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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Sans cash… mais pas sans débat

Courses / 09.04.2019

Sans cash… mais pas sans débat

Dimanche dernier, à ParisLongchamp, France Galop a testé un nouveau système de paiement baptisé Cashless (en français : "sans argent liquide"). Il ne fait pas l’unanimité. Le passage à ce standard fonctionne pourtant très bien partout dans l’événementiel. Nous vous laissons vous faire votre propre opinion.

Cashless est une carte de couleur noire, ressemblant à une carte bancaire : on la crédite au début de la journée et à chaque fois que l’on veut consommer, on paie avec elle comme si c’était une carte bancaire. Selon ses promoteurs – et selon France Galop – elle permet de payer beaucoup plus vite puisque la transaction se fait en un "bip", exactement comme un paiement sans contact par carte bancaire.

Fabrice Favetto Bon, directeur marketing de France Galop, explique : « Nous avions testé ce système Cashless l’an dernier à deux reprises à Auteuil, et cela avait permis de diminuer le temps d’attente aux points de restauration. Nous l’avons mis en service dimanche au niveau du Petit Pré, en pensant l’étendre, à terme, à toutes les buvettes de l’hippodrome. Je pense que le gain de temps et donc la fluidité se fera surtout sentir lors de JeuxDi, avec une clientèle qui consomme de façon plus récurrente lors de la soirée. Dans le futur, j’aimerais que la carte Cashless permette aussi de payer ses paris, mais nous n’en sommes pas encore là. »

L’initiative n’a pas plu à tout le monde. Un de nos lecteurs nous a écrit lundi, pour livrer ce témoignage : « Vous mentionnez une "ouverture réussie" pour ParisLongchamp. Je partage le constat… sauf pour le gros point noir de la restauration ! La société gérant les food-trucks a inventé un système de paiement par carte prépayée qui se rapproche dangereusement d'une arnaque. On fait la queue une première fois pour la carte, facturée 1 €, une deuxième fois pour choisir son plat, une troisième fois pour le retirer et une quatrième fois pour une bouteille d'eau à 5 €. Les prix ne sont pas, bien sûr, affichés au moment de charger la fameuse carte et s’il vous reste de l’argent sur votre carte après le déjeuner, pas de panique : il "suffit" de remplir un formulaire en ligne pour le récupérer. Le site en question n’est affiché nulle part. Un système particulièrement innovant et efficace qui empêche de déjeuner rapidement entre deux courses et qui a sans doute gâché l’expérience de nombreuses familles venues profiter de cette journée magnifique. »

Sans nous lancer dans un jugement de Salomon, disons que l’initiative est intéressante en ceci qu’elle rapproche l’expérience "courses" des grands standards événementiels : on paie par carte dématérialisée dans quasiment tous les festivals de musique et dans de nombreux événements sportifs. Mais il aurait peut-être été plus pertinent – et il serait plus pertinent pour l’avenir – de laisser au moins l’option de règlement par carte bancaire en sus… voire en cash.

Deux journalistes de JDG, d’avis opposés, exposent leurs idées sur la question.

Pour : Anne-Louis Échevin

« Pour ceux qui, par exemple, fréquentent les grands festivals de musique, le Cashless est bien connu. Lollapalooza le propose. Dans de grands événements comme ceux-là, rien n’est plus énervant que les interminables files d’attente pendant un concert… Le Cashless est un vrai gain de temps. C’est facile : il suffit de charger avant l’événement ou en arrivant. Dans ce dernier cas, il peut y avoir un peu de temps d’attente à la "banque Cashless", mais si l’organisation est bonne, cela va très vite. Une fois sa carte Cashless en poche, les files d’attente aux différents bars et food-trucks sont réduites : plus besoin d’attendre que les personnes avant vous sortent leur carte bleue, tapent leur code – le sans contact propose des sommes souvent trop limitées –, attendent l’accord de la banque, etc., ou donnent un billet de banque, bloquant tout le monde en attendant le retour de leur monnaie. En 2018, lors des derniers Jeuxdi, il fallait parfois attendre une bonne demi-heure pour avoir sa commande. Or, on se rend à de tels événements pour passer du temps entre amis, pas pour être séparé d’eux pendant une éternité lorsqu’une partie de la troupe patiente au bar, pendant que l’autre garde la table ! Et il suffit de quelques clics pour récupérer l’argent restant après l’événement, ou de le garder pour une prochaine fois. Alors oui, il ne faut pas perdre ou oublier la carte en cas de non création de compte. Pour le public des Jeuxdi, le Cashless est une bonne idée… D’autant plus que ce moyen de paiement est bien ancré dans l’esprit des jeunes ! »

Contre : Guillaume Boutillon

« Jouer aux courses est déjà devenu compliqué sur le champ de courses : disparition des guichets, machines peu nombreuses, machines en panne… et maintenant, il est également devenu difficile de consommer. Avant, avec le cash, tout poussait à la consommation : quel plaisir c’était d’avoir gagné et d’aller boire un verre avec l’argent du guichet.

