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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

De Bon Cœur ** en examen à Grosbois

Courses / 20.05.2019

De Bon Cœur ** en examen à Grosbois

Par Christopher Galmiche

Suite à sa deuxième place dans la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1), De Bon Cœur ** (Vision d'État) est partie à la clinique de Grosbois pour passer des examens. D’ici deux jours, nous en saurons plus sur ce qui a gêné la championne de Jacques Détré et Nicolas de Lageneste. Son entraîneur, François Nicolle, nous a dit : « De Bon Cœur est partie à la clinique de Grosbois pour passer des examens complémentaires. La jument ne boite pas, mais elle n’est pas comme on l’a connue. Le seul qui l’a exprimé ouvertement et me l’a dit, c’est Willie Mullins qui sait regarder un cheval et une course. Il a été très surpris de gagner avec Bénie des Dieux ** (Great Pretender) car il pensait vraiment que De Bon Cœur se serait imposée. »

Les chaleurs, oui, mais pas que… Lors de sa victoire moins autoritaire que d’ordinaire dans le Prix Léon Rambaud (Gr2), De Bon Cœur était en chaleur. Son mentor nous a expliqué : « On met ça sur le dos des chaleurs… C’est vrai qu’elle était en chaleur en dernier lieu, comme l’an dernier lorsqu’elle avait été battue par Alex de Larredya ** (Crillon) dans le Prix Léon Rambaud (Gr2). Mais il y a sans doute un amalgame de facteurs qui font que la fêlure qu’elle a eue ne l’a fait pas assez souffrir pour la faire boiter, mais l’a chatouillée suffisamment pour que la jument se reprenne, s’économise et ne saute plus de façon aussi fluide que d’ordinaire. Là, elle vient tout le temps au pied, elle se raccourcit parce qu’elle sait qu’à la réception, elle va avoir mal. J’espère que l’on ne va rien trouver de grave, mais à mon avis, ils vont trouver quelque chose. La fêlure s’est peut-être réveillée. Nous en saurons plus dans quarante-huit heures. S’ils décèlent quelque chose, elle partira comme poulinière ; si ce n’est pas ça, on va revoir différemment les choses. Mais je ne retrouve pas la jument que j’ai connue l’année dernière à la même époque. »

Un cœur énorme. Bien que n’affichant pas sa meilleure valeur, De Bon Cœur est une jument extraordinaire malgré tout car elle arrive quand même à se surpasser, à très haut niveau, pour faire de belles choses. C’est aussi ça la force des cracks. « La meilleure course qu’elle ait faite cette année, c’est sa course de rentrée dans le Prix Hypothèse (Gr3). Depuis, elle court à 70 % de ses moyens. La première sortie, elle l’a faite sur sa fraîcheur. Mais après cette rentrée, l’organisme s’est réveillé dans un sens ou dans l’autre. Là, ça se réveille dans le mauvais sens et dans sa tête, elle appréhende la douleur. Elle se préserve. Dans la Grande Course de Haies, son plus beau passage, c’est en face, quand elle a pris la tête, collée le long de la grille avec son jockey les mains posées avant de partir de loin. J’étais sur mon "bout de bois" et là je me suis dit que la messe était dite et que nous avions gagné. Après, lorsque j’ai vu qu’elle se rabattait en quatrième position dans le tournant final, j’ai senti que ce n’était plus du tout pareil. J’ai aussi remarqué qu’elle était passée devant les tribunes les rênes dans le vide avec une petite action. Pas celle qu’on lui connaît quand elle arrache le gazon, mais plutôt en se disant : "Je ne veux pas trop allonger les jambes parce que plus je vais les allonger, plus je vais avoir mal." Nous sommes battus par une très bonne jument mais si j’avais eu ma vraie De Bon Cœur, elle aurait gagné pour la deuxième fois la Grande Course de Haies. J’ai eu une demi-De Bon Cœur, mais une jument avec un cœur énorme, courageuse comme il n’est pas permis… »

Aucun risque ne sera pris. L’entourage de De Bon Cœur ne prendra aucun risque s’il s’avère que la jument a un souci de santé contraignant pour sa carrière : « Sa défaite dans la Grande Course de Haies a été une énorme déception. Il faut connaître la raison de cette contre-performance. Ensuite, soit on peut soigner, guérir et continuer prudemment, soit on arrête en se disant que c’est quand même une grande championne qui a gagné le Cambacérès, le Renaud du Vivier, la Grande Course de Haies… Nous n’allons pas prendre de risques, si la jument est diminuée. J’ai trop de respect pour elle pour la munir d’artifices, d’australiennes, d’œillères pour lui dire qu’il faut qu’elle y aille. C’est une jument qui nous a montré des choses magnifiques et nous a fait rêver. Elle mérite, si elle n’est plus dans le coup, de faire autre chose. Nous prendrons la décision avec Nicolas [de Lageneste, ndlr] et Jacques [Détré]»

Et les compagnons d’entraînement de De Bon Cœur ?

