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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Renvoyez aux parieurs une image positive et vraie !

Autres informations / 03.05.2019

Renvoyez aux parieurs une image positive et vraie !

Renvoyez aux parieurs une image positive et vraie !

Par Mayeul Caire

La floraison d’affiches du PMU dans les rues de Paris confirme nos craintes initiales : cette campagne publicitaire est misérabiliste, dépréciative et ne peut que faire fuir les quelques clients qui nous restent. Autant le film est, à notre avis, réussi, car il nous montre "mieux que nous" ; autant la campagne d’affichage est ratée, car elle nous montre "moins bien que nous".

Dans les temps anciens, on parlait de réclame : il s’agissait de montrer le produit, de vanter ses mérites au premier degré, et de répéter son nom le plus de fois possible en un minimum de temps ou d’espace. Puis est venue la publicité, dont la mécanique est plus indirecte. Pour vendre, il y a globalement deux voies : ou bien l’on fait rire ou bien l’on fait rêver. Le PMU, avec son film, a choisi la seconde méthode… mais avec ses affiches ? Leur positionnement, que l’on peut qualifier de misérabiliste, ne fait ni rire ni rêver. Mais surtout, et c’est évidemment le plus critiquable : ces affiches ne laissent aucune chance au phénomène d’association-identification. Basiquement, on s’identifie à quelqu’un qui nous ressemble ou à quelqu’un de mieux que nous. Jamais à quelqu’un que l’on considère (à tort ou à raison, ce n’est pas le débat) comme étant moins ceci ou moins cela que nous.

Caractère aggravant, quel sentiment lisez-vous sur le visage de cette femme ? Moi je lis de l’angoisse. C’est ça le plaisir du jeu ? Même quand elle fait le geste de maintenir son chapeau en place, on a l’impression que le monde lui est tombé sur la tête ! Est-ce ce qui attend les parieurs ? La fin du monde, c’est-à-dire la ruine au guichet ?

Il est absolument certain que cette campagne ne donnera à personne l’envie de jouer au PMU. Elle ne rapportera rien, non plus, en termes d’image de marque. En effet, que penser d’une marque dont les clients font aussi pâle figure ? Pire que cela : elle va abîmer la marque PMU, en réduisant les parieurs à une seule partie d’entre eux – et cette stigmatisation aura pour effet de refermer encore un peu plus les portes de notre ghetto.

Reprenez les affiches une à une : est-ce vraiment comme cela que les agences publicitaires nous voient ? Comme des "sous Gilets jaunes" ? Quelle vision humiliante de la part de ces gens que nous payons pour recruter nos futurs clients.

Mais ces intellectuels de brousse savent-ils que le monde des parieurs est comme la France : multiple. Il y a le "peuple" (dont on notera au passage qu’il est totalement caricaturé dans cette campagne) ; mais il y a aussi toutes les autres strates. Nous avons tous des amis parieurs de moins de 25 ans ; il y a des parieurs avocats, médecins ou chefs d’entreprise ; j’en connais même un qui est maître des requêtes au Conseil d’État… et parmi les très grands propriétaires internationaux qui gagnent chaque année des classiques, la majorité d’entre eux aime y aller de sa pièce au guichet.

Vraiment, ces publicitaires n’ont pas médité la crise sociale française actuelle. À stigmatiser le peuple, on l’envoie sur les ronds-points puis sur les Champs-Élysées. Faut-il qu’il en soit de même chez nous ?

Faire une erreur est humain et pardonnable. Le pêché (d’orgueil), c’est ne pas le reconnaître et de persister. Reconnaître que l’on s’est trompé, c’est faire preuve d’intelligence et d’honneur. Et si l’on parle du PMU en particulier, encore une fois, on peut avoir réussi le film, choisi un excellent slogan et raté certaines affiches !

Alors de grâce, supprimez dès aujourd’hui les deux affiches qui donnent une image peu incitative : celle de la femme au chapeau et celle du garçon qui se tient la tête dans les mains après avoir perdu. En effet, ces deux affiches en particulier risquent de détruire de la valeur. Leur mise au pilon et leur remplacement par d’autres – représentant les autres familles de parieurs, notamment les CSP+ – dans vos plans d’affichage coûteront moins cher que les clients que cette campagne va nous faire perdre. Ce serait dommage de ne pas le faire car, par ailleurs, le slogan est très bien trouvé : "Que les meilleurs gagnent !"

Faites la course, pas la guerre !

Certains commentateurs, y compris dans nos colonnes, ont critiqué l’ambiance guerrière du film publicitaire du PMU. Mais quand on le regarde bien, que voit-on ? Que Marianne jette son étendard, son fusil à baïonnette et lâche les barricades pour rejoindre l’hippodrome. Que le Poilu quitte sa tranchée, jette son fusil Lebel et s’enfuit du champ de bataille. Que Neil Armstrong quitte la Lune, renonçant donc à la guerre froide. Que le combattant grec abandonne le butin qu’il vient de piller, tourne donc le dos à l’armée réunie par Agamemnon et fuit Troie en flammes, laissant ses camarades continuer leur guerre qui n’est plus la sienne. Et enfin : que la guerrière de Star Wars jette son pistolet lors de sa cascade et choisit d’abandonner la sanglante guerre des étoiles. En résumé, comme on aurait pu le dire en 1968, ce film c’est : "Faites la course, pas la guerre !"

Au second degré, il faut ajouter que toutes les compétitions sportives ont, sans exception, une dimension cathartique. La victoire et la mort sont symboliques, en ce sens qu’elles ne finissent ni par l’annexion d’un territoire ni par la mort du vaincu. Or la catharsis est importante car, disent les philosophes, en transposant la mort, on réduit les instincts meurtriers des spectateurs. Plus on voit de morts dans l’arène, moins on a envie de tuer son voisin !

Pour finir, rappelons que la majorité des races de chevaux de courses (sauf le pur-sang) ont pu se développer grâce à la guerre – et ce malgré le fait qu’elle tuait beaucoup de chevaux. Les courses étaient vouées à sélectionner les futurs porteurs et tireurs des champs de bataille. Paradoxalement, sans guerre, ces races ne se seraient jamais développées voire n’existeraient plus !