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BREEZE UP ARQANA - Tom Whitehead, show must go on

Magazine / 09.05.2019

BREEZE UP ARQANA - Tom Whitehead, show must go on

BREEZE UP ARQANA

Tom Whitehead, show must go on

Comme en 2018, les consignors irlandais nous ont ouvert leurs portes quelques semaines avant la vente organisée par Arqana. Au cœur de cette île rurale, c’est aussi une aventure humaine à l’irlandaise, pavée de réussites extraordinaires et de revers cinglants, qui se dessine. À quelques jours des premiers breeze, nous vous proposons de partir à leur rencontre. Ce jeudi, nous partons à la découverte de Tom Whitehead (Powerstown Stud).

Par Adrien Cugnasse

Outre-Manche, ce que l’on appelle les shows est une activité très populaire dans la filière cheval. Un peu comparables aux concours de modèles et allures français, ils rassemblent souvent des épreuves montées, pour toutes les races de chevaux et de poneys. L’objectif est de dénicher un beau cheval et de le présenter de la meilleure manière possible devant un jury. On peut les pratiquer dès l’enfance. Et c’est d’ailleurs dans cet univers que Tom Whitehead a fait ses premiers pas. L’homme de Powerstown Stud se souvient : « Quand j’étais jeune, je travaillais avec mon oncle pendant l’été pour préparer ses chevaux de show. J’ai beaucoup appris sur la conformation grâce à lui. Et tout ceci m’est très utile dans mon travail actuel. Je n’ai jamais travaillé avec un entraîneur ou un consignor. J’ai appris par moi-même, au fil du temps. » Et du show aux breeze up, il n’y a qu’un pas. Le spectacle continue.

Un début de saison fructueux. Depuis le début de l’année, Tom Whitehead fait partie des pinhookers qui tirent leur épingle du jeu. Il a présenté 11 chevaux aux breeze up, dont 10 ont trouvé preneur. Pour 220.000 £, Karl Burke lui a acheté un fils de Malibu Moon (Giant’s Causeway) acquis 50.000 $ lorsqu’il était yearling aux États-Unis. C’est également outre-Atlantique, mais pour 30.000 $ que Tom Whitehead a déniché une fille d’American Pharoah (Pioneerof the Nile). Elle a été revendue 110.000 Gns à Victoria de Sousa. Filip Zwicky lui a acheté pour 110.000 £ un fils d’Elusive Quality (Gone West) qui avait été acquis 55.000 $ l’an dernier à Keeneland. Mais à ce jour, sa meilleure vente de l’année est un fils de Night of Thunder (Dubawi) qui est parti chez Godolphin pour 260.000 Gns. Il avait été retiré en octobre dernier à Tattersalls. Au sujet de son mode de fonctionnement, Tom Whitehead détaille : « Vous pouvez trouver un beau yearling dans n’importe quelle vente. Il ne faut pas chercher le meilleur rapport qualité/prix. Quand vous aimez un cheval, vous devez essayer de l’acheter et espérer qu’il plaira à quelqu’un d’autre le coup d’après. Et quand on achète des chers, on ne peut pas se permettre de les mettre dans le rouge. Car au moindre problème, vous perdez tout. Dans ce sens, notre travail n’a rien à voir avec celui des Américains. Aux États-Unis, si le cheval n’est pas carré après le breeze, mais que ses radios sont bonnes, il sera vendu. C’est un autre monde. Je veux réduire les risques de blessures au maximum et j’ai trois manières d’y arriver : ne pas trop pousser les chevaux, avoir une bonne piste et travailler avec de bons cavaliers. »

Personnel et piste, les clés du succès. Tom Whitehead dispose d’installations impressionnantes, avec une très belle piste et des bâtiments neufs. Mais il s’est aussi donné les moyens d’avoir des cavaliers de premier plan : « Il est difficile de tout faire et c’est la raison pour laquelle je me concentre sur les breeze up. Ma femme s’occupe de l’élevage de son côté. Cela me permet d’atteindre le nombre suffisant de chevaux pour employer de très bons cavaliers. Pour monter ses 2ans, il faut être très léger et donc monter beaucoup. Nous avons deux Brésiliens et un Irlandais. De vrais hommes de chevaux. L’un d’eux travaille avec moi depuis huit saisons. Pour le moment, nous n’avons pas de problème de personnel. Mais si l’un d’entre eux part, cela sera difficile de trouver un remplaçant, car comme partout en Europe, nous manquons cruellement de vocations.

Je pense que les grands chevaux, comme ceux qu’on présente à Arqana, ont besoin d’une bonne piste pour travailler. Sinon ils ont toujours des problèmes d’articulations, de tendons… La piste en woodchip requiert beaucoup d’entretien. Tous les deux ou trois ans, nous avons besoin de la rénover. J’ai investi 180.000 € il y a deux ans. Et cela ne durera pas, cela nous coûtera bientôt environ 30.000 ou 40.000 € pour la remettre à niveau. Tous les deux lots je passe le tracteur. C’est un travail constant. »

