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BREEZE UP ARQANA - East peut offrir un deuxième succès classique à Katie Walsh

Magazine / 10.05.2019

BREEZE UP ARQANA - East peut offrir un deuxième succès classique à Katie Walsh

BREEZE UP ARQANA

East peut offrir un deuxième succès classique à Katie Walsh

Comme en 2018, les consignors irlandais nous ont ouvert leurs portes quelques semaines avant la vente organisée par Arqana. Au cœur de cette île rurale, c’est aussi une aventure humaine à l’irlandaise, pavée de réussites extraordinaires et de revers cinglants, qui se dessine. À quelques heures de la vente, nous vous proposons de partir à la rencontre de Katie Walsh (Greenhills Farm).

Par Adrien Cugnasse

On peut être et avoir été. Gagnante du Prix La Barka (Gr2) 2014 avec Thousand Stars (Grey Risk), Katie Walsh a décidé de mettre un terme à sa carrière de jockey en 2018. Sœur de Ruby et fille de Ted Walsh, entraîneur lauréat du Grand National, elle a fait partie de l’équipe de Willie Mullins. Son palmarès compte deux Grs1, le Champion Bumper 2018 avec Relegate (Flemensfirth) et le Champion Bumper de Punchestown en 2016 avec Blow by Blow (Robin des Champs). Elle s’est aussi imposée dans le Grand National irlandais avec Thunder and Roses (Presenting) en 2015 et elle restera encore quelques mois au moins comme la femme ayant obtenu le meilleur classement dans le Grand National. Elle s’était classée troisième de la course en 2012 avec Seabass (Turtle Island), un protégé de son père. Mais tout ceci est du passé. À présent, Katie Walsh prépare des chevaux pour les breeze up et cette nouvelle vie commence très fort. Dès dimanche, elle pourrait remporter son deuxième classique en tant que consignor, car East (Frankel) est engagée dans l’Emirates Poule d’Essai des Pouliches (Gr1).

East, la belle histoire. Préparer et vendre des chevaux pour les breeze up n’est pas une activité facile. En ce début d’année, le label Greenhills Farm s’est distingué avec un beau pinhooking sur une fille de No Nay Never (Scat Daddy). Achetée 80.000 Gns par Katie Walsh l’année dernière, elle a été revendue 160.000 Gns à Cool Silk Partnership au mois d’avril. Pour être un bon consignor, il faut aussi savoir présenter les chevaux de ses clients, comme ce fut le cas pour East. Katie Walsh se souvient : « C’est le manager de son éleveur, Mitaab Abdullah, qui nous a contactés, car ils voulaient nous proposer de préparer deux pouliches pour les breeze up. Elles étaient déjà débourrées et nous avons forcément accepté compte tenu de leur potentiel, ne serait-ce qu’au niveau du pedigree. La meilleure fut bien sûr East. La pouliche avait clairement besoin de temps et c’est la raison pour laquelle nous avions choisi une vente plus tard dans la saison. C’était vraiment une pouliche facile à faire breezer. Dès le départ, elle a montré des capacités assez exceptionnelles. De travaux en travaux, elle ne cessait de s’améliorer, se montrant très volontaire. J’ai donc eu beaucoup de chance qu’on me l’ait confiée. Avant de l’acheter, Stephen Hillen et moi-même avons beaucoup discuté sur son comportement lors de la préparation. Je lui avais dit qu’elle avait beaucoup de marge. Il est allé jusqu’à 315.000 € pour parvenir à l’acheter. Kevin Ryan a bien fait prendre son temps avant de la courir. Elle a gagné en débutant au mois de septembre, avant de confirmer en remportant le Prix Thomas Byron (Gr3). En fin de saison, elle s’est classée deuxième de la Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1). Il faut que les gens sachent qu’ils peuvent faire confiance à votre jugement si vous voulez durer dans cette activité. La route est longue entre la préparation et les belles courses. Je savais qu’East avait de la marge et qu’elle n’aurait aucun problème pour remporter son maiden. Mais au-delà… personne ne pouvait le dire à ce stade. »

