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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

L'herbe (plus) verte de ParisLongchamp - Par Anne-Louise Echevin

Courses / 04.08.2019

L'herbe (plus) verte de ParisLongchamp - Par Anne-Louise Echevin

ParisLongchamp a rouvert ses portes en avril 2018, après deux ans de travaux. De nombreuses critiques s’étaient abattues sur l’hippodrome au fur et à mesure de la saison : piste très mauvaise, problèmes de fonctionnalité… Il faut un peu de temps pour comprendre et maîtriser totalement un nouveau bâtiment et France Galop a effectué quelques ajustements durant l’hiver. Et s’est attaqué au problème numéro 1 : la piste.

Nous sommes allés à ParisLongchamp le jeudi 28 mars dernier pour constater les dernières évolutions et voir la piste, en compagnie d’Olivier Delloye, directeur général de France Galop, Jean-Guillaume d’Orglandes, directeur d’exploitation des pistes de ParisLongchamp, Saint-Cloud et Auteuil, et Stéphane de Veyrac, responsable des hippodromes de l’Ouest parisien.

Olivier Delloye a tenu à souligner que France Galop avait tiré les conséquences de l’année 2018 : « Nous avons ouvert l’an dernier avec une piste recouverte par la fléole [d’où les plaques de coloration différente, ndlr]. Dès le début de la saison, ces plaques ont donné l’impression d’une piste pas belle et nous n’avons pas pu traiter ce problème-là durant la saison. France Galop a fait un choix radical, c’est-à-dire de s’y attaquer en une fois en anticipant la fermeture de ParisLongchamp. Nous aurions pu le traiter zone par zone, mais il aurait fallu plusieurs années pour retrouver une piste optimale. Le choix a donc été fait de la radicalité et de l’efficacité. Nous avons réparé ce qui n’avait pas été fait du côté de la piste pendant la période des travaux de ParisLongchamp. Nous en avons tiré les conséquences jusque sur le plan de l’organisation et nous avons fait le choix de nommer Charles de Cordon comme responsable des pistes et des espaces verts de ParisLongchamp. »

La piste sera mieux… mais a encore besoin d’un cycle. Fermeture anticipée de l’hippodrome pour mieux travailler sur la piste, apprendre des erreurs passées… La question reste : est-ce que la piste sera parfaite pour cette rentrée 2019 ? Pas complètement, parce qu’il n’est pas possible d’aller contre la nature. Olivier Delloye a dit : « Le climat et la période pendant laquelle ont eu lieu les travaux ne nous permettent pas d’avoir un résultat complètement terminé côté piste. Il va nous falloir un petit peu plus de temps pour un résultat optimal et assurer une parfaite homogénéité de la piste, notamment dans la ligne droite. Nous sommes au début du mois d’avril et nous n’avons donc pas la même densité d’herbe entre les jeunes pousses et celle qui a un an. Il nous manque encore un cycle végétatif pour cela. »

Un résultat honorable. Jean-Guillaume d’Orglandes est revenu sur les travaux effectués : « Côté historique, l’ensemble de la piste a été travaillé durant l’été 2018 et ressemé. Les gazons se sont bien comportés sur la première partie de la saison d’automne, mais sur les dernières réunions, nous avons commencé à avoir un gazon moins résistant, particulièrement dans les 500 derniers mètres. Sur le reste, soit sur onze hectares, durant l’automne, nous avons eu un entretien classique de fin de programme avec des aérations, des décompactages, des roulages et un plan de fertilisation classique. Avec des conditions climatiques favorables, cela a permis de renforcer ce capital-là et de le rendre correct pour la reprise 2019. Nous avons des parcours qui sont très bien. Les 500 derniers mètres, quant à eux, ont été manucurés : nous avons commencé par désherber chimiquement les zones infestées de fléoles, un gazon indésirable qui est peu résistant à la chaleur et surtout à l’arrachement. L’opération chimique était la seule solution. Mais, évidemment, sur une période d’automne, elle a une incidence sur le fonctionnement d’un sol. Au 26 octobre 2018, nous avons décapé et réengazonné. Nous avons eu une levée assez rapide : une dizaine ou douzaine de jours. Et, avant l’arrivée des premiers frimas, nous avons bâché entre deux hectares et demi et trois hectares. Le but de cette opération est de maintenir une température au sol suffisante pour que le gazon continue sa germination et sa croissance. Les résultats ont été très positifs et nous avons débâché le 28 février. Nous avons eu une bonne pousse sur l’ensemble de ces zones-là. Il restait tout le mois de mars avant la réouverture de l’hippodrome. Nous avons pratiqué des plans de fertilisation intenses et des tontes régulières. Nous sommes à deux tontes par semaine depuis quasiment trois semaines, alors que nous sommes plutôt à une tonte par semaine sur les autres hippodromes. Nous avons déjà fait un arrosage aujourd’hui [lire le 28 mars, ndlr], car nous avons des vents séchants. Et toutes les zones un peu creuses ont été sursemées et nous avons un suivi très méticuleux. Le résultat aujourd’hui est tout à fait honorable. Je dirai que ce qu’il manque un petit peu est la fin d’un cycle végétatif total de printemps. Cela veut dire que nous avons tout le mois d’avril et, au mois de mai, l’ensemble de ces zones-là seront bien reprises. »

