (L) - Dalakhani x Perstrovka Repos Lope de Vega Petite Saguenay (1961)

PAINTER'S PRIDE (FR) 2009 Inédite - Dansili x Peinture Bleue Repos Camelot Petite Saguenay (1961)

PRETTY PLEASE (IRE) 2009 Prix de la Croix de Pontarme (B) Persian King (Autumn Stakes & Prix de Fontainebleau, Gr3) Dylan Thomas x Plante Rare Repos Dubawi Petite Saguenay (1961)

SAHRAWI (GER) 2011 Prix Scaramouche (L) - Pivotal x Sand River Repos Kingman Schönbrunn (1961)

SAND RIVER (IRE) 2006 Prix de la Flandrie (B) Deux produits black types High Chaparral x Special Delivery Repos Shamardal Schönbrunn (1961)