Déjà un premier succès classique. East n’est pourtant pas le premier bon cheval vendu par Katie Walsh. Caspar Netscher (Dutch Art) fut l’un de ses premiers essais dans les breeze up. Comme plusieurs anciens champions — dont Thousand Stars (Grey Risk) — elle a demandé à le récupérer au terme de sa carrière pour lui offrir une belle retraite dans ses installations. Acheté 25.000 Gns, Caspar Netscher a été revendu 65.000 Gns l’année suivante à Tom Malone et Alan McCabe. Il a couru pas moins de dix fois à l’âge de 2ans, remportant notamment les Dubai Duty Free Mill Reef Stakes (Gr2) et les Gimcrack Stakes (Gr2) avant de terminer sa saison dans la Breeders' Cup Juvenile Turf (Gr1). Lauréat des Greenham Stakes (Gr2) pour sa rentrée, il a ensuite remporté les 2.000 Guinées allemandes (Gr2). Katie Walsh nous a confié : « C’était une période assez difficile. Après avoir raté ma première saison de breeze up, où j’avais acheté des chevaux trop dans le type obstacle, j’ai pu continuer grâce au soutien de mes parents. Et lors de ma deuxième saison, il y avait Caspar Netscher. Le cheval a eu une carrière incroyable. Il a gagné son maiden quelques semaines après la vente. Il a même fait une saison de monte à Morristown Lattin Stud. Dès le départ, il était facile, montrant de la vitesse. C’était un poulain sain et doué. »

Un travail d’équipe. Katie Walsh est installée aux portes de Dublin, à proximité de l’hippodrome de Leopardstown. Elle utilise donc les mêmes pistes que son père et que son mari Ross O’Sullivan. Elle explique : « C’est une activité où il faut faire preuve de pragmatisme. Avec les chevaux, tout peut arriver et je connais trop bien les hauts et les bas de ceux qui font leur vie à leurs côtés. Je travaille avec mon père et son équipe. Nous sortons d’abord les chevaux de courses. Cela représente quatre ou cinq lots. Nous faisons une pause pour boire le thé et nous passons aux poulains pour les breeze up. Pas le temps de nous ennuyer ! Mais nous avons une très bonne équipe, c’est formidable de travailler dans ces conditions. Pour aller aux ventes, je m’entoure d’autres personnes comme Denise O’Brien. Elle ne monte pas, mais elle voyage avec tous nos chevaux. C’est important d’avoir des gens sur qui l’on peut compter. En ce moment en Irlande il est difficile de trouver du bon personnel et notamment de bons cavaliers. Le monde des breeze up a beaucoup changé en l’espace de quelques années. En 2018, beaucoup de vendeurs ont souffert. Et il n’est jamais facile d’acheter les bons yearlings car personne ne peut se tromper pour de tels montants. Parfois, de futurs très bons chevaux ne font pas d’argent à ces ventes. L’exercice est très difficile. Mais je pense que les bons acheteurs savent tenir compte du fait que certains bons sujets n’ont pas le pedigree pour être précoce et breezer très vite aussi tôt dans leur vie. »

Ses lots pour Arqana. Katie Walsh présentait deux lots à Deauville en 2018 : « Cela s’était bien passé pour moi, avec deux chevaux qui ont bien breezé. J’ai vendu une fille de Nathaniel (Galileo) pour 87.000 € et un mâle par Elusive City (Elusive Quality) au Hong Kong Jockey Club pour 150.000 €. Cette année, je présente trois lots. J’ai une fille d’Exceed and Excel (Danehill) lequel est un étalon toujours très recherché aux breeze up. C’est une belle pouliche que je présente pour un client. C’est la belle famille d’Allegretta (Lombard) et elle a la taille et l’envergure pour le marché français. Elle parait vraiment précoce, avec de la vitesse. Nous présentons aussi un fils de Bated Breath (Dansili) que nous avons acheté en France où sa famille maternelle a toujours bien réussi. C’est un magnifique poulain, très fort et calme. Il a toujours fait ce qu’on lui demandait très facilement. Sans être très précoce, c’est un cheval avec de la qualité, que l’on peut rêver voir sur le mile. Nous avons aussi une fille de Nathaniel avec une bonne souche. Elle appartient à un client et ressemble à celle que nous avons bien vendue l’an dernier. Cette pouliche se comporte très bien et la vente de Deauville devrait lui convenir. »