Un programme aménagé pour la piste. France Galop, lors de sa traditionnelle conférence du programme, en février dernier, avait indiqué un programme allégé au mois d’avril à ParisLongchamp afin de permettre à la piste d’être soulagée durant cette période. L’entretien ne passe pas que par les travaux en eux-mêmes, mais aussi par une réflexion globale sur le calendrier des courses à ParisLongchamp, afin de la solliciter le plus intelligemment possible.

Jean-Guillaume d’Orglandes a expliqué : « Il est important de préciser que nous allons commencer avec un décordage de six mètres le 7 avril sur une bande de gazon d’une bonne dizaine de mètres de large tout à fait correct. Les travaux n’ont pas concerné que les 500 derniers mètres de piste. Il y a aussi eu une réflexion sur le calendrier des courses. La première décision est de n’avoir que quatre réunions au mois d’avril, soit une par semaine, au lieu de six. Cela permet d’avoir une semaine complète afin de bien travailler la piste, lui laisser le temps de se reprendre. Nous avons aussi totalement proscrit le rythme de course "jeudi suivi d’un samedi", soit une seule journée entre deux réunions. Nous avons aussi engagé une réflexion sur l’utilisation des parcours : nouvelle piste, petite piste, grande piste, moyenne piste, ligne droite… Nous allons essayer, particulièrement lorsque les réunions n’ont que deux jours de battement, de faire en sorte d’avoir la réunion précédente sur nouvelle piste et moyenne piste, ou grande piste et nouvelle piste ou nouvelle piste et ligne droite. Le but est d’éviter d’avoir, le vendredi, toutes les équipes étalées sur l’ensemble des pistes et de concentrer nos effectifs pour bien reprendre les parcours utilisés la veille. Nous avons à peu près le même nombre de courses en ligne droite sur le premier semestre, un nombre similaire sur la nouvelle piste, mais moins en grande piste et un petit plus en moyenne piste. C’est un juste équilibre qui permet moins de sollicitations sur la grande piste. »

Open stretch et corde. En 2018, France Galop avait décidé de mettre en place un open stretch sur la piste de ParisLongchamp. L’idée était de ne plus avoir de malheureux emmurés à la corde et moins d’enquêtes. Cela a plutôt bien fonctionné, selon les analyses de France Galop. Cependant, il y a la théorie et la pratique, et l’open stretch a eu des effets indésirables sur certaines portions de la piste, constamment piétinées et dans l’impossibilité de se régénérer.