On nous dit que Cashless fonctionne bien pendant les festivals de musique. Mais le public des hippodromes (à l’exception des Jeuxdi) n’est pas le même que celui d’un festival, loin de là ! France Galop ne devrait-il pas s’inspirer d’Ascot plutôt que de Rock en Seine ? Nous, nous avons une clientèle âgée (en semaine) et familiale (le week-end)… Quand une famille sort ou va au restaurant, elle ne sait jamais exactement combien cela va lui coûter. Comment le prévoir quand on est nombreux ?

Et quid de l’achat additionnel ? Si vous devez recréditer votre carte pour pouvoir vous offrir ce gâteau au chocolat qui vous fait de l’œil, vous y renoncerez certainement. Et ce sera une vente perdue pour le restaurateur.

Pourquoi ne pas avoir fait plus simple ? Il aurait été préférable de s’associer à une appli permettant de payer ses consommations via son smartphone, plutôt que de compliquer l’acte d’achat avec une carte. À tout compliquer, on nuit à la volonté de vouloir repeupler les hippodromes. Et puis le public va nécessairement se poser des questions : pourquoi nous impose-t-on cela ? Et nos libertés ? Comment récupérer mon argent ? Dans quel délai ? Cela n’est pas de nature à inspirer la confiance ou à la restaurer. »

Smarturf : le porte-monnaie digital des parieurs

Cashless n’est pas la seule dématérialisation hippique. Depuis 2017, on peut parier sur son smartphone sans avoir de compte PMU, grâce à l’application développée par le Groupe Carrus.

Le groupe Carrus a créé la web application Smarturf pour permettre de parier sur les cotes du réseau en dur depuis son smartphone, en utilisant le wifi de l’hippodrome. Ainsi, plus besoin de quitter sa table au restaurant ou de faire la queue aux guichets. La première étape consiste à déposer une somme en liquide sur ce porte-monnaie digital, en se présentant au guichet. Le parieur se connecte ensuite de manière anonyme et joue sur les courses de la réunion. Plusieurs membres de son entourage peuvent se partager le compte et il est aussi possible de jouer lors de la réunion suivante ou sur un autre champ de course. Les gains se retirent, de manière anonyme et en liquide, au guichet de l’hippodrome. Le fait d’être une web application permet d’éviter de passer par un téléchargement sur le téléphone.

Une technologie qui fonctionne. En 2017, la web application Smarturf a été testée à Cabourg, Divonne-les-Bains et Vichy avant d’être étendue à un nombre plus important d’hippodrome. Responsable du marketing et de la communication du groupe Carrus, Lambert Carrus nous a expliqué : « Cela n’a pas encore été testé, mais nous avons déjà évoqué l’idée d’utiliser Smarturf pour d’autres types d’achats. Cette web application pourrait par exemple aussi permettre de régler ses consommations sur l’hippodrome. Il suffirait pour cela de mettre en place des accords avec les entités qui vendent nourriture et boissons. Ce qui est tout à fait imaginable. Il est certain que les parieurs sont souvent attachés au fait de ne manipuler que du liquide. Mais il faut avoir conscience que 70 % des Français utilisent un smartphone. C’est donc l’avenir du paiement. Une partie des parieurs s’est déjà convertie à la digitalisation et les nouvelles populations, que les courses veulent séduire, doivent se reconnaître dans ces technologies qu’ils utilisent par ailleurs dans d’autres loisirs, comme les festivals. On constate que les parieurs qui ont utilisé Smarturf une fois y reviennent par la suite. Et ce d’autant plus que la web application fournit des informations et statistiques pour jouer. Smarturf permet donc aussi de dématérialiser le programme en papier qui peut paraître obsolète pour certains. »

Des évolutions à court et moyen terme. « Pour l’instant, le parieur doit créditer son compte en liquide. Nous voudrions, dans les mois à venir, que cela soit possible avec une carte bancaire, sur un terminal comme chez un commerçant, ou directement depuis son téléphone, comme lors d’un achat en ligne. Nous voulons aussi mettre en place un système de points de fidélité. Ces points seront convertibles en paris prépayés. Si Smarturf est disponible sur un nombre croissant d’hippodromes français, il l’est aussi de plus en plus à l’étranger. L’opérateur allemand German Tote a par exemple acquis cette technologie. Notre limite, en France, vient du fait que les parieurs ont l’habitude de passer par le PMU. Aussi, quand c’est Carrus qui leur propose un système de paris alternatifs, certains sont perdus, car ils ne l’identifient pas comme un opérateur de paris officiel. Si un jour cette technologie passe sous les couleurs du PMU, elle va gagner en popularité auprès des parieurs français. »

Pour découvrir Smarturf en vidéo :

https://youtu.be/EA_Ot_y6dtk