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Jour de Galop

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Tour to Paris, le nouvel Overdose ?

Courses / 23.04.2019

Tour to Paris, le nouvel Overdose ?

Par Adrien Cugnasse

Ce lundi, Tour to Paris a fait sensation à ParisLongchamp en survolant le Prix du Gros Caillou (Classe 1). Dès lors, on le compare naturellement avec celui qui fut le plus célèbre des chevaux hongrois de ces dernières décennies : le sprinter Overdose… Mais cette comparaison est-elle opportune ?

Le célèbre Overdose (Starborough) a fait la fierté du galop hongrois il y a une dizaine d'années. Lauréat de 16 courses, ce sprinter avait notamment remporté le Goldene Peitsche (Gr2), l'Hamburg-Trophy (Gr3) et à deux reprises le Premio Carlo E. Francesco Aloisi (Gr3). Il s'était aussi classé proche quatrième des King's Stand Stakes (Gr1). Tout le monde se souvient de son envolée dans le "premier" Prix de l'Abbaye de Longchamp (Gr1), en 2008. Une course pour la gloire, qu'il avait remportée dans le même temps que Marchand d'Or (Marchand de Sable), vainqueur de l'épreuve officielle, recourue en fin de réunion. La comparaison entre Tour to Paris (Fuissé) et Overdose est d’autant plus naturelle qu’ils ont fait carrière chez le même entraîneur. En effet, avant d’arriver chez Pia Brandt, le "FR" était invaincu en Hongrie sous l’entraînement d’Even Ribarszki qui fait partie du top-trois local. Ce dernier a déclaré à la presse locale : « Tour to Paris, comme Overdose en son temps, a immédiatement montré beaucoup de qualité à l’entraînement. Mais Overdose n’a jamais dépassé les 1.400m en course. Alors que Tour to Paris a plus de tenue. Il a déjà gagné sur 1.600m [les Guinées locales, ndlr] mais l’idéal pour lui se situe entre 1.200m et 1.400m. »

Intouchable dans son pays. Élevé par le haras du Quesnay, Tour to Paris a été cédé 3.000 € yearling à Chris Richner, lors de la vente d’automne Arqana. Le responsable des pays de l’Est pour l’agence Arqana nous a expliqué : « Tour to Paris était intouchable en Hongrie, et pas uniquement sur le sprint. Il était engagé dans le Derby mais il n’y a pas pris part car il n’aurait probablement pas tenu. Depuis que le cheval aligne les victoires, son entourage pense à venir courir en France au niveau Listed. Mais il n’a finalement pas pu prendre part au Prix Matchem (L) en octobre dernier, car un rappel de vaccination était non conforme. À trois jours près… » Suite à cet incident, le cheval a quitté la Hongrie pour rejoindre la France et les boxes de Pia Brandt.

Ce qui plaide en sa faveur. Ce lundi, Tour to Paris a vraiment fait impression. Surtout qu’avant le départ, il a forcé sa stalle, avant de faire le tour de la piste en liberté. Orbaan (Invincible Spirit), le deuxième, a gagné le Prix de Saint-Patrick (L) sur 1.600m l’année dernière. Mais on ne connaît pas encore avec fiabilité sa valeur sur plus court. À six longueurs du gagnant, le troisième, Naif (French Fifteen), restait sur deux sorties en valeur 41 cette année. En 1’19’’85, Tour to Paris a bouclé les 1.400m dans un meilleur temps que sept des huit derniers gagnants de cette Classe 1. Le lauréat courait pour la première fois en tête. En Hongrie, il aimait venir en progression et venir surclasser ses adversaires. Les professionnels des pays de l’Est considèrent Tour to Paris comme un très bon cheval, mais peu voient en lui un champion du niveau d’Overdose, même s’il est le meilleur vu depuis longtemps dans ce pays. Néanmoins, après ce premier succès français, son entourage a le droit de rêver. Reste à savoir comment il va se comporter face une concurrence plus relevée, alors qu’il n’a jamais eu à lutter jusqu’à ce jour.

Le niveau des courses hongroises. Historiquement, les trois ou quatre meilleurs chevaux entraînés en Hongrie sont capables de disputer l’arrivée d’une Listed en Europe de l’Ouest. Chris Richner nous cite en exemple le dernier lauréat de la Triple couronne hongroise : « Esti Feny (Pigeon Catcher) s’est classé quatrième du Preis von Dahlwitz (L) à Berlin, ce lundi. » Le programme hongrois n’est pas très développé et les chevaux doivent être capables de se produire sur une large palette de distance. Surtout, les locaux ont pour objectif de remporter le Derby et orientent leurs achats en conséquence, en cherchant toujours une certaine tenue dans les pedigrees, tout en ayant des budgets très limités. Bien qu’ils achètent régulièrement chez nous, on voit rarement des Hongrois dépasser la barre des 10.000 € dans les ventes européennes. La compétition en Hongrie est donc d’un niveau honorable mais très loin de nos standards, y compris dans les épreuves de vitesse. Dans les pays de l’Est, c’est en République tchèque que le niveau est le plus élevé. Les victoires des Tchèques en Europe de l’Ouest en attestent. Et ceci est directement lié au fait qu’ils sont prêts à dépenser plus pour leurs achats, mais également à venir courir plus souvent en France ou en Italie. La Pologne et la Slovaquie sont probablement un ton en-dessous si l’on se réfère aux confrontations entre les meilleurs chevaux des pays de l’Est. Et selon ce principe, la Hongrie arrive en quatrième position. Mais quand un cheval est exceptionnel… peu importe sa provenance !

Ils font rêver les locaux. Comme Overdose en son temps, Tour to Paris porte une casaque dont les couleurs rappellent celles du drapeau hongrois. Ce n’est pas une surprise lorsque l’on connaît la fibre patriotique des habitants de ce pays. Or les Hongrois aiment voir briller leur nation à l’international. Dans les pays de l’Est, la réussite des Tchèques en Italie, en Allemagne et en France a créé une certaine émulation. Ils sont de plus en plus nombreux à oser revoir leur investissement à la hausse pour se frotter aux Européens de l’Ouest. Également acquis par Chris Richner, le français de naissance Subway Dancer (Shamardal) a modestement débuté à l'âge de 4ans à Hyères, avant de gravir un à un les échelons pour remporter le Prix André Baboin - Grand Prix des Provinces (Gr3) à la fin de sa première année de compétition. Courant quasi exclusivement en France, il a confirmé au niveau black type en 2017, puis en 2018, où il a terminé son année en apothéose, se classant troisième des Qipco Champion Stakes (Gr1) de Cracksman (Frankel). C'est le premier cheval de l'histoire de l'entraînement tchèque à monter sur le podium d'un Gr1 anglais en plat, et son entraîneur, Zdeno Koplik, rêve déjà de revenir en Angleterre. Lui aussi entraîné en Tchéquie, Nagano Gold (Sixties Icon) vient de remporter le Prix Lord Seymour (L), sa deuxième Listed française. Son entraîneur, Vaclav Luka, nous avait alors expliqué : « Il devrait être revu dans le Prix d'Hédouville (Gr3) avant d'aller à Ascot. » Le rêve et la passion sont les moteurs des courses. Et après une belle victoire à ParisLongchamp, on a forcément envie de rêver grand !