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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Primes à l’éleveur : haro sur les éleveurs français - Par Thierry Doumen (Croissance Courses)

Élevage / 26.04.2019

Primes à l’éleveur : haro sur les éleveurs français - Par Thierry Doumen (Croissance Courses)

Primes à l’éleveur : haro sur les éleveurs français

Par Thierry Doumen (Croissance Courses)

France Galop travaille à une simplification des règles de versement des primes à l’éleveur. En échange du retour des primes pour les chevaux d’âge, ce n’est pas moins que la disparition de la notion "conçus/non conçus" que l’on nous prépare. Une vraie menace pour les éleveurs français !

Lors du comité de France Galop du 1er avril 2019, et suite à une question concernant l’éventualité d’un retour aux primes pour les chevaux d’âge, le président Édouard de Rothschild a souhaité qu’une simplification des règles d’attribution des primes à l’éleveur soit envisagée et que des mesures puissent être prises rapidement.

À l’issue du comité, Édouard de Rothschild a chargé Loïc Malivet (Fédération des éleveurs) Georges Rimaud (Génération Galop) et Hubert Tassin (Les P.P.) de faire des propositions avant l’été. Il est regrettable qu’un représentant du mouvement Éleveur Renouveau du Galop, à savoir Elizabeth Doumen, n’ait pas été convié à participer à ces travaux. Pourtant, elle avait recueilli plus de voix que Georges Rimaud lors des élections de 2015… Il est également étonnant qu’une telle modification ne fasse pas l’objet d’une présentation au sein des Conseils du Plat et de l’Obstacle, alors que c’est pleinement leur rôle d’instruire ces dossiers. C’est un exemple de plus du total déni de démocratie d’une présidence qui gouverne dans l’entre-soi, influencée par le lobby Génération Galop qui ne représente qu’une part très minoritaire de France Galop.

Rappelons que l’objectif premier du versement de primes aux éleveurs de chevaux nés et élevés en France était d’encourager les haras à maintenir et à développer leur activité en France. Ensuite, l’introduction de la notion des "assimilés" eut l’effet paradoxal d’encourager les poulinières françaises à être envoyées à des étalons situés en Irlande ou en Angleterre qui profitent déjà de conditions fiscales très avantageuses. Pour pallier cet effet contre-productif, après un long et difficile débat, France Galop a adopté en 2012 une règle différenciant les "conçus" et les "non conçus" dans l’attribution des primes à l’éleveur, destinée à favoriser l’amélioration du parc d’étalons français.

Les résultats ont été plus que positifs pour l’élevage français, le parc d’étalons s’est fortement renforcé, le nombre de saillies à plus de 10 k€ s’est développé et les étalonniers ont constaté une recrudescence importante des ventes de saillies.

Il serait donc impensable de revenir sur cette mesure. Pourtant, dans l’ombre d’une simplification des règles de versement des primes à l’éleveur souhaitée par France Galop, se dessine une sombre manœuvre. Après une première tentative par Génération Galop en 2018 dans le cadre de la réduction globale des allocations, tentative avortée du fait qu’elle n’apportait aucune économie, et sous prétexte de revenir à une distribution soi-disant plus juste des primes à l’éleveur, la direction de France Galop projette de négocier le retour de la prime pour les chevaux d’âge contre la suppression de la notion de "conçus/non conçus". Cela revient à réduire la prime attribuée aux chevaux conçus en France et à augmenter fortement celle attribuée aux chevaux ayant été conçus à l’étranger, favorisant ainsi la fuite des étalons vers des paradis fiscaux.

Les éleveurs qui ont pris le risque d’investir dans des étalons en les maintenant en France se retrouveront de nouveau face à une concurrence fiscale déloyale et sans aucun soutien de la part de l’Institution.

Il en sera de même des éleveurs jouant le jeu des étalons stationnés en France et qui prennent le risque de produire des chevaux de course avec une étiquette un peu moins "commerciale", mais dont les efforts de soutien à la filière française sont récompensés par cette bonification de la prime aux "conçus".

Rappelons tout de même qu’en Grande-Bretagne, pays de référence en termes d’élevage, la prime à l’éleveur n’est attribuée que si le cheval est issu d’un étalon stationné sur le sol de Grande-Bretagne. France Galop a le devoir de défendre les valeurs et l’équilibre de l’élevage français en continuant à soutenir les chevaux conçus, nés et élevés sur notre territoire. Il n’est pas acceptable de subventionner une bulle commerciale de chevaux produits à l’étranger par la distribution de primes ponctionnées sur des fonds financés par le contribuable français et de céder à des lobbies minoritaires qui préfèrent leurs intérêts particuliers à l’intérêt général de notre filière.

D’autres informations restant à vérifier nous mettent en alerte sur une économie portant sur les primes à l’éleveur obstacle. Une mesure totalement incompréhensible qui aurait pour effet de décourager certains à garder leurs élèves sur le territoire français. Nous pensons au contraire qu’il faudrait mettre en place des mesures incitatives à l’exploitation de ces chevaux sur notre sol et remplir nos pelotons de courses à obstacles qui en ont bien besoin.

Il paraît évident que les primes à l’éleveur devraient être distribuées uniquement aux chevaux réellement conçus, nés et élevés sur le sol français, surtout dans un contexte de réduction de budget. Cela aurait le mérite de répondre à la vocation initiale de cette aide.

Afin de financer une prime équitable avec un retour pour les chevaux d’âge et dans l’attente d’un retour progressif à un mécanisme de primes réservées aux chevaux conçus, né et élevés en France, nous proposons donc de conserver le différentiel en vigueur actuellement entre les conçus et les non conçus, d’adopter un taux de prime à 14,6 % pour les conçus et 9,6 % pour les non conçus en plat. En obstacle, le taux serait de 15,9 %.