Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

S’engager sur l’avenir des chevaux retraités… et celui des courses

Courses / 30.04.2019

S’engager sur l’avenir des chevaux retraités… et celui des courses

Par Anne-Louise Echevin

Ce mardi, sur l’hippodrome de Chantilly, France Galop et Au-delà des pistes ont signé un accord de partenariat pour la reconversion des chevaux de course. Un accord qui va permettre un financement plus important pour la reconversion des anciens compétiteurs. Mais c’est aussi un enjeu primordial pour l’avenir des courses.

Depuis l’annonce de la création d’Au-delà des pistes, nous avons tenu à soutenir médiatiquement le projet, à notre niveau. Nous l’écrivons depuis plusieurs années : le bien-être des chevaux, avant, pendant et après la compétition est un sujet essentiel dans notre société. Qu’on le regrette ou non, en 2019, la société est basée sur l’ultra-communication, où les infos comme les "infox" circulent très rapidement. Et les réseaux sociaux, notamment, privilégient parfois le cœur à la raison en diffusant des "reportages" sur le fil de la fameuse fake news… Avec des conséquences qui peuvent être importantes auprès du grand public : nous l’avons vu au mois de décembre 2018 avec les vidéos de l’association L214, alliée à Konbini, sur le sort des chevaux de course qui finiraient presque tous à l’abattoir. Et si nous savons que c’est faux parce que ce postulat est grandement exagéré, nous savons aussi qu’un certain nombre de personnes du grand public gardera cette image en tête.

Donner une seconde chance aux chevaux, c’est donner une nouvelle chance aux courses hippiques. La reconversion est un sujet de première importance. Présidente d’Au-delà des pistes, Aliette Forien a déclaré : « Nous sommes ravis que France Galop reconnaisse l’importance de la question de la reconversion pour l’avenir de la filière hippique et débloque des moyens financiers appropriés au nom de l’ensemble de ses membres. Comme Jim Gagliano, président du Jockey Club américain, nous croyons que « toute personne qui touche un pur-sang à n’importe quel stade de sa vie, doit se soucier de son devenir après les courses ». Il en va de la responsabilité et de l’éthique de notre sport. Par cet accord, tous les éleveurs, propriétaires, entraîneurs et jockeys contribuent financièrement à la deuxième vie des chevaux qu’ils font naître, achètent, entraînent et montent en compétition. C’est un grand pas en avant et nous remercions France Galop de l’avoir franchi. »

350.000 € pour la reconversion. Avec ce partenariat signé entre France Galop et Au-delà des pistes, 350.000 € vont être consacrés en 2019 à la reconversion des chevaux, le partenariat historique de la maison-mère avec la Ligue française de protection du cheval se poursuivant. Ainsi, 250.000 € sont prélevés sur l’enveloppe globale des prix de course distribués chaque année – soit 1/1.000e du montant total. Cette somme met indirectement à contribution tous les membres de France Galop qui perçoivent des gains de course : propriétaires, entraîneurs, éleveurs et jockeys. Il est toujours possible de faire des dons à Au-delà des pistes. Ainsi, les étalonniers ont tenu à participer dans le passé, via une vente aux enchères de saillies. Le Gala du cheval, organisé en août 2018, à Deauville, par Marcel Chaouat, avait aussi été l’occasion de trouver des fonds pour l’association, qui était très touchée par l’engouement généré. Au-delà des pistes réfléchit aussi avec les agences de vente, au meilleur moyen de participer à cet effort.

Cette base est complétée par une somme forfaitaire de 50.000 €, directement prélevée sur les fonds propres de France Galop. En outre, la contribution volontaire par laquelle les propriétaires, éleveurs, entraîneurs et jockeys peuvent choisir de reverser directement 1/1.000e de leurs gains à la Ligue française de protection du cheval demeure active. Elle représente un montant compris entre 50.000 € et 60.000 € chaque année.

« Assurer le meilleur avenir possible à nos pur-sang lorsqu’ils quittent nos hippodromes est une responsabilité collective des acteurs de la filière hippique »

Olivier Delloye, directeur général de France Galop, a déclaré : « Plus de 10 ans après la signature du partenariat avec la Ligue française de protection du cheval, puis avec l’écurie Seconde Chance, ce nouvel accord constitue la troisième étape d’une véritable politique de la reconversion des chevaux de galop. Assurer le meilleur avenir possible à nos pur-sang lorsqu’ils quittent nos hippodromes est une responsabilité collective des acteurs de la filière hippique, qui prend corps dans le mode de financement que nous avons choisi avec l’aval des représentants des éleveurs, des entraîneurs, des propriétaires et des jockeys. Au-delà des pistes a effectué un travail remarquable depuis sa création, en constituant un réseau national d’établissements en lesquels les propriétaires de chevaux de course peuvent avoir confiance pour effectuer la reconversion de leurs anciens représentants. Par ce partenariat, nous sommes très heureux d’apporter notre soutien à cette association et de construire ensemble un programme dont l’objectif est de permettre à tous les anciens chevaux de galop de bénéficier d’une deuxième carrière ou d’une retraite paisible. L’une des conditions de succès sera bien sûr l’élargissement du réseau de structures de reconversion. La porte est donc ouverte à toutes les bonnes volontés pour faire progresser cette cause. J’espère notamment que l’écurie Seconde Chance, que France Galop soutient depuis dix ans et dont les compétences sont reconnues, rejoindra le réseau prochainement. »

Sur la distribution des sommes par Au-delà des pistes. Chaque cheval accueilli par un établissement référencé par Au-delà des pistes, et qui ne peut être immédiatement reconverti, bénéficie d’une aide forfaitaire de 300 € au titre d’une participation aux frais de convalescence. En outre, pour chaque cheval blessé placé dans un établissement de son réseau, Au-delà des pistes reçoit 120 € de France Galop au titre de participation aux frais de fonctionnement du réseau (référencement et contrôle des établissements de reconversion, accomplissement des formalités administratives, suivi des chevaux placés, etc.).