Si De Bon Cœur a cristallisé toutes les attentions ce week-end, elle n’était pas la seule représentante de l’entraînement Nicolle. De ses quatre représentants dans le Zeturf Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), Bipolaire (Fragrant Mix), deuxième, Roi Mage (Poliglote), troisième, Dalia Grandchamp ** (Kapgarde), neuvième et Eludy (Saddler Maker), tombée, l’entraîneur charentais nous a dit : « Bipolaire ne recourra pas au printemps. Demain, mardi, il sera dans son paddock, et dans trois jours il sera chez son coéleveur, Thierry Cyprès. Nous le reverrons à l’automne en essayant de gagner un troisième Prix La Haye Jousselin (Gr1), mais ça ne sera pas simple s’il y a Carriacou et les malheureux du Grand Steeple. Je suis très content de sa deuxième place. Bien sûr, on préférerait gagner. Mais il a fait une course magnifique. Carriacou a été bien amené par Isabelle [Pacault] qui a fait du superbe boulot. Bravo à elle ! Roi Mage a été magnifique après avoir gagné le Gr3 à Compiègne. Il va partir en vacances. Nous avons eu une déception avec Dalia Grandchamp, la selle ayant tourné. Je l’attendais vraiment… Nous avons connu aussi une déception avec Eludy. Elle est tombée à la rivière et nous n’avons rien vu. Elle ira peut-être sur le Prix des Drags, tout comme Dalia Grandchamp, mais c’est à voir. »

Peut-être le steeple pour Alex de Larredya **. Seulement sixième de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1), Alex de Larredya ** (Crillon) a fait dire à son entraîneur : « Je suis un peu déçu de sa prestation, je m’attendais à mieux. Gaëtan [Masure, son jockey] m’a dit qu’il aurait dû le monter de façon plus offensive. Peut-être qu’il aurait été quatrième ou cinquième, mais il n’aurait pas fini beaucoup plus près. C’est aussi un grand champion. Il est probable qu’il retourne en steeple, peut-être dans le Prix Rigoletto (L), ou nous irons sur les haies dans le Prix La Barka (Gr2) suivant les engagés, nous verrons. »

Le Questarabad, une possibilité pour Polirico. Deuxième du Prix Alain du Breil (Gr1) derrière l’intouchable Feu Follet ** (Kapgarde), Polirico ** (Cokoriko) pourrait être revu le dimanche 9 juin à Auteuil. En revanche, son compagnon d’entraînement, Fogo de Chao (Agent Secret), huitième, devrait prendre des vacances : « Polirico a très bien couru. Nous avons tout fait pour accrocher Feu Follet. Sauf qu’il a passé une vitesse que nous n’avons pas et il a gagné en bon poulain. Polirico court beaucoup mieux qu'en dernier lieu. Il courra peut-être le Prix Questarabad (Gr3). Je ne suis pas persuadé qu’il ait pris très dur ce dimanche. Je n’ai rien vu de Fogo de Chao. À mon avis, le cheval ne fait pas sa valeur ou il est un petit peu en dessous. Il va partir en vacances et on le reverra à l’automne. »

Mi-figue mi-raisin avec les steeple-chasers de 4ans. François Nicolle sellait trois poulains dans le Prix Ferdinand Dufaure (Gr1) : Royal et Tic (Policy Maker), Figuero (Yeats) et Altus (Saint des Saints), respectivement quatrième, cinquième et septième. Il nous a dit : « Je suis assez déçu avec Figuero. Son jockey m’a dit qu’il n’avait pas le même cheval, qu’il était très démotivé, en dedans de lui. Mais en même temps, c’est parti tellement vite qu’il a été surpris par le rythme. Nous avons essayé de jouer notre carte en essayant de mettre la pression à Goliath du Berlais, mais c’est un crack et nous n’avions pas le même gaz que lui. Royal et Tic a bien couru et va progresser là-dessus. Altus est resté trop longtemps sans courir. Il a fait Pau puis Auteuil. Il a mérité des vacances et on le reverra à l’automne, mais il ne faut pas le condamner car c’est un bon cheval. »