Jean-Guillaume d’Orglandes nous a expliqué : « L’open stretch a eu un effet positif sur la régularité des courses, car nous avons constaté beaucoup moins d’enquêtes. Il a fait des heureux sans faire de malheureux, il me semble, car les retours des socioprofessionnels étaient plutôt positifs. Mais il a créé une dégradation trop importante, notamment sur la sortie de la fausse ligne droite. Il a surtout limité le nombre de décordages possibles. En 2019, nous ouvrons donc l’open stretch pour les Poules d’Essai, qui seront sur la grande piste, et pour le dimanche du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Nous avons repris un plan de décordage sur lequel nous allons, au maximum, déplacer la lice du "zéro" vers l’extérieur : cela veut dire que nous allons la déplacer au fur et à mesure vers l’extérieur. Cela permet un laps de temps suffisant avant de revenir sur le même galop, soit un intervalle de trois semaines à un mois. C’est assez similaire à ce qui est en place à Saint-Cloud et cela permet au gazon de se refaire. Nous pouvons ainsi intervenir à nouveau pour des opérations de réengazonnement, de roulage, voire de travail de sol, si nécessaire. Nous avons ainsi beaucoup moins de sollicitations sur la partie de zéro à quinze mètres par rapport aux années précédentes, et un petit plus de sollicitations à partir de quinze mètres. Nous avons également travaillé sur le renforcement de l’équipe : deux chefs d’équipe ont été nommés et nous avons aussi recruté Charles de Cordon qui va prendre la responsabilité des pistes de ParisLongchamp, en binôme avec moi. »

Précisons que le plan de cordage prédéfini par France Galop est amené à évoluer en fonction de la météo notamment. À noter aussi que le système d’arrosage a été rénové durant la fermeture.

Charles de Cordon, nouveau responsable des pistes de ParisLongchamp

Charles de Cordon devient à partir du 15 avril prochain responsable des pistes et des espaces verts de ParisLongchamp. Il travaillera sous la supervision de Jean-Guillaume d’Orglandes, chargé des pistes sur les trois hippodromes parisiens.

Âgé de 42 ans, Charles de Cordon occupait depuis 2010 le poste de régisseur des hippodromes de la Société des courses lyonnaises, c’est-à-dire les sites de Parilly — un des plus beaux gazons du pays — et de La Soie. Il était responsable depuis 2001 de l’hippodrome de Villeurbanne, qui dépendait alors de la Société sportive du Rhône.

Auparavant, il a été agriculteur dans la région et c’est ainsi qu’il a connu le dernier président de Villeurbanne, Olivier de Seyssel. Aujourd’hui vice-président de la société Le Trot, Olivier de Seyssel avait initialement fait appel à lui pour un problème ponctuel, « et je ne suis jamais reparti », sourit Charles de Cordon, qui habite depuis sur le site même de La Soie, hippodrome théâtre en 2009 d’un chantier très ambitieux d’intégrer un centre commercial et comprenant notamment un centre équestre et un spot de skate-board… « Toutes ces activités cohabitent aujourd’hui très bien à La Soie. J’ai eu la chance de vivre cette belle aventure et de découvrir ensuite le site extraordinaire de Parilly. Olivier de Seyssel m’a accueilli à Villeurbanne et il a eu la bonne idée de faire venir Jacques Gautier, fraîchement retraité de Parilly, qui m’a appris le métier. Puis, avec Pascal Bouillé, un ancien de Maisons-Laffitte, j’ai vécu l’ouverture de la Soie, la fusion et l’éclairage du site. Sur les pistes de Lyon, j’ai aussi pu m’occuper à la fois des trotteurs et du galop, du plat et de l’obstacle. Les exigences des professionnels ont beaucoup augmenté au fil des ans et des décentralisations, et cela se vérifie dans toutes les disciplines. La responsabilité de ParisLongchamp est évidemment un challenge exceptionnel. C’est l’élite des hippodromes mondiaux. C’est pour moi une forme d’aboutissement et je suis très honoré d’avoir été choisi pour mener cette mission. »

Les travaux continuent sur la piste. La piste s’est refait une beauté durant l’automne/hiver, mais les travaux ne s’arrêtent pas là pour autant. Jean-Guillaume d’Orglandes explique : « Nous avons également un programme de fertilisation plus intense. Nous sommes sur un jeune gazon. Nous avons aussi un programme de renforcement de l’enracinement par des activateurs de croissance : ce sont des produits utilisés depuis pas mal d’années pour les gazons de sport, comme ceux de golf, comme sur les hippodromes anglais et notamment Ascot. J’ai aussi fait des opérations de ce type sur Saint-Cloud pour donner plus de chance au gazon de s’enraciner, et cela plus efficacement. Nous avons vraiment eu une progression sur l’enracinement, surtout sur les parties travaillées durant l’automne et refaites l’été dernier, ainsi que sur la partie des 500 derniers mètres. »