Enfin, un fonds d’urgence, abondé chaque année à hauteur de 30.000 €, permet de subvenir aux besoins des chevaux les plus vulnérables (propriétaires défaillants, blessures graves, etc.).

Au-delà des pistes s’engage envers France Galop. L’accord entre France Galop et Au-delà des pistes est réciproque : France Galop aide au financement, ainsi qu’à l’obtention d’informations sur les chevaux à la sortie de l’entraînement par exemple, ou pour faciliter certaines tâches administratives. Mais Au-delà des pistes doit aussi répondre d’un cahier des charges envers France Galop. Donnant donnant ! En tout, l’association s’est vu fixer 24 engagements. Voici les principaux :

- établir le cahier des charges applicable aux établissements de reconversion, référencer les établissements qualifiés,

- contrôler chaque établissement par une visite annuelle,

- collecter les informations sur les chevaux de manière à distinguer ceux qui sont reconvertibles directement de ceux considérés comme vulnérables,

- organiser le transport du cheval vers l’établissement de reconversion,

- reverser l’aide de 300 € aux établissements chaque fois qu’ils accueillent un cheval vulnérable,

- suivre le placement des chevaux et leur devenir pendant au moins deux ans,

- tenir une comptabilité analytique,

- faire approuver ses comptes par un commissaire aux comptes et les communiquer à France Galop,

- tenir à disposition de France Galop l’ensemble des documents financiers et comptables nécessaires à l’exercice du contrôle.

Au-delà des pistes et une mission d’éducation auprès des professionnels

À la question de savoir si beaucoup d’entraîneurs faisaient appel à Au-delà des pistes, Alix Choppin, membre du comité de pilotage d’Au-delà des pistes, a expliqué : « Actuellement, le nombre d’entraîneurs faisant appel à nous se compte en dizaine. Nous nous devons d’aller convaincre les professionnels et nous avons un gros travail de pédagogie à faire pour, désormais, informer les professionnels de l’existence de cette convention. Au-delà des pistes devrait par ailleurs intervenir dans les stages de formation des entraîneurs. »

Et les trotteurs dans tout cela ? La question de la relation avec LeTrot a été posée. Au-delà des pistes est concentré uniquement sur les galopeurs, ce qui est logique étant donné son origine. Cependant, le grand public ne fait pas la distinction entre le trot et le galop… Et force est de constater que LeTrot est bien plus silencieux sur le sujet que France Galop. Les problématiques sont encore différentes puisque les naissances sont encore plus nombreuses au trot qu’au galop, avec de plus le système des qualifications pour pouvoir voir éventuellement un hippodrome un jour. Aliette Forien a expliqué : « Nous sommes concentrés sur les galopeurs, mais nous sommes prêts à aider le trot, à les guider si cela est désiré en communiquant notre expertise. Nous serions ravis de voir l’équivalent d’Au-delà des pistes au trot. » De son côté, Olivier Delloye a dit : « La position de France Galop envers LeTrot sur le sujet rejoint ce qu’a dit Aliette Forien. Nous sommes prêts à mettre à disposition notre expertise acquise depuis dix ans sur le sujet et nous sommes capables de prodiguer des conseils si besoin. Mais nous n’allons pas expliquer aux trotteurs comment gérer cela, dans un contexte différent étant donné leur nombre de naissances et la barrière des qualifications. Toutefois, au trot comme au galop, nous partageons ce sujet du bien-être. »

Une mission d’éducation. L’autre sujet est, en quelque sorte, l’inverse d’Au-delà des pistes : est-il possible d’empêcher des personnes ou des structures de recevoir des chevaux lorsque des cas de maltraitance – volontaires ou par ignorance – sont constatés. En début d’année, une vidéo sur la mort douloureuse d’Attention Baileys avait créé l’émotion. Au-delà de ce cas, de plus en plus de cas de chevaux laissés à l’abandon – des chevaux de tous horizons – sont signalés. Le Dr Paul-Marie Gadot a expliqué : « Chaque fois qu’un cas de maltraitance concernant les chevaux de galop est signalé, les commissaires de France Galop ouvrent une enquête. J’ai instruit l’enquête et le dossier sur Attention Baileys et c’est un dossier qui révèle une méconnaissance du cheval, pas une volonté de maltraiter. Cette méconnaissance a abouti à cette situation. Les commissaires de France Galop tiennent à rappeler que, pour s’occuper d’un cheval, il faut avoir les connaissances pour. C’est un message fort que nous tenons à avoir : quand on prend un cheval, on a une responsabilité. »

L’enfer est pavé de bonnes intentions et des chevaux se retrouvent parfois dans des conditions de vie insupportables car leurs propriétaires ignorent comment en prendre soin. Le docteur vétérinaire Richard Corde, président de la Ligue française de protection du cheval, était présent et a soulevé l’idée de militer pour un permis de détention d’un cheval. Parce qu’un cheval n’est ni un chat, ni un chien, ni un hamster…