Vendredi 10 mai – canters – 12 h

Samedi 11 mai – vente – 13 h

L’exemple de Parviz. Parmi les bons chevaux présentés à la breeze up Arqana par Powerstown Stud, on peut citer Cap Vérité (Prix des Tourelles, Listed), Mamba Noire (troisième des Duchess of Cambridge Stakes, Gr2), Holy Cat (deuxième des Round Tower Stakes, Gr3), Happy Era (troisième du Hong Kong Classic Mile, Gr1)… mais aussi Parviz (troisième de l’Oleander Rennen, Gr2 et du Qatar Derby, Gr1 local). Vendu 70.000 € à Holger Faust, ce dernier est un exemple de la manière dont Tom Whitehead veut fonctionner : « Issu d’un bon élevage, c’est un poulain que nous n’avions pas beaucoup poussé car il n’était pas prêt pour cela. Il n’avait d’ailleurs pas breezé très vite mais nous savions qu’il avait de la qualité. Nous avons parlé aux acheteurs, en leur expliquant ce que nous pensions du poulain. Ils nous ont fait confiance en l’achetant et le propriétaire a su être patient avec son cheval. Black type à 3ans, il s’est affirmé au niveau Groupe l’année suivante. Holger Faust est l’un de nos bons clients. L’histoire de Parviz, c’est vraiment l’exemple du bon cheval qui n’a pas été le plus rapide le jour de la vente, mais aussi de l’importance de la confiance entre vendeur et acheteur. Son entourage l’a bien géré et c’est devenu un super cheval. »

Quiet Reflection est désormais poulinière chez John Magnier ! Toutes ventes confondues, le meilleur sujet vendu par Tom Whitehead n’est autre que la sextuple gagnante de Groupe Quiet Reflection (Sprint Cup Stakes, Gr1, Commonwealth Cup, Gr1, Sandy Lane Stakes, Gr2, Dubai Cornwallis Stakes, Gr3, Renaissance Stakes, Gr3 & Prix Sigy, Gr3). Tom Whitehead se souvient : « Elle faisait partie des premières générations de Showcasing (Oasis Dream), un étalon qui m’a porté chance. C’était une belle pouliche. Son histoire est incroyable. Je l’ai achetée 32.000 £ et revendue 44.000 £. Et aujourd’hui elle est suitée de Galileo (Sadler’s Wells) à Coolmore ! Elle n’avait pas très bien breezé le jour de la vente, dans un terrain souple qu’elle n’aimait pas, mais elle avait de la marge. Il est certain que ceux qui ne fonctionnent qu’au chronomètre ne l’ont pas retenu. Mais beaucoup de mes poulains ne sont pas à fond en avril ou en mai. Quiet Reflection a gagné des Groupes de 2 à 4ans. »

Deauville, une vente à part. « Je prépare environ vingt-cinq poulains pour les breeze up. En une quinzaine d’années, ces ventes ont beaucoup changé, surtout en France. La première fois que je suis allé à Saint-Cloud pour cette vacation, la qualité était très moyenne, les chevaux se vendaient pour quelques milliers d’euros. Cette vente est partie de zéro et elle est devenue incroyable. Je pense qu’en termes de qualité, c’est l’une des plus belles breeze up au monde. Les résultats de l’an dernier parlent d’eux-mêmes. Cette progression est aussi à mettre au crédit de Freddy Powell, Éric Hoyeau et Ludovic Cornuel. Ils ont beaucoup travaillé pour tirer cette vente vers le haut. Les chevaux ont plus de temps, elle est très bien située dans le calendrier, mieux que la Craven à mon goût. Ce mois supplémentaire est très important, surtout pour les sujets imposants. De même, la météo est plus clémente, c’est une bonne chose pour les pouliches. Enfin à Arqana, la vente est moins axée sur le chrono. Si vous avez un beau cheval, qui galope bien et a une bonne action, vous trouverez des gens intéressés à Deauville, même si son temps n’est pas extraordinaire. »

Ses lots pour Deauville. Tom Whitehead présente sept chevaux à la breeze up Arqana, tous des mâles, trois achetés à Deauville l’année dernière et quatre issus des ventes américaines. Au sujet de son fils de Karakontie (Bernstein), il nous a dit : « Son père a gagné la Poule d’Essai des Poulains et il est donc bien connu des Français. C’est un cheval très sympa, avec une bonne action. Il a un peu de taille. Je l’ai acheté aux États-Unis aux éleveurs de Justify (Scat Daddy). Il a un bon tempérament. » Tom Whitehead présente aussi un fils de Summer Front (War Front) et il nous a confié : « Il est magnifique, avec de la taille et une très belle action. À 3ans, il sera splendide. Un produit du père s’est vendu 85.000 Gns à la breeze up d’Ascot» Les produits de Dark Angel (Acclamation) sont toujours très recherchés et l’homme de Powerstown Stud nous a dit concernant celui qui porte le numéro 94 : « Je l’ai acheté en France. Il a un très bon pedigree et de l’os. Il a de la vitesse, c’est certain, mais sans être un petit cheval. » Siyouni (Pivotal) fait lui aussi partie des étalons qui ont la cote : « Il n’est pas immense, mais c’est un très beau cheval, avec beaucoup de qualité. Je l’ai trouvé à Deauville en août. Siyouni et les breeze up, c’est une alliance qui fonctionne. Regardez Le Brivido et Epic Hero ! » Encore peu connu en France, l’américain Medal Count (Dynaformer) a ses premiers 2ans en piste cette année aux États-Unis : « Le fils de cet étalon que je présente est un beau poulain noir avec beaucoup de qualité et de bonnes jambes. » Deux produits d’American Pharoah (Pioneerof the Nile) sont inscrits au catalogue de Deauville, dont un sous la bannière de Powerstown Stud : « Nous l’aimons beaucoup. C’est un poulain assez tardif, comme l’était son père, mais il s’améliore. Son pedigree est fantastique, car sa mère a déjà donné deux chevaux de Gr1. C’est un cheval très intéressant. Il me donne envie de me lever le matin ! » Tom Whitehead fait partie des supporters de Dabirsim (Hat Trick) et il continue à soutenir cet étalon dont il présente un fils : « Le marché n’a pas été juste avec ce sire l’année dernière. Le poulain que nous présentons est un beau sujet compact qui fera un bon 2ans. »