Et concrètement, comment est la piste ? Nous sommes allés marcher sur la piste et nous avons eu une vue d’ensemble depuis le troisième étage. Nos impressions valent ce qu’elles valent puisque nous ne sommes pas spécialistes du gazon. La piste n’est pas complètement homogène côté coloration avec la présence d’un jeune gazon et d’un gazon plus enraciné, mais c’est sans comparaison avec les énormes plaques vertes de l’an dernier. Les différences de coloration sont aussi dues à la présence de pâturin annuel ici et là. Cette plante herbacée, comme nous l’a expliqué Jean-Guillaume d’Orglandes, est présente partout. Elle a pour avantage d’avoir une importante capacité de régénération, car elle produit beaucoup de graines. Elle est en revanche sensible aux maladies et au stress hydraulique. Sur la ligne droite, le gazon n’est pas encore totalement homogène. Comme l’a expliqué Jean-Guillaume d’Orglandes, il faut encore laisser un peu de temps à la nature pour faire son travail.

Des ajustements sur plusieurs parties de l’hippodrome. France Galop a effectué quelques travaux sur différentes parties de l’hippodrome. Pas de gros travaux, mais plutôt des ajustements. Les plus importants concernent la brasserie. L’an dernier, elle fonctionnait en mode traiteur. Cette année, elle va être ouverte en dehors des jours de course et une cuisine adéquate a été installée. De nouvelles télévisions ont aussi été posées à la suite des remarques de différents clients qui regrettaient de ne pas pouvoir bien suivre les courses. Un bar devrait être rajouté le long du rond et sera activé les jeudis soir et les dimanches. Par ailleurs, les sanitaires, ou plutôt le manque de sanitaires, ont été critiqués. France Galop en a donc rajouté, et facilité les accès.

Côté écuries. Du côté des écuries, les revêtements des différents ronds de détente ont été refaits, eux qui s’étaient en partie décollés en 2018 sous l’effet de la chaleur. Stéphane de Veyrac nous a dit : « Les sols des différents ronds des écuries, ainsi que les sols souples que l’on y trouve, ont été repris. Ils avaient été posés l’an dernier au dernier moment, alors que les conditions climatiques n’étaient pas optimales, raison pour laquelle ils n’ont pas tenu. Nous avons repris par endroits l’enrobé des écuries sachant que, à terme, nous espérons tout reprendre en entier. »

Côté rond de présentation. Comme dans les écuries, le sol souple du rond de présentation a été repris. On se souvient que l’accès principal au rond depuis les balances était composé d’herbe et bon nombre d’entre nous ont plusieurs fois frôlé la chute — notamment ces dames avec leurs talons — lorsque celui-ci était humide. Il y a désormais un chemin bétonné pour accéder au rond, plus sûr. Autre changement dans la partie rond/balances : des gravillons ont remplacé le gazon tout le long du rond. L’herbe avait en effet été piétinée par les personnes se tenant autour du rond et regardant les chevaux et elle était aussi assez glissante. Le podium change aussi de place et revient dans le rond, soit le même emplacement que lors des grandes journées l’an dernier, donc plus proche du public.

Au niveau du rond toujours, mais côté public, la lice a été rehaussée. Le public, très proche des chevaux, n’avait qu’à tendre la main pour les toucher. Il y avait aussi un aspect de sécurité en cas de ruade par exemple… Frayeurs parfois amplifiées quand des enfants étaient assis sur la lice ! Celle-ci rehaussée, cela sécurise davantage le public.

Moins de courants d’air dans les loges. L’ancien Longchamp était un véritable palais des courants d’air et ParisLongchamp continuait dans cette lignée, notamment par ses grands espaces ouverts dans les tribunes afin de passer du côté piste au côté rond facilement. France Galop a donc entrepris quelques travaux du côté des loges, après avoir fait une étude des vents sur la zone de ParisLongchamp. Le but est d’éviter, notamment au mois d’avril, les vents glacials qui gèlent quelque peu la nuque en étant assis dans les loges. Outre l’installation de portes coupe-vent au niveau du bar, il y aura aussi des vitres installées le long des loges. Cela permet également un peu plus d’intimité.